Käfig, Boxe-Boxe, chorégraphie avec le Quatuor Debussy

Caluire Kafig, debussyCaluire (69), Le Radiant, 19,20,21 mars 2014. Käfig, Boxe-Boxe, chorégraphie, Quatuor Debussy. Boxe + Hip-Hop + un Quatuor classique, qui plus est nommé Debussy : on ne s’attend pas à ces éléments réunis dans un spectacle de type pluri-média… Dans l’agglomération lyonnaise – qui est aussi « le camp de base » du chorégraphe Mourad Merzouki et du Quatuor Debussy -, il s’agit pourtant d’une nouvelle représentation de ce Boxe-Boxe inventé par le chorégraphe et co-piloté par les Debussy, qui en ont choisi les musiques, de Schubert et Verdi à Phil Glass. Boxe-Boxe, donc…

La Forlane par Mistinguett
On sait qu’un des grands quatuors français a pris le nom de Debussy, qu’il siège (et agit avant tout)en Rhône-Alpes, qu’il aime depuis sa fondation (en 1991) les expérimentations-frontières, et qu’il est fidèle en cela au message de son Saint Patron. Jusqu’à s’agréger chorégraphiquement à un groupe de hip-hop ? Alors, là….Claude de France eût-il été transporté d’aise en voyant son nom accolé à un « tortillage moderne », qui plus est venu non d’est russe mais d’ouest américain ? Et Ravel convoqué sur le ring d’un spectacle appelé Boxe Boxe ? Peut-être davantage, lui qui rêvait de faire « danser  la Forlane au Vatican par Mistinguett et Colette Willy en travesti »… Et les autres, inclus en citations-patchwork pour Boxe-Boxe, tels le doux Franz –tolérant, mais pas son genre, le pugilat !-, le (trop ?) distingué Mendelssohn, ou l’ardent Verdi – encore que pour l’Unité Italienne et contre l’occupant autrichien… - ?

Arts martiaux, hip-hop et cirque
D’autant que la « banlieue » ( ?) nord de Lyon où est situé le Radiant-Bellevue ne paraît pas terre d’élection du « hip-hop »et genre Bronx de la Capitale des Gaules… Mais il faut bien une fusion des cultures, ou selon Montaigne, qui fut maire de Bordeaux, « frotter et limer notre cervelle contre celle d’autrui ». Mais écoutons le chorégraphe de Boxe-Boxe, qui lui, est plutôt venu de la banlieue sud-est  : « La boxe, c’est déjà de la danse. Ici je joue sur les contrastes , à chaque élément de la boxe correspond une dimension de l’art chorégraphique

Créations multiples
Récital est « dialogue insolite entre six danseurs, un musicien et l’image du concert de musique classique : une grappe de violons est suspendue au dessus du plateau et fait danser un orchestre inédit d’instrumentistes. » Puis Pas à Pas mélange avec le chorégraphe sud-africain Jay Pather danses traditionnelles zoulous et hip-hop. Dix Versions se tourne vers l’univers New-Yorkais  : « objets géométriques déplacés dans l’espace par les danseurs qui activent un jeu vivant de formes et d’énergies ».En 2004, retour aux origines algériennes avec Mekech-Mouchkin et Corps est Graphique, humour en hip-hop. En 2006, plongée dans l’enfance en un no man’s land fantasmé, Tricôté, et en 2008, à la Biennale de Lyon, création d’ Agwa, « sous le signe de l’eau ».

La Légion d’Honneur, ça ne se refuse pas
Et en 2010, voici Boxe-Boxe, qui lie les arts martiaux et la musique classique avec les Debussy, et qui devient vite … classique du mélange des genres. Entre temps, Mourad Merzouki a été nommé Directeur du Centre Chorégraphique National de Créteil, puis a créé le Festival Kalypso en Ile de France. Travaillant aussi au Musée des Beaux-Arts de Lyon, Käfig se confronte aux arts visuels du numérique (Pixel), et transmettant sa création Récital à des danseurs indiens , engage cette 1ère œuvre hip-hop en système de notation via le système Laban. Metteur en scène de théâtre ( Feydeau, Wesker) et de cinéma, travaillant avec le cirque canadien Eloize, que n’a-t-il fait et ne fera-t-il encore ? Le temps de recevoir …la Légion d’Honneur, qu’il n’a pas refusée (comme le fit Ravel), mais toute sa… chorégraphie mériterait-elle cette distinction, demanderait le perfide Erik Satie ? On pourrait poser la question au million de spectateurs qui en vingt ans ont vu ses 21 créations dans 61 pays…

La rive droite du Rhône
Et du côté de chez Claude(les Debussy), évidemment aucune réticence à se mêler à boxe et boxe et hip-hop… Depuis la fondation, le Quatuor multiplie les « passerelles avec la danse, le théâtre, les musiques actuelles », et avec un talent pédagogique hors du commun, mène un travail intense en direction des enfants, et aussi « envers les publics qui ont peu d’accès à la culture, de la communauté gitane aux maisons de retraite et au monde de l’entreprise ». Sans oublier le rôle plus traditionnel mais assumé de façon passionnée, de « passeurs » : non d’une rive à l’autre du Rhône, mais sur la rive droite du fleuve-dieu, avec le Festival annuel et ardéchois des Cordes en Ballade, qui se consacre pour une large part à « l’enseignement  supérieur », permettant aussi aux jeunes ensembles de faire leurs gammes en concerts.

Octuorissimo
En témoigne un récent cd. « Octuorissimo », où ils sont en effet à huit, « Maître et élève ». Le Maître, les Debussy, bien sûr, et L’Elève, les Arranoa, un jeune quatuor (fondé en 2009) qui se perfectionne au CNLMD de Lyon, s’est produit – entre autres – aux Cordes en Ballade, – travaillent «en parité totale  dans un séduisant voyage musical de Moscou à Buenos-Aires et New-York ». On ne sera pas étonné d’y écouter Chostakovitch, dont les Debussy ont enregistré l’intégrale des Quatuors (mais ici ce sont des Pièces moins connues, les unes adaptées par le compositeur lui-même de son opéra Lady Macbeth of Minsk et du ballet l’Age d’Or,puis en octuor,un op.11), et on y rencontrera Osvaldo Golijov, né en Argentine (1960) de parents roumain et ukrainien, marqué par la culture klezmer et sud-américaine, qui confie aux musiciens français son Last Round, hommage au Maître Astor Piazzolla d’après une nouvelle de Cortazar. Piazzolla qui est également présent par son Tango Ballet, arrangé par José Bragato pour quatuor. Enfin, le répétitif américain Marc Mellits (né en 1966) figure avec son Octet, sous l’influence du minimalisme.
Vous avez dit : minimalisme répétitif américain ? En effet, dans Boxe Boxe, à côté de Schubert, Mendelssohn, Ravel et Verdi, on rencontrera un Dracula de Phil Glass. Et aussi le Polonais Henryk Gorecki (1933-2010), dont la 3e Symphonie fut, il n’y a pas si longtemps, et pour des raisons non encore tout à fait élucidées, un « tube planétaire ». Donc : melting pot ? Et si vous pratiquez un peu « le noble art », n’oubliez pas de venir près du ring-Radiant avec une paire de gros gants pour encourager les Käfig…

Caluire (69),le Radiant. 19, 20, 21 mars 2014 (20h30). Boxe-Boxe, Käfig (Mourad Merzouki) et le Quatuor Debussy. Information et réservation, T. 04 72 10 22 19 ; www.radiant-bellevue.fr

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