Joseph-Guy Ropartz: Symphonie n°3 (1905)Jean-Yves Ossonce, OSRCT 1 (cd Timpani)

Nous étions présents aux concerts Ropartz (mai 2011) donnés à Tours à l’Opéra par l’Orchestre maison: plus qu’un événement musical et interprétatif, la performance fut une révélation: celle d’un symphonisme puissant et original, ardent défenseur d’un humanisme personnel et sincère… l’enregistrement dont il est question ici, est réalisé à partir des séances publiques de mai 2011.


Humanisme symphonique

Comme un contrepoint aux atrocités à venir, Ropartz édifie dès 1906, une arche symphonique et chorale dont la couleur fraternelle et sincèrement humaniste s’inscrit évidemment dans l’héritage de la 9ème de Beethoven.
Son déroulement traverse trois épisodes résumant de façon tripartite enjeux et finalité de l’humanité. Après un éveil enchanté au sein d’une nature miraculeuse, Ropartz aborde longuement les forces de destruction qui habitent le cœur de l’homme (épisode le plus passionnément tumultueux et magistralement contradictoire).
Enfin, l’ultime mouvement en forme d’exhortation et de prière mais aussi de mise en garde célèbre les forces libératrices et salvatrices de l’amour universel, unique source de salut pour l’humanité condamnée: “aimez vous les uns les autres!”.

Défenseur le plus ardent d’une opulence symphonique française retrouvée (écoutez ses symphonies de Magnard, entreprise fondatrice et visionnaire en ce sens), et connaisseur avisé de Ropartz (il a dévoilé les joyaux insoupçonnés du Pays), Jean-Yves Ossonce sait hisser l’écriture du compositeur à l’universel. Son attention à cette gravité claire et transparente qui innerve toute la partition, en particulier dans le scherzo débutant à 9′ dans le II), exprime au plus juste l’allant et le miroitement flamboyant de l’écriture.
Geste détaillé mais aussi clarté de l’architecture à la fois chorale et orchestrale, le chef réussit l’équilibrage et l’étagement de toutes les parties aussi vertigineuses que redoutables, en particulier dans la section II.
Le Scherzo purement instrumental qui clôt la II, étincelle par la finesse bondissante de son allure, qui sonne comme une aubade à l’élocution lumineuse, qui aspire à sa résolution finale. Les cuivres y affirment leur inéluctable morsure : Jean-Yves Ossonce convainc par cette balance superlative entre transe chorégraphique et puissantes vagues de plus en plus sombres (aux couleurs wagnériennes: la fanfare parsifalienne), entre activité dramatique et levée terrifiante, course effrénée et aube irrésistible, sa maîtrise symphoniste, idéalement ambivalente, se révèle ici délectable.

L’appel à la sublimation concrète dans l’illumination solaire finale trouve une réalisation parfaite là aussi; l’injonction aimez vous les uns les autres, énoncé par le quatuor vocal vaut pour l’interprétation même: les quatre solistes cultivent l’écoute partagée, magnifiée par la direction millimétrée du chef.
Et l’orchestre cisèle un écrin des plus finement ouvragés, là encore à l’évocation du “verbe divin, verbe consolateur!…” dont la citation jalonne désormais le chemin de lumière. Baigné par un tel engagement orchestral, vocal et choral, l’esprit succombe et souscrit totalement à cet acte d’amour, d’espérance, de fraternité. C’est pour l’Orchestre Symphonique Région Centre Tours (OSRCT) et son chef, un nouvel accomplissement d’autant plus qu’il dévoile un joyau mésestimé de la musique française. Défrichement des répertoires, maturité de l’interprétation… Tours marque à nouveau des points en matière musicale. Ce volet est à suivre: il s’inscrit dans une intégrale des Symphonies de Ropartz par Jean-Yves Ossonce.


Joseph-Guy Ropartz (1864-1955): Symphonies n°3 (1906).
Isabelle Philippe, soprano. Elodie Méchain, contralto. Marc Laho, ténor. Jean Teigen, basse. Ensembl vocal Erik Satie. Ensemble vocal Jacques Ibert. Ensemble vocal Opus 37. Orchestre Symphonique Région Centre Tours. Jean-Yves Ossonce, direction. Enregistrement sur le vif en mai 2011. 1 cd Timpani 3 377891 311902,
47 mn.

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