LA CULTURE selon Emmanuel Macron. Grand entretien pour classiquenews

emmanuel-macronEmmanuel Macron, grand entretien. NI DE DROITE NI DE GAUCHE, QUELLE CULTURE POUR LA FRANCE ? LA CULTURE selon Emmanuel Macron. Le candidat  à l’élection prĂ©sidentielle 2017, qualifiĂ© au second tour de l’Ă©lection prĂ©sidentielle, grand lecteur et amateur de musique pour piano, a rĂ©pondu aux questions de CLASSIQUENEWS. Le candidat ni droite ni gauche entend rĂ©former en profondeur la culture en France, en la rendant plus accessible et plus exigeante. RĂ©viser le fonctionnement du ministĂšre de la culture, renforcer la place de la langue française, renouveler l’idĂ©e d’une culture en Europe avec les projets d’un Erasmus de la culture et d’un Netflix europĂ©en, entre autres… sont autant de points de rĂ©flexion et de sujets Ă  rĂ©former et Ă  construire. Pour l’amateur d’opĂ©ra, admirateur entre autres de Rossini et de JS Bach, les chantiers culturels nouveaux sont nombreux… AprĂšs Alain JuppĂ©, interrogĂ© Ă©galement au moment de la Primaire de la Droite, grand entretien exclusif avec Emmanuel Macron.

 

 

 

 

Quelles valeurs selon vous, la culture doit-elle préserver et transmettre ?

Votre question est fondamentale. La culture est constitutive de la formation d’un individu et de toute sociĂ©tĂ©. La culture est indissociable des valeurs de libertĂ©, d’émancipation et d’ouverture au monde. Quand on encourage la crĂ©ation, on encourage cette part de rĂȘve qui est en chacun de nous, mais aussi une maniĂšre de tout rĂ©inventer et de penser son rapport Ă  l’autre. Je souhaite renouer avec le projet fondateur de Malraux, qui Ă©tait de « rendre accessibles les Ɠuvres capitales de l’humanitĂ©, et d’abord de la France, au plus grand nombre possible », pour que chacun ait en partage une culture commune. Enfin, la culture est indispensable Ă  l’exercice de la dĂ©mocratie : elle est la condition de l’accĂšs Ă  une pensĂ©e libre et critique, hors de laquelle il n’est pas de vĂ©ritable citoyennetĂ©.

 

 

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En quoi la culture peut-elle avoir un rÎle sociétal ?

La culture a plus qu’un rĂŽle sociĂ©tal. La culture, c’est ce qui nous rassemble et ce qui fait de nous un peuple, avec la langue française. C’est ce qui appartient Ă  chacun et en mĂȘme temps ce qui relie les individus les uns aux autres. C’est aussi ce qui singularise un peuple dans la grande aventure de l’histoire des civilisations.

En France, les attentats qui ont profondĂ©ment choquĂ© notre sociĂ©tĂ© se sont attaquĂ©s aux symboles de l’identitĂ© française et Ă  des lieux de culture : un journal, un musĂ©e, une salle de concerts, un moment de fĂȘte autour du 14 juillet. Nous devons tout faire pour que notre culture, diverse et foisonnante, ouverte sur le monde, soit prĂ©servĂ©e et accessible Ă  tous. C’est pourquoi mon projet politique est d’abord un projet culturel. Toute politique culturelle doit ĂȘtre au service du dĂ©veloppement de notre pays, de l’épanouissement des individus qui y vivent, et du rayonnement de la France en Europe et dans le monde.

 

 

Un exemple concret d’une politique culturelle exemplaire pour vous ?

Je prendrai l’exemple de la politique du livre et de la lecture. La production Ă©ditoriale française est remarquable Ă  la fois en raison de sa richesse, de la crĂ©ativitĂ© dont elle tĂ©moigne et de sa diversitĂ©. Sur l’ensemble du territoire, au sein d’un rĂ©seau dense de dĂ©taillants oĂč se cĂŽtoient grandes enseignes et librairies indĂ©pendantes, mais Ă©galement dans les nombreuses bibliothĂšques publiques, des professionnels de la mĂ©diation font vivre au quotidien cette production. Le dynamisme du livre en France produit indiscutablement du lien et de l’appartenance commune.

