LIVRE Ă©vĂ©nement, critique. Écrits de Vincent d’Indy, volume 2 / 1905-1918 – [Actes Sud, sept 2021]

dindy ecrits 1880 1918 actes sud critique livre classiquenews volume 2 sept 2021 9782330153151LIVRE Ă©vĂ©nement, critique. Écrits de Vincent d’Indy, volume 2 / 1905-1918 – [Actes Sud, sept 2021] – Dans ce 2Ăš volume des Écrits de Vincent d’Indy (1851-1931), le compositeur pĂ©dagogue, franckiste et wagnĂ©rien de premier plan pour ne pas dire militant, est au sommet de son activitĂ© officielle de 1905 Ă  1918. Il est compositeur et chef d’orchestre, prĂ©sident de la SociĂ©tĂ© nationale de musique et professeur au Conservatoire,directeur de la Schola Cantorum, foyer de l’avant garde française


Ses nombreux Ă©crits avec la verve souvent franche et directe qui le caractĂ©rise, pointent les thĂšmes et sujets majeurs au sein de la pensĂ©e musicale moderniste ; D’Indy suscite mĂȘme des polĂ©miques vives, dans un contexte gĂ©opolitique oĂč les patriotismes sont exacerbĂ©s, entre France et Prusse. Pourtant l’artiste et le crĂ©ateur savent reconnaĂźtre le gĂ©nie contemporain ou rĂ©cemment dĂ©cĂ©dĂ© : son analyse de Parsifal de Wagner, Ă  travers une confĂ©rence pour La revue hebdomadaire (1913, page 406) est Ă  ce titre un document d’une pertinence demeurĂ©e inĂ©galĂ©e ; propre Ă  son Ă©poque, le confĂ©rencier wagnĂ©rien convaincu parle de « charitĂ© chrĂ©tienne » quand nous disons aujourd’hui compassion (de Parsifal pour le sort d’Amfortas, le roi dĂ©chu) ; mais la vision et la comprĂ©hension de la derniĂšre partition de Wagner, forcent l ‘admiration.
Les sujets dont divers et choisis selon le goĂ»t du temps : Franck Ă©videment (son modĂšle absolu), Wagner donc, la musique Ă  travers les Ăąges, l’éducation musicale, sans omettre le rĂŽle musical de la femme, Franz Liszt en 1873, le luth et sa littĂ©rature, la musique en 1814, etc
. ce dernier sujet est l’occasion de comparer la vitalitĂ© et le propre de la crĂ©ation en Italie, en France et en territoire germanique avec un focus lĂ©gitimement admiratif sur l’Ɠuvre de Beethoven alors compositeur officiel du congrĂšs de Vienne

D INDY vincent dossier ecrits classiquenews Vincent_d'Indy_1914Le « bon sens » de D’Indy opposĂ© au goĂ»t du plus cĂ©rĂ©bral Debussy se manifeste encore dans des articles sur la musique française (1904, page 79) oĂč D’indy moins patriote qu’humaniste sait s’élever en des hauteurs non partisanes et belliqueuse qui fonde un gĂ©nie au delĂ  des nationalitĂ©s. EmblĂ©matique des tensions entre France et Allemagne Ă  la veille de la premiĂšre guerre mondiale, l’affaire RUST (1913, page 380) montre Ă  quel point le Français entend rĂ©tablir la vĂ©ritĂ© sur un cas exemplaire de falsification moderne d’un auteur (en l’occurrence Friedrich Wilhelm Rust : 1739-1796) que son descendant Wilhelm Rust (1822-1892) souhaitait fabriquer tel un auteur bien supĂ©rieur Ă  son contemporain Mozart, et un prĂ©curseur direct de
 Beethoven. D’Indy, champion des exhumations musicologiques prend la dĂ©fense du petit fils Rust car il reste convaincu que les Sonates de son aĂŻeul Friedrich Wilhelm sont dans ses Sonates, bel et bien un auteur 
 remarquable.
CLIC D'OR macaron 200Conservateur, D’Indy n’hĂ©site pas Ă  dĂ©noncer les limites du « modern-style » tel qu’incarnĂ© par R Strauss son contemporain dont il exĂ©cute toute valeur d’Une vie de hĂ©ros. De mĂȘme, « à l’heure du debussysme et des Ballets russes, le chef de l’école franckiste s’oppose tant Ă  Saint-SaĂ«ns qu’à Ravel et Ă  Schönberg,  ». Durant la guerre 1914 – 1918, D’indy reste droit dans ses bottes, fustigeant le mauvais de la “Kultur boche”, tout en demeurant fidĂšle Ă  l’idĂ©al insurpassable du thĂ©Ăątre wagnĂ©rien. La franchise des engagements, la pertinence des argumentations, la culture d’un homme de goĂ»t qui parle sans phrasĂ©ologie sirupeuse de bon ton, rendent chaque Ă©crit ici annotĂ© et contextualisĂ©, absolument passionnant. Ce qui se confirme ici, dans ce 2Ăš volume, s’est en D’Indy, la droiture indĂ©fectible de l’homme de conviction. Un modĂšle pour l’artiste de notre Ă©poque.

