Gustave Charpentier (1860-1956)Biographie à l’occasion des 50 ans de la mort du compositeur

2006 marque les 50 ans de la mort de Gustave Charpentier. Retour sur la carrière du compositeur, étudiant à Tourcoing et Lille, élève de Massenet et pensionnaire de la Villa Médicis de 1888 à 1890. Son œuvre principale demeure Louise (1900) dont le sujet confirme le talent d’un compositeur indépendant qui s’est engagé pour les plus démunis et le petit peuple des ouvriers de Paris.

Gustave Charpentier est né à Dieuze (Lorraine), le 25 juin 1860.
A dix ans, le jeune garçon suit sa famille à Tourcoing car la père a décidé de fuir l’autorité allemande occupante de la Lorraine.
Charpentier apprend le violon et à 16 ans fait partie, en 1876, de l’orchestre symphonique de la ville. Le très jeune musicien est aussi un entrepreneur : il créé une société symphonique, donne des cours de violon en particulier à son futur protecteur et mécène Albert Lorthiois, lequel lui permet de rentrer au Conservatoire de Lille.
Il y suit entre autres, la classe d’harmonie en 1878, tout en se perfectionnant au violon. A 19 ans, son prix d’honneur de violon en poche, Charpentier reçoit de la ville de Tourcoing une gratification dont le montant lui permet de poursuivre sa formation à Paris.

Après un premier apprentissage au Conservatoire auquel il renonce, Charpentier réapprend l’harmonie auprès du professeur Pessard en 1881. A 25 ans, il est fin prêt pour recevoir les conseils de son nouveau maître, Jules Massenet à partir de 1885, duquel il approfondit sa connaissance de la composition. Très vite, le disciple se montre indépendant, irréductible à aucune autorité.
Grand bien lui en fit, puisqu’en 1887, à 27 ans, il se présente pour le Prix de Rome et obtient à l’unanimité le premier prix avec Didon, scène lyrique, que les concerts Colonne joueront dans le cadre de leur saison en 1888.
Le disciple indépendant de la classe de composition de Massenet à Paris, se montre à Rome, comme pensionnaire de la Villa Médicis, des plus agités. Ce dès son arrivée, en février 1888. Insoumis à la discipline imposée par le directeur de l’Académie de France à Rome, le Peintre Ernest Hébert, qui fut le protégé de la princesse de Nieuwerkerke, portraitiste mondain du Second Empire et puis, peintre des scènes de la vie populaire.
Privilégié à Rome, Charpentier s’insurge contre la vie monacale des musiciens et peintres pensionnaires, quitte Rome pour visiter à Paris, l’exposition universelle de 1889.
Insurgé contre le système, Charpentier compose néanmoins avec facilitié et inspiration pendant son séjour romain : la Vie du poète, les Impressions d’Italie, les premières esquisse de son opéra, Louise.

Au terme de sa seconde année à la Villa Médicis, Charpentier rejoint la capitale parisienne en 1890, pour loger dans un petit appartement de la rue Custine, près de la Butte Montmartre dont il aime la vie de bohème, les restaurants, les bars animés, surtout la fréquentation des parisiens.

En phase avec le milieu du petit peuple, il aime cultiver l’esprit de la contestation, la critique du système bourgeois et de l’ordre. Ses compositions telles la Chanson du Chemin, sur des paroles de Camille Mauclair, et les Impressions fausses pour orchestre, baryton et chœur d’hommes, et d’après Verlaine, la Veillée rouge et la Ronde des Compagnons, révèlent un artiste engagé pour la cause des démunis, des indigents, des indigents.

Les années 1890, affirment le talent du compositeur trentenaire.
Ses Impressions d’Italie (1891) permettent au compositeur d’obtenir un premier succès publique.
Mais depuis le séjour romain, il est sur le métier de son opéra, Louise, dont l’écriture se poursuit surtout à partir de 1893 et est terminée en 1896. L’ouvrage est créé à l’Opéra-Comique le 2 février 1900. Les facilités mélodiques, un lyrisme parfois facile suscitent un éclatant succès. Outre son réalisme engagé, en affinité avec les conceptions de l’auteur, Louise est une œuvre riche et dense, qui puise aussi sa matière poétique et musicale chez les symbolistes et l’avant-garde impressionnsite. L’ouvrage doit donc être mis en relation avec le contexte des recherches musicales du début du siècle.
Roman musical en quatre actes, Louise impose et le talent du compositeur et celui du librettiste : Charpentier. Emblématique du petit peuple de Paris, miséreux et romantique, la cousette de Montmartre, Louise, aime son voisin, Julien, jeune poète sans le sou. Sous les toits de Paris, se niche les amours anecdotiques des démunis. Le sujet rappelle l’opéra de Puccini, La Bohème, créé en 1896, précisément l’année où Charpentier termine Louise.
Il y a certes la critique sociale, celle portée par Louise et sa condition des plus fragiles, par son père qui revendique pour les pauvres, le droit au bonheur ; il y a surtout ce que l’acte créateur sublime. De l’anecdote à la réflexion artistique et philosophique : Louise est une œuvre de pure poésie dont la musique porte les revendications d’un héroïne libertaire, prônant et l’émancipation de sa condition et l’égalité des hommes. C’est aussi une œuvre dont « Paris est le véritable personnage » précise Charpentier. Un Charpentier éclectique, perméable aux tendances de son époque, associant comme beaucoup d’auteurs parisiens, wagnérisme, symbolisme et aussi impressionnisme. La partition de Louise ne peut donc être réduite à une simple évocation naturaliste dont l’anecdote sociale seule, justifie le succès immédiat à l’échelle planétaire.