Ce paysage culturel, bĂąti sur le talent de nos auteurs, ne tient toutefois ni du hasard ni d’une nĂ©cessitĂ© historique. Il est aussi le fruit d’une politique volontariste des pouvoirs publics, poursuivie en dĂ©pit des alternances, et du dynamisme des acteurs de la chaĂźne du livre. Le marchĂ© du livre est relativement prĂ©servĂ© en comparaison d’autres industries culturelles. Il n’en faut pas moins veiller Ă  sa conforter les piliers de la politique du livre, en garantissant l’intĂ©gritĂ© du droit d’auteur, le maintien du prix unique du livre, qui est un modĂšle de rĂ©gulation depuis la loi Lang de 1981, et du taux de TVA rĂ©duit.

 

 

Y a-t-il un projet culturel, un type d’évĂ©nement culturel qui n’existe pas encore auquel vous pensez et que vous aimeriez demain dĂ©fendre ?

Nous avons la chance, dans notre pays, d’avoir un nombre exceptionnel d’équipements, de projets et d’évĂ©nements culturels. Notre diagnostic, c’est qu’il n’existe pas aujourd’hui d’insuffisance d’offre culturelle. Mais qu’il faut s’intĂ©resser davantage Ă  la demande : en donnant le goĂ»t et l’envie de la culture Ă  tous, dĂšs le plus jeune Ăąge et tout au long de la vie.

C’est la raison pour laquelle je dĂ©fends deux projets concrets : le premier, c’est que 100% des enfants aient accĂšs aux actions d’éducation artistique et culturelle, contre moins de la moitiĂ© aujourd’hui. Cela doit passer par des actions dĂ©diĂ©es, pendant les temps scolaire et pĂ©riscolaire. Le second c’est le Pass Culture : cette application numĂ©rique permettra Ă  tous les jeunes de 18 ans, qui sont aujourd’hui les grands oubliĂ©s de la politique culturelle, d’acquĂ©rir des biens et services culturels Ă  hauteur de 500 euros – des tickets de cinĂ©ma, des billets pour des expositions, des livres, des places de thĂ©Ăątre, de concert, d’opĂ©ra. C’est une vĂ©ritable transformation : il faudra dĂ©ployer des actions d’accompagnement et de mĂ©diation pour donner envie aux jeunes, mais, pour la premiĂšre fois, nous laisserons le choix aux jeunes, l’Etat ne sera pas prescripteur. C’est un acte de confiance dans toute une gĂ©nĂ©ration et une incitation, pour les Ă©tablissements culturels, Ă  s’adresser plus spĂ©cifiquement aux jeunes et Ă  leur donner envie de profiter d’une offre adaptĂ©e.

 

 

Vous dĂ©fendez un positionnement que vous revendiquez comme “ni droite, ni gauche” ? Comment cela se traduit-il dans la politique culturelle ?

La culture, elle non plus, n’est ni de gauche ni de droite. J’entends parfois dire qu’une politique culturelle « de gauche » devrait soutenir la crĂ©ation, quand une politique « de droite » devrait s’intĂ©resser d’abord au patrimoine. Quelle opposition stĂ©rile ! La culture, c’est tout Ă  la fois le passĂ©, le prĂ©sent et le futur de notre pays. Elle s’appuie sur notre patrimoine, qu’il faut prĂ©server et continuer Ă  rĂ©nover grĂące Ă  des moyens pĂ©rennes et diversifiĂ©s. Elle se nourrit des artistes vivants, des auteurs, des crĂ©ateurs qu’il faut continuer Ă  soutenir car ils construisent l’avenir de notre pays. La crĂ©ation d’aujourd’hui, c’est le patrimoine de demain.

 

 

 

Quelles sont vos propositions pour la politique culturelle en France ?