LIVRE Ă©vĂ©nement, critique. Écrits de Vincent d’Indy, volume 2 : 1905-1918 – [Actes Sud, sept 2021] – 17 x 24 cm – 708 pages – CLIC de CLASSIQUENEWS automne 2021

Streaming opéra. PARSIFAL DE WAGNER en direct de GenÚve

2021_parsifal GTG geneve suisse romande Jonathan nott critique annonce classiquenewsSTREAMING OPERA. Ven 2 avril 2021, 20h. WAGNER : Parsifal. L’OpĂ©ra de GenĂšve qui a du annuler les reprĂ©sentations scĂ©niques et publiques prĂ©vues du 30 mars au 11 avril 2021, maintient une sĂ©ance, celle du 2 avril prochain, diffusĂ©e sur le site GTG Digital et RTS Play (en replay jusqu’au 5 avril 2021). C’est une version de concert ajustĂ©e, d’autant plus oportune au moment des FĂȘtes Pascales : la fameuse et sublime sĂ©quence lyrique et orchestrale du Vendredi Saint, telle que l’a conçue Wagner dans le dĂ©roulement de son opĂ©ra, gagne une pertinence accrue ainsi.
Un monde condamnĂ©, sclĂ©rosĂ©, celui des chevaliers du Graal expire dans un lĂ©thargie mortifĂšre ; leur leader, Amfortas, ayant succombĂ© Ă  la tentation de la chair, a perdu toute vertu, toute droiture : blessĂ©, exsangue, le roi-prĂȘtre n’a plus la force pour cĂ©lĂ©brer le rituel et faire jaillir de la coupe miraculeuse, la lumiĂšre salvatrice. L’empire du mal menace : le magicien Klingsor et sa crĂ©ature rĂ©duite Ă  l’esclavage, Kundry, envoĂ»tent les chevaliers pour mieux les perdre.
Alors survient l’homme providentiel, l’élu : Parsifal. D’abord Ă©cartĂ© par les chevaliers, il se montre digne, plus humain qu’aucun humain, droit et pur, loyal et incorruptible (malgrĂ© l’ivresse sĂ©ductrice des filles fleurs, malgrĂ© la sĂ©duction de Kundry
 toutes pilotĂ©es par Klingsor.
Wagner cisĂšle un orchestre somptueux, raffinĂ©, spirituel
 miroir des mouvements psychiques qui Ă©reintent chaque individu. Au terme d’une confrontation ultime, Parsifal Ă©mu, capable de compassion (vis Ă  vis de Kundry comme d’Amfortas, le roi malade et maudit) sauve l’ordre des chevaliers, et l’humanitĂ© toute entiĂšre.

InspirĂ© par une mystique admirable, le dernier opĂ©ra de Wagner cĂ©lĂšbre la vertu de la fraternitĂ©, veut croire au futur de l’humanitĂ©. Direct digital Ă©vĂ©nement depuis GenĂšve.

 

 

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GTG Grand Théùtre GenÚve
Vendredi 2 avril 2021, 20h
EN DIRECT DE GENEVE
WAGNER : PARSIFAL
Festival scénique sacré de Richard Wagner
https://www.gtg.ch/saison-20-21/parsifal/

VOIR ICI PARSIFAL DE WAGNER depuis le GRAND THEATRE DE GENEVE
https://www.gtg.ch/saison-20-21/parsifal/

 

 

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Michael Thalheimer, mise en scĂšne
Orchestre de la Suisse Romande
Jonathan Nott.

Avec Daniel Brenna dans le rĂŽle-titre (Parsifal),
Tanja Ariane Baumgartner : Kundry
Mika Kares : Gurnemanz.