Charpentier avait le projet avec Louise, d’un triptyque, un ensemble cohérent en trois volet.
Ainsi succède à Louise, Julien, créé à l’Opéra-Comique, le 4 juin 1913. Autant Louise fut un triomphe sans ombre, autant Julien offre une suite qui déconcerte le public par ses tableaux abstraits dans lesquels l’auteur poursuit avec davantage de véhémence l’esprit et la fantaisie du poète : Julien rêve de Louise morte. Il tente à l’évocation de sa bien-aîmée perdue à jamais, de revivifier son amour de la beauté et de l’art. En vain, poète et homme maudit, il renonce et meurt. Le style de Julien rompt avec ce qui avait fait le succès de Louise, son naturalisme social, son ancrage dans une époque qui assurait aussi sa réussite scénique et dramaturgique. Avec Julien, Charpentier approfondit la figure allusive, entre présent et passé, vie réelle et vie perdue, veine symboliste et même surréaliste.
Pour clore sa trilogie, Charpentier amorce ensuite L’amour du Faubourg et Marie, fille de Louise. Mais il s’agit d’esquisses inachevées, rendant son projet de cycle lyrique en trois volet, hélas caduque.

Socialiste militant, Charpentier dont le père était boulanger, fonde avec Albert Doyen, en 1902, le conservatoire populaire de Mimi Pinson, dont le nom est un emprunt à Musset : l’institution prodigue des cours de musique et de danse, gratuits, aux jeunes ouvrières. Pour toutes les Louise de son époque, le compositeur entend donner aux classes populaires une éducation artistique particulièrement soignée. Retirant aux plus riches, le monopole de la sensibilité et de l’accès à la culture.
C’est l’époque des innovations et des révolutions lyriques : Debussy créée son Pelléas et Massenet insatisfait quant à la version originale pour ténor, valide une nouvelle production de son Werther pour baryton.
Aux côtés du compositeur, il est intéressant d’évoquer aussi l’activité du chef d’orchestre.

Le conservatoire Mimi Pinson s’avère une expérience
visionnaire. Associant art et solidarité, il s’agit d’une fondation de philantropie exemplaire. Charpentier y consacre son temps, son énergie et son argent.
Dès 1912, sans qu’il ait eu besoin de se présenter plusieurs fois, le compositeur proche du peuple, devient membre de l’Académie des Beaux-Arts, à la succession de Jules Massenet.

Le compositeur produit de plus en plus rarement. A la demande d’Abel Gance qui adapte pour le cinéma sa Louise, en 1938, Charpentier se replonge dans la partition et contrôle l’adaptation cinématographique de son grand œuvre.
Après la deuxième guerre mondiale, il retrouve un logement à Montmartre et se consacre à l’écriture de chansons et de mélodies. Il meurt à 96 ans le 18 février 1956.

Catalogue succint des œuvres

Impressions d’Italie, suite symphonique (1891)
La Vie du Poète, symphonie-drame en trois actes
Impressions fausses – La veillée Rouge, La ronde des compagnons d’après Paul Verlaine (1894)
Sérénades à Watteau, d’après Paul Verlaine (1896)
Louise, roman musical en 4 actes (1900)
Julien poème lyrique en 4 actes avec prologue (1913)


Illustrations

Gustave Charpentier (dr)
Portrait de Gustave Charpentier (dr)
Le ténor Caruso et Gustave Charpentier. Caruso participa à la création new-yorkaise de Julien, au Metreopolitan, en 1914. (dr)


A l’affiche

Louise est à l’affiche de l’Opéra Bastille à Paris, à partir du 27 mars 2007.
Mireille Delunsch (Louise), Paul Groves (Julien), la mère (Jane Henschel), la père (José Van Dam).
Choeurs et orchestre de l’Opéra de Paris, direction : Sylvain Cambreling
Mise en scène : André Engel. Nouvelle Production.

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