D’abord l’accĂšs Ă  la culture et aux pratiques artistiques. VoilĂ  la clĂ© de voĂ»te et l’objectif prioritaire. Pour atteindre cet objectif il faut commencer tĂŽt, dĂšs l’école. C’est pourquoi nous encouragerons les pratiques culturelles et artistiques dĂšs le plus jeune Ăąge, car c’est dans les premiĂšres annĂ©es de la vie que se crĂ©e le dĂ©sir de culture. Un effort a Ă©tĂ© engagĂ© depuis quelques annĂ©es, mais il faut aller plus loin, plus vite.

Ensuite, il faudra prĂ©server mais aussi renouveler le modĂšle français de crĂ©ation culturelle. Nous savons qu’il a produit des rĂ©sultats magnifiques : notre pays est rĂ©putĂ© pour ses monuments, ses musĂ©es et ses institutions culturelles, la vitalitĂ© de sa crĂ©ation et aussi pour ses festivals et ses filiĂšres d’excellence. On pourrait aussi citer le soutien au cinĂ©ma. Mais nous savons aussi que ce modĂšle est en train de s’essouffler. Des dĂ©serts culturels subsistent en France : trop d’entre nous sont laissĂ©s au bord de la route. Et le numĂ©rique, s’il offre d’inĂ©puisables possibilitĂ©s d’accĂ©der aux Ɠuvres, fragilise l’édifice patiemment construit pour soutenir la crĂ©ation artistique et culturelle. C’est ce modĂšle qu’il faut repenser et refonder.

Enfin, j’entends redonner du sens Ă  l’idĂ©al europĂ©en en plaçant la culture au cƓur des politiques europĂ©ennes. Il faut se rendre Ă  l’évidence : les citoyens europĂ©ens n’ont pas aujourd’hui le sentiment de faire partie d’une mĂȘme communautĂ©. On raconte que Jean Monnet disait à propos de la construction europĂ©enne : « si c’était Ă  refaire, je commencerais par la culture ». C’est bien ce que j’entends proposer Ă  nos partenaires, pour faire de la culture un enjeu prioritaire de refondation de l’Europe. C’est pourquoi j’ai lancĂ© l’idĂ©e de convoquer un sommet des chefs d’État et de gouvernement europĂ©ens pour rĂ©affirmer le rĂŽle central de la culture pour une Europe durable, proche de ses citoyens, et dĂ©cider des grandes orientations pour donner corps Ă  l’Europe de la culture.

 

 


Quels sont les domaines qui doivent ĂȘtre impĂ©rativement rĂ©formĂ©s ?

Il faut avoir le courage de certaines rĂ©formes. L’administration du ministĂšre de la culture doit Ă©voluer, vers plus d’agilitĂ©, plus de partenariat avec les grands Ă©tablissements culturels et une relation durable avec les collectivitĂ©s territoriales. L’audiovisuel public suscite Ă©galement des interrogations : sa gouvernance est inadaptĂ©e, son organisation Ă©clatĂ©e et ses moyens dispersĂ©s. VoilĂ  un des chantiers auxquels devra s’atteler la ou le futur ministre de la culture et de la communication.

 

 

 

Lors d’un discours Ă  Reims le 17 mars, vous avez tenu Ă  replacer la culture dans le projet global de l’Europe. “DĂ©fendre la langue française, c’est reconnaĂźtre que l’Europe est un espace de culture”, avez-vous dĂ©clarĂ©. L’”Erasmus de la culture”, le “Netflix europĂ©en” ou la gĂ©nĂ©ralisation du Pass Culture au niveau europĂ©en semblent aller dans ce sens. Pouvez-vous dĂ©velopper ?

L’Europe est d’abord et avant tout un espace culturel : c’est la culture qui est au fondement de cette identitĂ© europĂ©enne. Aujourd’hui c’est aussi par la culture qu’il faut refonder l’Europe. Cela passe par plusieurs initiatives. Je proposerai de convoquer un sommet des chefs d’État et de gouvernement europĂ©ens sur la culture, pour mobiliser tous les pays et poser les fondations. Je proposerai aussi de lancer un « Erasmus de la culture », pour favoriser la circulation des artistes, des commissaires d’exposition, des professionnels de la culture et crĂ©er ainsi une dynamique internationale, encourager les coproductions et la diffusion en Europe. La production et la distribution des Ɠuvres au niveau europĂ©en est aussi importante : je soutiendrai le projet d‘un « Netflix europĂ©en », qui pourrait rĂ©unir acteurs publics et privĂ©s pour constituer une proposition innovante face aux grandes plateformes numĂ©riques, dont aucune n’est europĂ©enne.

