Le mythe d’Orphée / la figure d’Orfeo

dossier spécial Orphée / OrfeoDOSSIER : Le mythe d’Orphée / Orphée magicien, lutteur qui a vu l’invisible… Le poête de Thrace, qu’il soit accompagné de sa lyre ou de sa cithare incarne le génie de la musique, mais aussi l’emblème d’un idéal qui a inspiré tous les grands créateurs dès le Baroque, – et dès la fin de la Renaissance, la fusion harmonique entre poésie et musique. Le texte, le verbe incarné, la prière et l’intention, car aucune note n’est valable si elle ne transmet pas un message… Le chant d’Orphée affirme la toute puissance du chant : voix signifiante, voix charmante. Prophète et visionnaire, humain et amoureux, Orphée chante l’amour, l’ivresse de la passion, inspiré par un désir qui le dépasse et le fait tendre vers l’inconcevable : ressusciter par son chant et la prière qui infléchit les dieux, celle qu’il aime (Eurydice, précédemment tuée par la piqûre d’un serpent). Son chant apaise, rassérène, tempère, séduit, captive, touche… Chez Monteverdi (Orfeo, 1607), c’est l’émotion qu’Orfeo suscite dans le coeur de Proserpine qui permet au poète d’émouvoir indirectement Pluton, le dieu des enfers. Proseprine supplie son mari Pluton de répondre à la prière bouleversante du mortel au chant magicien.

 

 

Orphée, artiste séducteur,
un passeur inspiré, éloquent, entre vie et mort

 

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Maître de son art, moins de ses désirs (car il se retourne pendant la remontée vers les vivants : il fallait qu’Orphée regarde son aimée derrière lui, alors qu’il avait juré ne pas la voir durant le chemin qui le mène des enfers à la vie…), Orphée est aussi le fils d’Apollon, c’est à dire qu’il est avant de succomber à son désir, capable de se maîtriser ; de construire un chant d’une souveraine beauté. Lumière et éclat d’un art éblouissant au cœur des ténèbres infernaux. Y compris dans son ascension même fatale – il perd Eurydice, il meurt écartelée par les femmes thraces qu’il avait écartées-, Orphée conduit symboliquement l’âme humaine des tréfonds inquiétants vers la lumière.

 

 

 

1865 Machard Jules, Orphée aux EnfersLE POETE aussi sublime soit-il serait-il lâche ? Orphée gravit un échelon de la destinée… et semble s’arrêter à mi chemin : sa volonté le mène au combat ; s’entêter, obtenir l’impossible, affronter le mal, mais non le détruire. Il chante sa douleur et sa solitude, obtient de retrouver Eurydice, la pilote… pour échouer à mi chemin. Le poète chanteur peut lutter contre le mal mais pas éradiquer sa source. Porté par un idéal qui s’exprime en paroles et non en acte, Orphée est ce lutteur finalement lâche qui ne sait pas rompre le fil de ses passions. A l’inverse, comme fier mais coupable aussi de s’être retourner, bravant l’interdit, comme réunissant vie et mort, Orphée a osé voir l’invisible et donc précipiter sa chute. Audacieux, l’homme ose braver les dieux et la loi : il affirme son destin mortel, capable de sublimer la parole et le chant. C’est donc aussi la figure emblématique de l’artiste recréateur et séducteur, doué pour séduire et se dépasser. C’est moins le charme de la musique, que le pouvoir du chant incarné qu’Orphée affirme dans sa prière à Pluton / Proserpine. Il n’est donc pas étonnant qu’au moment où la civilisation baroque invente un nouveau style vocal (parlar cantando / monodie), la figure d’Orphée et le pouvoir de son chant séduisent aussitôt les premiers auteurs dans le genre naissant de l’opéra italien… Le théâtre lyrique plonge ses racines et trouve sa source dans le chant premier, primordial du magicien audacieux Orphée. Le poète thrace en pionnier a ouvert la voie des audacieux et des bâtisseurs d’idéal.

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agenda : Orfeo / Orphée, prochaines représentations

 

 

Le 20 mars 2017, PARIS, Philharmonie : Orfeo de Monteverdi par Paul Agnew, Les Arts Florissants : réservez votre place ici

Dimanche 2 avril 2017, France musique, 20h15 : Orfeo de Luigi Rossi par R. Pichon. L’Orfeo de Rossi est le premier opéra italien représenté à la Cour de France le 4 mars 1647 au Palais-Royal), au moment où la France se met au goût italien, apprenant du raffinement ultramontain…

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