Halévy: Clari (Bartoli, 2008)2 dvd Decca

Zurich, août et septembre 2008. La grande affaire lyrique de la cité Suisse est cette Clari de 1828, exhumée par Cecilia Bartoli, princesse défaite plutôt pitoyable et inquiétée, patiente misérable d’un hôpital froid et sans chaleur…
Héroïne romantique
Mis en scène par le duo de metteur en scène fétiche d’Angers Nantes Opéra, Moshe Leiser et Patrice Caurier, l’opéra romantique met en valeur son potentiel dramatique, vocalement très abouti; mais en 2008, la diva romaine ne cesse de s’engager pour Maria Malibran: un cd hommage à la première diva romantique Maria était son grand oeuvre alors ( Maria, 1 cd Decca), et logiquement, cet opéra dans lequel la Malibran a fait briller toutes les nuances (nombreuses) de son exceptionnel talent: un génie théâtral qui inspire aujourd’hui La Bartoli, confrontée à cette exigence d’élasticité et de dramatisme sur 3 octaves!
On sait que l’année a aussi été celle de La Sonnambula, que Bellini a réécrit pour la voix de Maria Malibran, et que tout aussi logiquement Cecilia Bartoli, pas en reste question défis, a aussi enregistré, également, pour Decca (Bellini: La Sonnambula, 2 cd L’Oiseau Lyre).

Le cas de Clari est tout aussi captivant: Halévy, chef de chant du Théâtre Italien, a spécialement composé l’oeuvre pour la tessiture originelle de Malibran.
Clari étonne par ses couleurs italiennes, rossinniennes (en particulier dans les récitatifs), en rien comparable avec la Juive, ouvrage résolument français, et dans le style grande machine, écrit 7 ans plus tard.
Le demi caractère apporte des respirations humoristiques (les domestiques Germano et Bettina: excellente Eva Liebau, toute en finesse vocale), même le Duc paraît invraisemblable dans son revirement : sa “bassesse” psychologique et sa rectitude morale s’évapore face à loyauté de sa fiancée.
En diva romantique comme son modèle Malibran, Bartoli, actrice pétulante, chanteuse enchanteresse, ajoute deux airs qui appartiennent à sa tessiture comme à l’époque Maria aimait chanter dans chaque ouvrage qu’elle abordait sur scène, une mélodie emblématique de son talent. En accord avec la dignité naïve et tendre de Clari, Cecilia chante donc un air d’un autre opéra de Halévy; surtout le fameux air du saule de l’Otello rossinien, grand succès de La Malibran et qu’elle chanta la même année que Clari en 1828: sublime moment dramatique dans la réalisation visuelle (pépite de l’acte II), dont le déroulement face à une caméra sur scène tournant autour de la diva, accentue son ivresse extatique crépusculaire et sa douleur languissante d’amoureuse blessée. Clari, Desdémone: mêmes figures tragiques de l’âme féminine éprouvée?
Malicieuse, habile en références musicales historiques, Cecilia Bartoli ajoute cavatine et air de La Tempête du même Halévy (1850): chant et prière d’une coquette en plein triomphe désirant, chanté derrière un tableau découpée (!) à la place d’un air choisi par Malibran et dont la trace s’est perdue…
Dans la fosse, l’orchestre La Scintilla sur instrument d’époque restitue les couleurs voulues par le compositeur, éclaire ce rapport ténu entre voix et instruments. Texture et équilibrage s’en trouvent régénérés. Dans la mise en scène fine et grâce au feu pétillant, entre innocence et vérité de la divine Bartoli, Clari ne pouvait trouver meilleure réhabilitation.

Jacques Fromental Halévy (1799-1862) : Clari , 1828. Opera semiseria en 3 actes sur un livret de Pietro Giannone. Opéra filmé à Zurich, Opernhaus, en mai , août puis septembre 2008. Mise en scène : Moshe Leiser & Patrice Caurier. Décors : Christian Fenouillat. Costumes : Agostino Cavalca. Lumières : Christophe Forey. Chorégraphie : Beate Vollack. Avec Cecilia Bartoli, Clari ; John Osborn, Il Duca ; Eva Liebau, Bettina/Adina ; Oliver Widmer, Germano/Il Conte ; Giuseppe Scorsin, Luca/Il Padre di Adina ; Carlos Chausson, Alberto ; Stefania Kaluza, Simonetta. Chœur de l’Opéra de Zurich (chef de chœur : Jurg Hämmerli), Orchestre « La Scintilla » de l’Opéra de Zurich, direction : Adam Fischer (2 dvd Decca)

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