 

 

 

Vous aviez dĂ©clarĂ© qu’il “n’y avait pas une culture française mais une culture en France”, des propos qui avaient suscitĂ© la polĂ©mique. Vous ĂȘtes revenu sur ces dĂ©clarations dans une tribune au Figaro pour parler d’un “fleuve nourri de confluents nombreux”. Pourriez-vous clarifier votre position ?

Mes propos ont Ă©tĂ© dĂ©formĂ©s par mes adversaires, qui passent d’ailleurs plus de temps Ă  dire du mal de moi qu’à dĂ©fendre leurs propres thĂšses. J’ai rĂ©pondu Ă  une question simple : pourquoi sommes-nous un peuple ? Et j’ai dĂ©noncĂ© ceux qui tentent de rĂ©duire le peuple Ă  une lignĂ©e, Ă  une religion, Ă  un corpus d’Ɠuvres et d’auteurs. Mais j’ai aussi dĂ©noncĂ© ceux qui prĂ©tendent renier et dissoudre la Nation française, ceux qui croient Ă  des particularismes indĂ©passables et s’enferment dans le repli, le dĂ©ni, ce communautarisme qui est l’autre nom du ghetto.

Si les Français forment un peuple, ce n’est pas parce qu’ils partagent une identitĂ© figĂ©e et rabougrie. Le fondement de la culture française, c’est l’ouverture, l’aspiration Ă  l’universel, au neuf, Ă  l’imprĂ©vu, Ă  l’inconnu. L’identitĂ© promue par les rĂ©actionnaires, c’est l’invariance, la sĂšche continuitĂ©. « En art, il n’y a pas d’étrangers », disait Brancusi. C’est pourquoi je pense que l’on ne peut pas rĂ©duire les richesses de la culture française Ă  un visage unique, Ă  une parole univoque, Ă  une histoire uniforme. Elle est un fleuve nourri de confluents nombreux, la rencontre de la tradition et de la modernitĂ©. La France est plus qu’une somme de communautĂ©s. Elle est cette idĂ©e commune, ce projet partagĂ©, dans lesquels chacun, d’oĂč qu’il vienne, devrait pouvoir s’inscrire.

 

 

Vous avez proposĂ© diverses mesures, telles que le Pass Culture ou la prise en charge par l’Etat de l’extension des horaires d’ouverture des bibliothĂšques les soirs et week-ends. A combien chiffrez-vous ces dĂ©penses ?

Je veux tout d’abord ĂȘtre clair sur un point : l’effort public en faveur de la culture sera maintenu pendant tout le quinquennat. Pas un euro ne sera retirĂ© du budget du ministĂšre de la culture. L’ensemble des mesures de mon programme sont financĂ©es, notamment par des Ă©conomies et des redĂ©ploiements. S’agissant du Pass Culture, il sera cofinancĂ© avec les acteurs bĂ©nĂ©ficiant de la distribution des Ɠuvres et par une contribution volontaire des gĂ©ants du numĂ©rique qui bĂ©nĂ©ficient le plus de cette diffusion.

 

 

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La fameuse “Loi Macron” comme on l’appelle a eu des consĂ©quences sur divers domaines culturels et suscitĂ© les critiques. Laisser la possibilitĂ© Ă  certaines enseignes d’ouvrir le dimanche pĂ©naliserait les librairies indĂ©pendantes. Les plateformes d’enchĂšres en ligne pour le marchĂ© de l’art se sont quant Ă  elle attirĂ©es les foudres des commissaires-priseurs. Que rĂ©pondez-vous Ă  ces critiques ?

