Glinka: Ruslan et Ludmila, 1842? Bolchoï 2011Arte, les 13 et 14 novembre 2011


Glinka


Ruslan et Ludmila

Moscou, Bolchoï 2011

Vladimir Jurowski, direction
Dmitri Tcherniakov, mise en scène


Arte, Dimanche 13 novembre à 14h
Lundi 14 novembre 2011 à 22h

En deux parties, diffusée chacune sur Arte, dimanche à 14h puis lundi à 22h, le chef d’oeuvre lyrique de Glinka, Ruslan et Ludmila est l’affiche de la scène rivale du Mariinski à Saint-Pétersbourg: le Bolchoï à Moscou, récemment rénové; c’est même la première production lyrique proposée sur les planches du théâtre russe. La production vaut donc inauguration.

Créé à Saint-Pétersbourg en 1842, Ruslan et Ludmila poursuit la rénovation du théâtre russe, entrepris avec son premier opus, La vie pour le Tsar de 1836. Promoteur et visionnaire d’un vrai grand opéra slave, Glinka jalonne l’histoire de l’opéra russe: La vie pour le Tsar annonce Moussorgski et Borodine; Ruslan ouvre de son côté, une autre brillante perspective celle où s’inscrivent Rimski puis Stravinski.

3 soupirants caractérisés partent à la recherche de la belle Ludmila, enlevée le jour de ses noces: le baryton vaillant Ruslan, la basse burlesque Farlaf, enfin Ratmir, rôle travesti pour une contralto. Eclectique et dramaturge équilibré, Glinka mêle sensualité purement orientale (esclaves persanes), brio délirant rossinien, ligne vocale donizettienne voire bellinienne. Les 3 heures de spectacles (en 5 actes) ouvre un grand livre d’images et de climats qui mêlent féerie, terreur, enchantement… C’est simultanément au théâtre wagnérien, une proposition de théâtre total, associant ballet, orchestre flamboyant, surtout solistes chevronnés: pas moins de 8 chanteurs acteurs d’exception. Pas facile de chanter aujourd’hui une oeuvre majeure du répertoire lyrique romantique russe prétchaïkovskien.

Pour l’inauguration du nouveau Bolchoï moscovite, le corps de ballet local est sollicité comme, outre les musiciens, le cerveau souvent trop décalé du metteur en scène Dmitri Tcherniakov: vrai homme de théâtre et de passion, mais dont les visions sur la musique sont parfois déceoncertantes… On se souvient que, à part un Onéguine anthologique présenté à Paris, son Macbeth puis son Don Giovanni (Aix) avaient mal passé l’épreuve des planches lyriques: trop de vérisme crû, de grille psychologique irrespectueuse des livrets originels, d’options visuelles et scéniques tirées par les cheveux… Qu’en sera-t-il pour Ruslan et Ludmila? L’actualisation à outrance des ouvrages romantiques ne produit-elle pas le plus souvent à défaut d’une lecture intéressante et unitaire, des dérapages brouillons et bancales?

Glinka: Ruslan et Ludmila, 1842. Shagimuratova, Petrenko, Tanovitsky, Pendatchanska, Obraztsova, Ognovenko… Choeur, ballet et orchestre du Bolchoï. Vladimir Jurowski, direction. Dmitri Tcherniakov, mise en scène

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