DVD. Wagner : Parsifal (Castellucci, 2011)

DVD. Wagner : Parsifal (Castellucci, 2011)  2 dvd Bel Air classiques  …   En février 2011, un nouveau metteur en scène, connu voire critiqué à Avignon s’empare de la scène lyrique avec ce Parsifal hors normes (et passablement écorché voire boudé par le public) qui s’il réinvente tout de l’univers visuel wagnérien (rompant délibérément avec les didascalies du compositeur très bien documentées, sauf pour la forêt du I respectée), n’en impose pas moins sa marque graphique et esthétisante : une succession de visions dont le mérite en dépit de sa diversité récurrente, tient à sauvegarder le mystère et l’énigmatique d’une partition toujours aussi fascinante.

 

 

Envoûtement visuel : bénéfique ou illusoire ?

 

parsifal_castellucci_monnaie_larsson_dvd_belair_classiquesPas de références médiévales, ni de château et chevaliers en armures … Une épure de plus en plus fuyante qui semble désagréger jusqu’à l’espace de l’action dramatique. Romeo Castellucci réinvente donc Parsifal en collant à la musique de Wagner, la pure féerie (ou l’évanescence polémique) de son propre imaginaire. La clarté des tableaux respectueuse du sens de la musique force l’esprit et l’écoute : cette forêt en délinquessence qui symbolise l’anéantissement du monde d’Amfortas et de Gurnemanz … plus étrange au II, Klingsor paraît en chef d’orchestre mécanique (mise en abîme du poison de la musique de Wagner ?) affairé – grâce à son double en tablier blanc-, à ligoter ses proies qu’il suspend comme un sorcier araignée … On reste beaucoup moins convaincus par ce qui relève alors d’une contradiction visuelle dans ce monde de suggestions vaporeuses (tout l’acte II baigne dans une fumée laiteuse) : le baiser de Kundry à Parsifal laisse voir une projection doublant les deux chanteurs : on y voit alors un couple en plein effusion amoureuse (Parsifal démêle le sens de la scène et comprend qu’en son centre surgit la faute commise par Amfortas, envoûté par les charmes de la magicienne)… révélation, compassion, clarté d’une vérité qui ne demandait qu’à naître en pleine lumière.  Question : est-il nécessaire de dévoiler par cette image explicite la tension érotique que la séductrice inflige au pauvre innocent ? Cette recréation esthétique ne basculerait-elle pas alors dans l’imagerie kitsch d’un univers purement fantasmatique ?

Toute grille visuelle, fût elle comme ici très esthétique, plaquée sur une partition fleuve et hypnotique comme celle de Wagner, pose évidemment le problème de l’impact des images contre le continuum de la musique (même constat pour la mise en scène de Peter Sellars de Tristan aidé des vidéos envahissantes de Bill Viola à l’Opéra Bastille). Ici, il y a bien des effets de lumière, des gestes statiques suspendus ( attention Bob Wilson n’est pas loin : il pourrait parler de plagiat), des associations de signes/détails qui suscitent des tableaux surréalistes ou symbolistes… Pour autant, voyez par exemple la même scène capitale où Kundry la séductrice ambitionne de séduire et détruire Parsifal… le spectateur qui peut-être découvre l’opéra ou comprend alors le sens caché de cette scène centrale (la femme tentatrice finit en pêcheresse absolue désireuse de son salut) reste médusé face aux énigmes de ce monde visuel fantasmatique ; pourquoi écrire en grand le nom ” ANNA ” sur le mur du fond ? le mystère s’épaissit et nombre d’auditeurs resteront hors de ce monde parfois envoûtant, souvent confus, qui gêne et trouble la compréhension de l’opéra de Wagner. Il ne s’agit pas d’être uniquement captivé par des images, il faut surtout que ces images véhiculent du sens … en conformité avec la situation dramatique.  Souvent, on se disait qu’une autre musique eut été tout autant efficace dans pareil labyrinthe visuel.

Musicalement, hélas, Hartmut Haenchen cherche lui aussi son cap, confus et souvent dilué, d’une lenteur appuyée : les débuts sont difficiles, lents, emplombés ; le II est plus clair et mordant, en particulier la confrontation décisive entre le pur et l’impure : Parsifal contre Kundry (décidément le sommet dramatique de la partition). Pour le reste, les chanteurs sont honnêtes sans plus, et consolident l’impact poétique des tableaux pris séparément ; pourtant aucun n’accroche la mémoire même le Parsifal d’Andrew Richards est une présence fantôche, certes conforme au visuel du spectacle mais vocalement si peu engagé… Il y aurait alors Anna Larsson, véritablement embrasée (et très justement le personnage le plus important de l’opéra à travers son itinéraire spirituel pendant l’action…).  Non obstant la réussite visuelle du spectacle, il y manque quand même cette cohérence et la claire défense du sens qui font ailleurs, le succès des mises en scène de Olivier Py ou Robert Carsen chez Wagner (Tristan and Isolde et Tannhäuser respectivement). La beauté esthétisante de la mise en scène (qui nous paraît fondamentalement étrangère à Wagner) est en soi un tour de force … est-ce cependant suffisant pour réussir Parsifal ? Comparée à tant de mises en scène décalées voire strictement provocante, celle ci a au moins le mérite de l’esthétisme.

 

Richard Wagner : Parsifal. Thomas Johannes Mayer (Amfortas), Andrew Richards (Parsifal), Anna Larsson (Kundry) … Orchestre symphonique, chÅ“urs et chÅ“ur de jeunes de La Monnaie. Hartmut Haenchen, direction.  Romeo Castellucci (mise en scène, décors, costumes et éclairages), Cindy Van Acker (chorégraphie), Piersandra Di Matteo (dramaturgie), Apparati Effimeri (vidéo 3D). Opéra royal de la Monnaie, Bruxelles, enregistré en février 2011. 2 dvd Bel Air classiques.

Remarque : acheteurs du dvd et non du bluray, veillez à bien lire la notice au dos de la jacquette ; en format NTSC (seul format disponible en Europe ? Pas de Pal ?), la perte de la qualité HD originelle, est ici d’autant plus dommageable pour un spectacle surtout visuel on l’a compris. Par ailleurs, les sous-titre intégrés hors image obligent à réduire la taille de diffusion. A bon entendeur …