La loi permettant l’ouverture de certains commerces le dimanche encadre strictement cette possibilitĂ©, puisque les autorisations sont dĂ©battues au niveau intercommunal, pour limiter la concurrence non souhaitĂ©e. Sur l’accĂšs Ă  la culture, je n’opposerai personne. Libraires, grands distributeurs, acteurs du numĂ©rique ont tous un rĂŽle dans le rayonnement de la culture et sa diffusion.

Mais je suis trĂšs attachĂ© Ă  ce qu’on prĂ©serve un tissu de librairies indĂ©pendantes, garant de la diversitĂ© culturelle. Ces Ă©tablissements font vivre les centre-ville et constituent une des scĂšnes oĂč le livre trouve de nouvelles voies pour se donner au public (lectures, rencontres musicales, dĂ©bats…). C’est pourquoi il convient de dĂ©fendre rĂ©solument le principe du prix unique du livre, y compris dans l’univers numĂ©rique, oĂč il peut ĂȘtre remis en cause. Et aussi de poursuivre l’effort en faveur des librairies.

 

 

 

Le “Pass Culture” que vous proposez, soit 500 euros offerts Ă  chaque jeune Ă  ses 18 ans, a rencontrĂ© un succĂšs mitigĂ© en Italie. BenoĂźt Hamon a lancĂ© une proposition assez similaire, appelĂ©e “passeport culturel”. Vous aviez aussi Ă©mis l’idĂ©e de mettre Ă  contribution les GAFA – Google, Apple, Facebook, Amazon – pour le financer. Cela ne risque-t-il pas d’ĂȘtre difficile Ă  mettre en Ɠuvre ?

Le Pass Culture dĂ©marre seulement en Italie et les premiers retours tĂ©moignent du succĂšs du dispositif auprĂšs des jeunes. Il faudra bien entendu encadrer son utilisation, pour faire en sorte que les jeunes soient guidĂ©s et accompagnĂ©s vers des Ɠuvres diffĂ©rentes de leur usage habituel et vers la crĂ©ation Ă©mergente. Il s’agit d’une application numĂ©rique et rĂ©servĂ©e aux jeunes de 18 ans qui seront eux-mĂȘmes prescripteurs. Ce projet doit ĂȘtre portĂ© et suivi. Et nous nous inspirerons de l’expĂ©rience de nos voisins pour une mise en Ɠuvre rĂ©ussie de cette idĂ©e qui me tient Ă  cƓur. Quant Ă  la contribution des GAFA au financement de la culture, c’est une Ă©volution incontournable compte tenu de leur place actuelle et Ă  venir dans la distribution des Ɠuvres.

 

 

On sait que vous aimez l’art lyrique. Pour vous quelles seraient les mesures Ă  appliquer pour dĂ©velopper le public de l’opĂ©ra, qui semble s’enfermer dans une Ă©lite?

opera-garnier-foyer-detail-lustreCe ne sont pas la musique classique ou l’art lyrique qui sont Ă©litistes : ce sont les usages que nous en avons faits. Tout devra ĂȘtre mis en Ɠuvre pour lutter contre les cloisonnements qui peuvent affecter le spectacle vivant et en particulier la musique classique et l’opĂ©ra. L’éducation artistique et culturelle Ă  l’école et le Pass culture pour les jeunes de 18 ans sont un des moyens d’y parvenir : les Ă©tablissements culturels auront l’occasion de s’adresser Ă  un public spĂ©cifique, et devront leur proposer une offre adaptĂ©e et susceptible de les intĂ©resser dans la durĂ©e. Des jeunes qui ne sont jamais allĂ©s Ă  l’opĂ©ra pourront, grĂące aux actions de sensibilisation et d’accompagnement, s’imprĂ©gner davantage de musique classique et, pour certains, dĂ©velopper une vraie passion.

D’autres pistes sont Ă  explorer, comme introduire, y compris dans des productions « classiques », des artistes ou des genres Ă©mergents issus notamment de la diversitĂ© ; expĂ©rimenter des formes de spectacles favorisant la participation des publics ; faire en sorte que les Ă©tablissements culturels soient davantage des lieux de vie ; multiplier des initiatives de sensibilisation des jeunes, Ă  travers notamment l’emploi des ressources numĂ©riques. Il nous faut investir le numĂ©rique de façon plus massive, il peut nous permettre de rĂ©duire la distance, d’amener Ă  chacun le meilleur de la production artistique.

