ENTRETIEN avec Gabriel SIVAK à propos de son dernier album édité par Klarthe (« La Patience, Formes de la voix », mai 2019)

sivakENTRETIEN avec Gabriel SIVAK à propos de son dernier album édité par Klarthe (« La Patience, Formes de la voix », distingué en mai 2019 par un « CLIC » de CLASSIQUENEWS). Un programme monographique qui récapitule le travail du compositeur sur la voix… le chant soliste et choral chante, murmure, espère. D’autant plus que le compositeur choisit avec soin chaque poème et chaque vers qui l’inspire spécifiquement. En quête de couleurs, de résonances, de sens, Gabriel Sivak, dans une écriture à la fois « surréaliste et imagée », – nous dirions aussi onirique et fantastique, voire souvent énigmatique, fait chanter les mots… Explications pour CLASSIQUENEWS.COM

CLASSIQUENEWS / CNC : Vous intitulez ce programme monographique, “Formes de la voix”. Pouvez vous préciser le rôle et le fonctionnement du chant et de la voix dans l’élaboration de vos oeuvres ?

GABRIEL SIVAK : Dans chaque pièce, il y a un traitement particulier:  Pour  ”The loveless land”, sur le poème “To my wife” d’Oscar Wilde il y a un côté intimiste, comme une confession pudique que j’essaie de souligner dans la théâtralité des voix.
Pour « Voyelles »  de Rimbaud, le traitement du texte est plus contemporain et déstructuré , mais il y a une sorte de refrain qui revient toujours et qui donne la colonne vertébrale à la pièce. Aussi, j’ai beaucoup pensé à créer des liens entre les voyelles et les couleurs des harmonies. Dans ce sens, la  pensée est plus harmonique et verticale.

CLASSIQUENEWS / CNC : Le texte et le choix des poèmes sont fondamentaux. Comment opérez-vous la sélection des textes ? Selon quels critères ?

GABRIEL SIVAK : Il faut que je sente une affinité avec le texte, une certaine magie ou quelque chose qui n’est pas complètement dévoilé où la musique puisse trouver sa place. Je pense beaucoup à la musicalité des mots aussi: parfois c’est comme une vague qui rentre pile dans le doigt, c’est le cas de “Le nombre”, troisième  mouvement de “La Patience” de René Char. J’étais en voyage en Inde et j’ai lu la phrase “ils disent des mots qui leur restent au coin des yeux” et j’ai tout de suite entendu la mélodie. J’ai aussi une vieille habitude qui est de chercher des poèmes peu connus des auteurs que j’aime bien pour ,en quelque sorte, tenter de les sortir de l’oubli.

CLASSIQUENEWS / CNC : Vos origines argentines influencent-elles votre travail et le choix des textes justement ? Y a t il des thèmes qui vous sont chers ?

GABRIEL SIVAK : Le fait d’être argentin pour moi ce n’est pas une attirance en soi-même, les choix des poètes argentins dans “tres instantes oniricos” est assez intuitif.
Juan José Saer est un écrivain que j’aime bien mais ce qui m’a séduit dans son texte “de los alamos », c’est le fait de le retrouver sous une facette que je ne connaissais pas du tout, avec un côté surréaliste et imagé qui convient parfaitement à mon style d’écriture.
Dans “Creìa yo” de Macedonio Fernandez, j’ai bien aimé cette forme de « lutte »  qu’il y a entre l’amour et la mort, c’est ce que la musique essaie d’exprimer .
En ce qui concerne le poème  « Tarde »  de Juan. l. Ortiz c’est la phrase “el mundo es un pensamiento realizado de la luz”, qui  m’a captivé d’emblée .

CLASSIQUENEWS / CNC : Dans ce programme monographique à travers les diverses formes vocales (solos, duos, choeurs d’enfants, de femmes…), comment fonctionnent la voix et la musique dans chaque “dispositif” vocal ? Quel est le parcours que l’auditeur éprouve du début à la fin ?

GABRIEL SIVAK : il y a des pièces comme «  Qui froisse les fleurs? »  du poète Gilles De Obaldia, dans lesquelles il y a une universalité dans les mots qui m’a tout de suite touché et qui essaie de rebondir dans le traitement de la polyphonie et l’accompagnement instrumental avec la harpe et les ondes martenot.

Dans le Concerto pour Chanteur de Slam et Orchestre,  la musique essaie d’amplifier le texte du Slammeur Ganji ; il y a une recherche permanente d’équilibre entre l’écriture instrumentale et l’accompagnement au service de la voix.
J’ai dû beaucoup travailler pour m’approcher de l’univers du slam et du rap en gardant ma personnalité. Je me suis éloigné de ma zone de confort:  j’ai assisté à des soirées de rap, j’ai écouté du beatbox pendant des mois et cela a été une expérience très riche. J’avoue que je suis très satisfait du résultat.

Patience gabriel sivak cd klarthe critique classiquenewsLe parcours formel que j’ai trouvé pour ce disque est en lien avec l’évolution naturelle de la voix:  le départ avec la voix de bébé, qui se transforme en voix d’enfant puis en voix de femme pour ensuite donner la place à la musique de chambre où intervient la voix d’homme et finalement s’achever avec le concerto pour chanteur de slam et orchestre, une touche inattendue au début du parcours. En bonus track caché,  la voix de bébé revient pour fermer la boucle. J’accorde beaucoup d’importance à la forme de mes disques et pour cet album, c’est dans ce parcours que j’ai trouvé la clef.

Propos recueillis en mai 2019

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Actualité de Gabriel Sivak : « La Patience, Formes de la voix », nouvel album édité par Klarthe records, CLIC de CLASSIQUENEWS de mai 2019

LIRE notre critique du cd La Patience de Gabriel Sivak :
http://www.classiquenews.com/cd-evenement-critique-la-patience-gabriel-sivak-1cd-klarthe-records-enregistrements-2010-2018/

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