 

 

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Version de concert ajustée
Vendredi 2 avril 2021 à 20h au Grand Théùtre de GenÚve (sous réserve)
Vendredi 2 avril 2021 à 20h sur RTS Play et GTG Digital (disponible jusqu’au 5 avril sur GTG)

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Parsifal par Graham Vick et Omer Meir Wellber (Palerme, janvier 2020)

hunold-kundry-parsifal-582-vick-palermo-classiquenewsL’OPERA chez vous. PARSIFAL par Graham Vick, Ven 10 avril 2020, 15h. Dans la mise en scĂšne du mordant Graham Vick, Omer Meir Wellber dirige le dernier opĂ©ra de Wagner au Teatro Massimo di Palermo : une reprĂ©sentation filmĂ©e en janvier 2020, rendue accessible ce vendredi 10 avril 2020 et jusqu’au 9 juillet 2020. Une production prometteuse, poĂ©tique et virulente avec la Kundry de notre mezzo française Catherine Hunold, vrai format wagnĂ©rien d’une prĂ©sence irrĂ©sistible
 Ă  voir Ă©videmment.

 

 

 

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VISIONNER PARSIFAL par Graham Vick / Omer Meir Wellber :
https://www.arte.tv/fr/videos/094805-000-A/richard-wagner-parsifal/

 

 

Distribution
Richard Wagner : Parsifal, 1882

Music Director / direction musicale : Omer Meir Wellber
Director / mise en scĂšne : Graham Vick
Avec Julian Hubbard, TĂłmas TĂłmasson, John Relvea, Alexej Tanovitski, Thomas Gazheli, Catherine Hunold
Choreography: Ron Howell
Italy 2020, 3h45 min – prochaine critique sur classiquenews.com

 

 

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LIRE aussi notre critique complĂšte de Lohengrin de Wagner avec l’Ortrud onctueuse, sirĂšne incandescente de… Catherine Hunold (Nantes, sept 2016)

HUNOLD catherine-hunold1Vocalement, c’est l’Ortrud magnĂ©tique de Catherine Hunold qui vole la vedette : l’acte II – acte oĂč la sirĂšne manipulatrice sĂšme dans l’esprit d’Elsa le poison du doute, est son acte;  port de magicienne implacable et majestueuse dans la lignĂ©e des MĂ©dĂ©e et des Armide, des opĂ©ras baroques et prĂ©classiques, la mezzo voluptueuse sait injecter sa suffisance impĂ©riale quitte dans un rapport sadique Ă  dominer voire humilier ses proies trop complaisantes : Ă©videmment Telramund le prince accusateur d’Elsa dont elle fait le bras armĂ© de sa vengeance  (trĂšs convaincant Robert Hayward qui façonne et nuance lui aussi son personnage : sa grande aisance scĂ©nique ajoute Ă  sa crĂ©dibilitĂ©); et quand la sorciĂšre noire invoque l’esprit de Wotan et de Freia – claire prĂ©figuration du Ring Ă  venir,  Catherine Hunold fait valoir la souplesse jamais forcĂ©e de ses graves vĂ©nĂ©neux en somptueuse dĂ©itĂ© wagnĂ©rienne…

 

 

 

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LIRE ici notre présentation des

OPERAS CHEZ SOI pendant le confinement

 

 

 

 

OpĂ©ras et ballets de l’OpĂ©ra national de Paris de mai 2020

 Opéras accessibles depuis le site du Metropolitan Opera de New York

 

 

 

 

et aussi

 

Musées et expositions en ligne

 

 

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COMPTE-RENDU, opéra. TOULOUSE, Capitole, le 2 fév 2020. WAGNER : Parsifal. BORY, BEERMANN, KOCH, SCHUKOFF.

COMPTE-RENDU, opĂ©ra. TOULOUSE, Capitole, le 2 fĂ©v 2020. WAGNER : Parsifal. BORY / BEERMANN, KOCH, SCHUKOFF. Peut-on rĂȘver plus extraordinaire production de l’oeuvre si «hors normes» de Richard Wagner ? Les comparaisons avec Strasbourg qui monte sa production au mĂȘme moment seront certainement intĂ©ressantes tant tout semble les diffĂ©rencier. Je dois pourtant reconnaitre que je resterai Ă  Toulouse afin d’assister Ă  plusieurs reprĂ©sentations de ce Parsifal si rĂ©ussi. Il sera difficile de dĂ©velopper tout ce que j’ai Ă  dire sur ce spectacle total tant il est riche. Je serai moins long sur les voix car ailleurs elles ont Ă©tĂ© bien analysĂ©es. C’est tout simplement le quatuor vocal le plus abouti actuel qui puisse se s’écouter aujourd’hui, pour une version parfaitement cohĂ©rente. Voix sublimes de jeunesse, de puissance, de timbres rares et de phrasĂ©s somptueux. Chanteurs-acteurs beaux et convaincants. La prise de rĂŽle de Sophie Koch en Kundry est magistrale, de voix, de timbre, de jeux et de style. Tout y est : de la quasi animalitĂ© Ă  la plus Ă©lĂ©gante sĂ©duction , en particulier la souffrance contenue dans ce rĂŽle complexe. Sophie Koch est une Kundry qui va conquĂ©rir le monde tant elle est dĂ©jĂ  accomplie.

