Leonard Bernstein: West Side Story (1957) Paris, Châtelet. Du 20 novembre 2007 au 1er janvier 2008

Leonard Bernstein
West Side Story
, 1957

Paris, Théâtre du Châtelet
Du 20 novembre 2007 au 1er janvier 2008

Au moment des 50 ans de la création de la version scénique de la partition, le Châtelet de Paris affiche West Side Story. Avant de produire l’un de leurs chefs d’oeuvre et certainement la pièce musicale la plus populaire née de leur collaboration, le compositeur Leonard Bernstein et le chorégraphe Jerome Robbins ont dès 1944 créé In the Town (que l’on commence à reprendre sur les scènes lyriques), puis Candide (1956) repris au Châtelet à Paris récemment dans une mise de Robert Carsen qui a suscité de vive réaction de La Scala de Milan qui préféra ne pas accueillir la production parisienne comme il en avait pourtant été question…

Trop violent, trop cru
Le 26 novembre 1957, le Winter Garden de New York accueille leur nouvel ouvrage, inspiré de Roméo et Juliette mais transféré dans un contexte contemporain, le New York des années 1950, dans le quartier du West side, où s’affrontent les gangs, ici les Jets (les américanos) et les émigrés, les Sharks (les latinos, précisément les portoricains)… Par la danse et la chorégraphie, les auteurs entendent affirmer une nouvelle esthétique sauvage, jeune, violente qui renouvelle par contraste l’onirisme de l’idylle entre Roméo et Juliette, rebaptisés Tony (un ex Jets devenu pacifiste) et Maria (la jeune et belle portoricaine) qui est la soeur du chef des Sharks, Bernardo. L’idée d’adapter le mythe romantique de Roméo et Juliette a été tout d’abord proposé à Bernstein (“Lenny”), par Robbins… dès 1949, après On the town… mais la forme tarde à se fixer. Au terme des arrangements dont les paroles au départ confiées à Lenny lui-même seront ensuite écrites apar le jeune Stephen Sondheim (25 ans, alors inconnu), la distribution comprend en plus des rôles chantés de Maria et de Tony, ceux d’Anita (la petit copine de Bernardino, lequel ne chante pas quant à lui), et du choeur, qu’il s’agisse du groupe des Sharks et bien de celui des Jets…Sous le masque d’une guerre des communautés, se joue aussi la critique d’un système américain, bien incapable d’assurer la réussite de l’intégration ou d’empêcher la délinquance des jeunes citadins… Quant à la musique de Bernstein, elle demeure d’une force animale, féline, d’une ivresse sensuelle, dans les rythmes endiablés des danses latines et jazzy (écoutez en cela la confrontation des deux gangs au Gymnase, où en fil simultané, les deux amoureux se rencontrent pour la première fois…), d’une irrépressible poésie à l’évocation du pur amour qui aimante le couple tragico-sentimental de Maria et de Tony.

1961, le film aux dix oscars
La production scénique présentée à Whashington puis Philadelphie passe enfin à New York, où malgré le triomphe suscité auprès du public (700 représentations!), la critique comme à son habitude, fait la moue: comédie trop constastée, trop crue. Un comble pour une comédie moderne inspirée du mythe romantique de Roméo et Juliette. L ‘histoire revisitée par Bernstein et Robbins atteint le statut de mythe grâce au cinéma quand l’oeuvre est portée en 1961, au grand écran sous la supervision visuelle de Robert Wise, lequel signe un premier chef d’oeuvre en écriture cinématographique, avant de piloter le tournage de La Mélodie du Bonheur (quatre ans après West Side Story, en 1965), nouvelle réalisation qui lui vaudra de nouvelles palmes. Wise s’impose encore à nous avec le recul comme celui qui supervisa de façon tout aussi géniale, le montage de Citizen Kane: un géant des images! West Side Story, le film, remporte le plus grand succès à Hollywood dans la catégorie “comédie musicale” : pas moins de 10 oscars célèbrent sa réussite, dont celui du meilleur film de l’année 1961. Tony et Maria sont devenus deux figures légendaires auxquels toute la jeunesse anglosaxone et européenne s’identifie.

A Paris, la production de West Side Story, présentée sur les planches du Châtelet, dans sa version originale, “restituée” (celle de Broadway) par un danseur assistant de Jerome Robbins, Joey McKeenly, est à l’affiche jusqu’au 1er janvier 2008. Parallèlement Sony-Bmg réédite en un coffret événement, à l’occasion des 50 ans de la création de West Side Story, le dvd du film de Wise, complété par deux cd, la BO du film de 1961 et aussi la version Broadway, dirigée par Bernstein à la tête du New York Philharmonic.

Crédit photographique: West Side Story (1961). Richard Beymer (Tony) et Natalie Wood (Maria) (DR)

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