Il faudra Ă©galement multiplier les expĂ©riences hors-les murs pour toucher de façon plus volontariste les publics dĂ©favorisĂ©s ou vivant dans des quartiers populaires. Des initiatives comme Dix mois d’OpĂ©ra, portĂ©s par l’OpĂ©ra de Paris ; Orchestre Ă  l’école ; ou DĂ©mos, menĂ©e par la Philharmonie de Paris sur l’ensemble du territoire national, doivent ĂȘtre encouragĂ©es et dĂ©multipliĂ©es pour que les enfants ne soient plus assignĂ©s Ă  rĂ©sidence. Il faut Ă©galement dĂ©velopper les pratiques musicales Ă  l’école, Ă  l’instar de nos voisins europĂ©ens. Vous le voyez : ce n’est pas la nature de l’offre artistique qui est en cause mais bien l’accĂšs Ă  la culture.

 

 


Quelles seraient vos propositions pour le soutien aux maisons d’OpĂ©ra et ScĂšnes Nationales?

La situation que doivent gĂ©rer nos institutions de spectacle vivant est tendue. Mais nous n’avons pas suffisamment mis l’accent sur la diffusion des spectacles. L’augmentation du nombre de reprĂ©sentations et la recherche de nouveaux publics et de nouveaux moyens de diffusion devront ĂȘtre des prioritĂ©s. Le ministĂšre de la culture aura aussi pour mission d’ouvrir un dialogue constructif avec les collectivitĂ©s territoriales, rĂ©gion par rĂ©gion. Ce sera l’occasion d’établir un Ă©tat des lieux et de poser des axes prioritaires qui permettront de conforter les moyens de production et de d’étendre la diffusion.

 

 

Plus personnellement, quelle est votre compositeur et/ou opéra préféré? Avez-vous un coup de foudre musical?

rossini-portrait-gioachino-rossini-bigJ’ai une grande admiration pour Rossini. Il occupe Ă  mes yeux une place essentielle dans l’histoire de la musique. Sa libertĂ©, sa propre vie et son gĂ©nie m’ont toujours impressionnĂ©. Il a sorti l’opĂ©ra de son carcan en offrant une libertĂ© nouvelle Ă  la voix : il a totalement rĂ©inventĂ© le chant lyrique. Du Barbier au Voyage Ă  Reims en passant par Cenerentola, il a crĂ©Ă© un style irrĂ©sistible – mais je suis sensible aussi Ă  ses opĂ©ras sĂ©rieux, comme MoĂŻse ou Maometto II, qu’on donne si rarement. Dans un tout autre genre, j’accorde un prix tout particulier à Bach. Il a beaucoup comptĂ© pour moi. Son oeuvre pour clavier (orgue, clavecin) et pour violoncelle est d’une prĂ©cision qui n’empĂȘche pas l’Ă©lĂ©vation spirituelle, mais pour ainsi dire la favorise. J’entends moins une froideur mathĂ©matique qu’un discours musical charriant toutes les Ă©motions possibles. Bach est un passeur entre plusieurs mondes, indĂ©finissable et gĂ©nial.

schumann_2441248bComme vous le savez peut-ĂȘtre, je suis particuliĂšrement sensible Ă  la musique pour piano – j’en ai moi-mĂȘme beaucoup jouĂ© et tente d’en jouer encore dĂšs que j’ai le temps. L’oeuvre de Schumann occupe une place Ă  part : elle porte des images et des sentiments que je ne trouve nulle part ailleurs, avec une variĂ©tĂ© de tons unique. J’ai Ă©galement un grand attachement Ă  Liszt, cet EuropĂ©en majeur, moderne rĂ©solu ancrĂ© dans la grande tradition : l’incandescence des AnnĂ©es de PĂšlerinage reste intacte aprĂšs tant d’annĂ©es.

 

Propos recueillis par Julien Vallet pour CLASSIQUENEWS en avril 2017.

Illustrations : © S de la MoissonniÚre 2017

 

 

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