 

 

 

PARSIFAL EN MAJESTÉ

 

 

9c - Parsifal - Nikolai Schukoff (Parsifal) - crÇdit Cosimo Mirco Magliocca

 

 

 

La rĂ©ussite est totale d’autant que son Parsifal, Nikolai Schukoff, est un des plus grands spĂ©cialistes actuels du rĂŽle. Je l’avais vu et entendu Ă  Lyon en 2011 dĂ©jĂ  magnifique dans ce rĂŽle et nous le connaissons bien Ă  Toulouse dans divers opĂ©ras. A prĂ©sent pour lui, il n’est plus seulement question de rĂŽle, de voix parfaite ou de chant souverain : Nikolai Schukoff EST Parsifal. Il assume la jeunesse du rĂŽle et met en lumiĂšre son charisme naissant sous nos yeux dans un jeu fin et Ă©mouvant. Et quelle parfaite voix de helden-tĂ©nor est la sienne ! IdĂ©alement assortie Ă  celle de Sophie Koch ; ainsi leur duo est vocalement parfaitement Ă©quilibrĂ©. L’Amfortas de Matthias Goerne est mondialement cĂ©lĂšbre ; dans l’extraordinaire mise en scĂšne d’AurĂ©lien Bory, il atteint des sommets de spiritualitĂ© toujours avec une voix somptueuse. Peter Rose en Gurnemanz est puits d’humanitĂ© dans une voix de toute beautĂ©. Il est peut ĂȘtre possible actuellement de trouver d’autres chanteurs de ce rang pour ces quatre rĂŽles, mais pas un quatuor plus assorti. Tous les autres artiste sont d’un extraordinaire niveau.
L’ Ă©lĂ©gant Klingsor de Pierre-Yves Pruvot donne beaucoup d’ampleur au rĂŽle. Le Titurel de Julien VĂ©ronĂšse est trĂšs impressionnant. Les filles fleurs sont dĂ©licieuses et les Ă©cuyers bien prĂ©sents. Les chƓurs associĂ©s entre Toulouse et Montpellier font honneur Ă  la partition si extraordinaire de Wagner. La spacialisation des chƓurs si fondamentale est totalement rĂ©ussie. Un beau travail d’harmonisation des voix a Ă©tĂ© fait ; cela sonne puissant avec de belles couleurs et de formidables nuances. Nous savons combien l’Orchestre du Capitole excelle dans la vaste rĂ©pertoire symphonique comme dans la fosse de l’opĂ©ra ; ce soir il est symphonique dans la fosse et absolument incroyable de beautĂ©. MĂȘme au disque, il est exceptionnel d’entendre de si belles choses. Il faut reconnaitre que l’alchimie avec le chef Franck Beermann est totale. La perfection instrumentale est mise au service du drame. Franck Beermann tend des arcs musicaux envoĂ»tants. Le tempo semble naturel tout du long, ni rapide ni lent, juste exact. Cela devient le personnage central. Un torrent de beautĂ© et d’intelligence dramatique.

Il est certain que la diffusion sur France Musique le 29 fĂ©vrier 2020 permettra d’approfondir la somptuositĂ© musicale et vocale de ce Parsifal. Mais ce qui est le plus extraordinaire dans cette production est la mise en scĂšne d’ AurĂ©lien Bory qui magnifie la dimension symbolique et dramatique du Festival ScĂ©nique SacrĂ© wagnĂ©rien. Car ce n’est pas un opĂ©ra comme les autres, le sens philosophique est partout prĂ©sent et les personnages sont presque des problĂ©matiques humaines incarnĂ©es. AurĂ©lien Bory travaille sur l’espace depuis longtemps ; il comprend la dimension fondamentale dans cet ouvrage comme personne. Et il lie cela au temps d’une maniĂšre si magistrale que les cinq heures de l’ouvrage passent bien trop vite. L’intelligence du spectateur est rĂ©veillĂ©e autant que son sens esthĂ©tique. La beautĂ© offerte aux yeux, la richesse des symboles et la somptuosiĂ© de ce que les oreilles recueillent s’associent dans un tout mĂ©taphysique.

Je devine que le travail entre le chef et le metteur en scĂšne a Ă©tĂ© fait en profondeur. DĂšs le prĂ©lude, les Ă©critures lumineuses sont en phase avec la musique comme un ballet parfaitement rĂ©glĂ©.Tout sera ensuite dans ce respect mutuel permettant Ă  la mise en scĂšne d’épouser la partition et inversement. Quand tant de metteurs en scĂšne rajoutent en lui nuisant, des « idĂ©es » Ă  la partition, AurĂ©lien Bory Ă©pouse les idĂ©es wagnĂ©riennes en utilisant son propre vocabulaire. La rigueur des dĂ©placements des Ă©lĂ©ments de dĂ©cors est fantastique. La subtilitĂ© des ombres tient du gĂ©nie. La mise en scĂšne dĂ©veloppe Ă  l’infini la notion de dichotomie qui construit le monde et l’homme. Les couples d’opposĂ©s fonctionnent Ă  merveille, blanc/noir, ombre/lumiĂšre, nature/culture, orient/occident, horizontal/vertical, lignes droites/lignes courbes, etc
. Cette mise en scĂšne parfaitement huilĂ©e faisant un tout avec les dĂ©cors et les lumiĂšres, ainsi que de trĂšs beaux costumes, offre des images de grande beautĂ© et riches de sens qui resteront dans les mĂ©moires.

 

 

 

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Ainsi les branches de feuillages enveloppant les hommes, les protĂ©geant ou les gĂȘnant reprĂ©sente notre ambivalence par rapport Ă  la nature. L’image d’ Amfortas infirme qui doit mettre toute l’intensitĂ© dans sa plainte rend son chant dĂ©chirant. Le quadrillage qui de ligne va se projeter en courbes reprĂ©sente Ă  la fois l’enfermement et la libĂ©ration. Le triangle noir qui interdit Ă  Kundry et Pasifal de se toucher renforce l’érotisme de leur chant puis lorsque la lumiĂšre portĂ©e par Kundry envoĂ»te Parsifal la rĂ©vĂ©lation maturante rĂ©sulte d’un choc terrible entre les corps par le baiser. Toute la retenue du duo, toute la sĂ©duction centrĂ©e dans le chant, toute cette tension explosent avec une puissance magistrale lors de la pĂ©nĂ©tration dans le triangle interdit. Au dernier acte le retour Ă  Montsalvat  de Parsifal en costume japonais et la lenteur de ses gestes tient de la magie pure. Les lumiĂšres en forme de sabre sont tellement intelligentes et belles qu’elle renouvellent l’effet des tubes nĂ©ons ! Et le Graal dĂ©voilĂ© sous forme de volutes de lumiĂšres et d’ombres qui s’épousent est tellement musical en fin de premier acte !
AurĂ©lien Bory a fait un travail d’orfĂšvre sur scĂšne comme Franck Beermann dans la fosse. Tous les artistes sont engagĂ©s totalement dans ce spectacle parfait. Le rĂ©sultat est tout saisissant et cette production aussi somptueuse musicalement que scĂ©niquement deviendra inoubliable, tant le respect et l’intelligence s’y rencontrent.

 

 

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Compte-rendu opĂ©ra. Toulouse. ThĂ©Ăątre du Capitole, le 2 fĂ©vrier 2020. Richard Wagner (1813-1883) : Parsifal ; Festival scĂ©nique sacrĂ©  en trois actes ; Livret  de Richard Wagner ; CrĂ©ation  le 26 juillet 1882 au Festival de Bayreuth; Nouvelle production ;   AurĂ©lien Bory :  mise en scĂšne ; AurĂ©lien Bory, Pierre Dequivre : scĂ©nographie ; Manuela Agnesini :  costumes ; Arno Veyrat  : lumiĂšres ; Nikolai Schukoff  : Parsifal ; Sophie Koch :  Kundry ; Peter Rose  : Gurnemanz ; Matthias Goerne :  Amfortas ; Pierre-Yves Pruvot  : Klingsor ; Julien VĂ©ronĂšse :  Titurel ; Andreea Soare  : PremiĂšre Fille-Fleur; Marion Tassou  : DeuxiĂšme Fille-Fleur / Premier Écuyer; AdĂšle Charvet  : TroisiĂšme Fille-Fleur; Elena Poesina  : QuatriĂšme Fille-Fleur; CĂ©line Laborie  : CinquiĂšme Fille-Fleur ; Juliette Mars : SixiĂšme Fille-Fleur / DeuxiĂšme Écuyer / Voix d’en Haut ; Kristofer Lundin  : Premier Chevalier du Graal; Yuri Kissin  : DeuxiĂšme Chevalier du Graal; Enguerrand de Hys  : TroisiĂšme Écuyer; François Almuzara  : QuatriĂšme Écuyer;  Choeur et MaĂźtrise du Capitole ; Choeur de l’OpĂ©ra national de Montpellier-Occitanie ; Alfonso Caiani : chef de choeur ; Orchestre national du Capitole ; Direction musicale : Franck Beermann. Photos :  © Cosimo Mirco Magliocca – Retransmission sur France Musique le 29 fĂ©v 2020, 19h.

 

 

 

 

TOULOUSE. Nouveau PARSIFAL par Aurélien Bory

REPENSER WAGNER... Marek Janowski Ă  l'Ă©preuve du RingTOULOUSE, Parsifal, 26 janv – 4 fĂ©v 2020. Le Capitole toulousain affiche le chef d’oeuvre de Wagner, Parsifal, Ɠuvre de rĂ©demption par l’amour et la compassion pour l’autre. Figure de la blessure infinie qui s’écoule sans fin (le roi Amfortas
 qui a succombĂ© au risque de corrompre la coupe sacrĂ©e du Graal) ; figure de la culpabilitĂ© finalement pardonnĂ©e (Kundry, la sĂ©ductrice bientĂŽt repentante) ; figure de la rĂ©surrection et de l’amour : Parsifal, le jeune pur et loyal qui ne se laisse pas lui corrompre
 Wagner aborde la geste mĂ©diĂ©vale avec un sens supĂ©rieur du souffle symphonique. Rien n’égale le mysticisme et la puissance tellurique de l’orchestre, acteur majeur de cette narration qui convoque la confrontation du bien (Parsifal) et du mal (Klingsor). A Toulouse, la distribution promet le meilleur dont Ă©videmment Matthias Goerne (en roi blessĂ©, mortifiĂ©, languissant, Amfortas), Pierre-Yves Pruvot (Kingsor diabolique, lumineux, brillant dans le noir), Nikolai Schukoff dans le rĂŽle-titre. Mise en scĂšne d’AurĂ©lien Bory et direction musicale par Frank Beermann. EvĂ©nement lyrique de ce dĂ©but 2020.

 

 

 

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Wagner : Parsifal
Création le 26 juillet 1882 au Festival de Bayreuth

boutonreservationAu Théùtre du Capitole de Toulouse : 5 représentations
Du 26 janvier au 4 février 2020
Les dimanches 26 janvier et 2 février à 15h
Les mardis 28 janvier et 4 février à 18h ; le vendredi 31 janvier à 18h

 

 

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INFOS & RESERVATIONS
https://www.theatreducapitole.fr/web/guest/affichage-evenement/-/event/event/5696164

Aurélien Bory Mise en scÚne
Orchestre du Capitole / Frank Beermann, Direction musicale

 

 

 

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Avec
Nikolai Schukoff : Parsifal,
Sophie Koch : Kundry,
Peter Rose : Gurnemanz,
Matthias : Goerne Amfortas,
Pierre-Yves Pruvot : Klingsor,
Julien VĂ©ronĂšse : Titurel



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Bayreuth 2016 : Klaus Florian Vogt chante Parsifal

logo_francemusiqueFrance Musique, lundi 1er aoĂ»t, 20h. Parsifal de Wagner avec Klaus Florian Vogt. Sous la direction de Eberhart Friedrich Ă  Bayreuth, le challenger du tĂ©nor compatriote Jonas Kaufmann, chante lui aussi Parsifal mais avec un timbre plus angĂ©lique et moins rauque, et pourtant tout aussi convaincant : inscrit dĂ©finitivement comme son Lohengrin (l’élu cĂ©leste descendu sur la terre.)
 , dans la lumiĂšre.
VOGT-tenor-parsifal-classiquenews-VOGT-klaus-florian-vogtKlaus Florian Vogt est nĂ© Ă  Heide (Schleswig-Holstein), il a d’board commencĂ© la musique comme
 corniste. La pratique instrumentale lui a transmis l’art de la tenue et de la justesse du son, aujourd’hui palpable dans un chant souverainement clair et Ă©lĂ©gant. Qui a marquĂ© chez Wagner, ses Lohengrin et bientĂŽt TannhaĂŒser (avant Tristan qu’il annonce ĂȘtre prĂȘt Ă  chanter au terme de ce parcours psychologique et dramatique). Pour l’heure son premier Parsifal Ă  Bayreuth est bien l’évĂ©nement de l’édition 2016 du Festival wagnĂ©rien oĂč s’affirment aussi, Le Ring dirigĂ© par Marek Janowski (mais dans la rĂ©alisation scĂ©nique dĂ©sastreuse, dĂ©senchantĂ©e de Castorf) et le Tristan und Isolde de Katharina Wagner, inaugurĂ© en juillet de l’annĂ©e passĂ©e (le dvd Tristan und Isolde par Katharina Wagner vient de sortir chez Deutsche Grammophon, juillet 2016).
Dans Parsifal, le tĂ©nor allemand a dĂ©jĂ  identifiĂ© les points de difficultĂ© afin de mieux prĂ©server sa voix, pendant chaque reprĂ©sentation : au I, il convient de mĂ©nager son chant d’autant que le chaste fol ne prend pas trop la parole : il dĂ©couvre alors le milieu des chevaliers du Graal et assiste mĂ©dusĂ© et bouleversĂ© surtout au miracle du calice dĂ©voilĂ© par un Amfortas, agonisant.
Au II, les choses s’intensifient pour Parsifal : il doit dĂ©montrer la force morale qui l’anime car il sait vaincre les enchantements malsains et les voluptĂ©s maudites des crĂ©atures du magicien Klingsor (les filles fleurs, vraies tentatrices charnellement dĂ©sirables) dont l’arme la plus redoutable est le corps sensuel de Kundry
 laquelle est la premiĂšre Ă  la nommer du nom qu’employait sa mĂšre perdue : « Parsifal ». Contre Klingsor, sa lance, Kundry, sa danse lascive et provocante, Parsifal demeure indiffĂ©rent et vainqueur : aucun doute, le tĂ©nor doit gĂ©rer l’afflux de verbe et la tension dramatique de cet acte clĂ© qui rĂ©vĂšle sa nature miraculeuse, laquelle sauvera par son sang neuf, au III, le rituel des Chevalliers. Ainsi, au dernier acte, le miracle du Vendredi Saint s’accomplit grĂące Ă  la puretĂ© infaillible du chaste fol, devenu le nouveau roi : il absout Kundry, et surtout guĂ©rit Amfortas de la plaie suintante qui le condamnait
 Le Graal peut ĂȘtre dĂ©voilĂ© et irradiant, dans un tableau Ă©blouissant de lumiĂšre, Parsifal est couronnĂ© nouveau roi.
Le vrai dĂ©fi pour le tĂ©nor rĂ©side donc bien dans l’acte II oĂč il doit dĂ©montrer sa puissance spirituelle sous le masque de la grĂące juvĂ©nile.

 

 

 

France Musique, lundi 1er août 2016, 20h. Wagner : Parsifal. Avec Klaus Florian Vogt, dans le rÎle titre. Consulter la distribution complÚte du Parsifal Bayreuthien 20016 sur le site du Festival de Bayreuth

 

 

 

vogt-klaus-florian-lohengrin-parsifal-classiquenews

 

 

Klaus Florian Vogt, visage dans les mains incarne Lohengrin, le chevalier cĂ©leste descendu trop tĂŽt sur la terre, pour sauver une Elsa, Ă©trangĂšre au pacte de confiance qu’il demandait…

 

Wagner : l’acte III de Parsifal

Richard Wagner 2013logo_francemusiqueFrance Musique. Le 23 novembre 2014, 20h30. Parsifal, Acte III. La Tribune des critiques de disques. Enjeux, dĂ©fis. Discographie. L’Acte III de Parsifal met en scĂšne le retour victorieux de l’élu (Parsifal : « le chaste et fol qui ignore le pĂ©ché ») qui en revenant parmi les chevaliers du Graal, avec la lance qu’il a su dĂ©rober au magicien malĂ©fique Klingsor, rĂ©tablit l’espoir dans la communautĂ©. Parsifal touchĂ© par la souffrance d’Amfortas le guĂ©rit comme il accompagne le dernier souffle de Kundry, la pĂ©cheresse enfin comprise, pardonnĂ©e, graciĂ©e. Au coeur d’une humanitĂ© reconquise, Parsifal comme le Christ affirme la seule loi de l’amour et du pardon. C’est pourquoi beaucoup considĂšre l’ouvrage comme un rituel liturgique, un festival sacrĂ© oĂč tout applaudissement est sacrilĂšge… L’opĂ©ra s’achĂšve dans une priĂšre finale. Pour son ultime opĂ©ra (crĂ©Ă© Ă  Bayreuth en juillet 1882 sous la direction de l’excellent Hermann Levi), Wagner puise auprĂšs de trois sources : Perceval le Gallois de ChrĂ©tien de Troyes, Parsifal de Wolfram von Eschenbach, enfin le cycle des rĂ©cits arthuriens dĂ©posĂ©s dans le Mabinogion. Le compositeur fidĂšle Ă  ses convictions profondes enracinĂ©es autour du pessimisme, de la culpabilitĂ© et de la malĂ©diction du genre humain, choisit, associe, combine les Ă©lĂ©ments divers pour concevoir une scĂšne « sacrĂ©e », oĂč pĂšsent de tous leurs symboles, les Ă©lĂ©ments de la passion chrĂ©tienne : plaie ouverte et coulante du roi Amfortas Ă©puisĂ©, extĂ©nuĂ©, incapable de servir l’office (au cours de la longue messe qui clĂŽt le I) ; signe de la croix de Parsifal quand il vainc les enchantements diaboliques de Klingsor au II ; figure ascensionnelle de Kundry, crĂ©ature Ă  la solde du magicien noir puis figure du pardon et de la rĂ©demption au III
 Jamais Wagner n’aura Ă  ce point dĂ©velopper la riche texture de son orchestre, un orchestre souverain qui dilate et suspend le temps, rĂ©organise la mĂ©moire, intensifie la conscience aussi, rĂ©vĂšle aux auditeurs spectateurs ce qui ne pouvait ĂȘtre dit jusque lĂ . La force de Parsifal, surtout dans l’acte III, c’est la magie d’un spectacle total au service d’une mystique humaniste dont le message est l’amour et l’espoir.

Centenaire du ténor Wolfgang Windgassen (1914-1974)

Windgassen-Wachter-1963-275NĂ© en 1914 Ă  Annemasse (Haute-Savoie), Wolfgang Windgassen incarne le tĂ©nor wagnĂ©rien par excellence, loin des caricatures actuelles qui s’entĂȘtent Ă  imposer l’image d’un hurleur surpuissant, poitrinĂ©, sans Ă©clat ni nuances. La preuve apportĂ©e par Windgassen marque l’histoire des grands interprĂštes Ă  Bayreuth dont le sens du verbe, la clartĂ© plutĂŽt que la vocifĂ©ration laissent un standard d’excellence encore aujourd’hui difficile Ă  renouveler. FormĂ© au chant par ses parents, -tous deux chanteurs lyriques, Wolfgang est recrutĂ© par Wieland Wagner Ă  Bayreuth en 1951 (pour y chanter Froh et dĂ©jĂ  Parsifal) : il y chante tous les rĂŽles importants, assurant parfois en quelques semaines, plusieurs parties dans des opĂ©ras diffĂ©rents, attestant d’une santĂ© sidĂ©rante : Lohengrin, Tristan, Siegmund (Walkyrie), Siegfried (Ring), Walther (Les MaĂźtres Chanteurs), et bien sĂ»r, Parsifal.

Centenaire du ténor allemand légendaire Wolfgang Windgassen, héros bayreuthien

A Bayreuth, il s’affirme sous la baguette de grands chefs dont Clemens Krauss (Bayreuth 1953), Joesph Keilberth et Eugen Jochum (pour Lohengrin), et dans les annĂ©es 1960 : Sawallisch, Solti (qui l’engage pour sa premiĂšre intĂ©grale discographique stĂ©rĂ©o du Ring : 1958-1966 oĂč le tĂ©nor allemand chante un siegfried anthologique), enfin Karl Böhm.

Au dĂ©but des annĂ©es 1970, il s’illustre dans la mise en scĂšne, puis, de 1970 Ă  sa mort en 1974 (8 septembre), dirige l’opĂ©ra de Stuttgart, une ville qui avait accueilli ses annĂ©es de perfectionnement. Chez Windgassen, l’intelligence du chanteur, comblĂ© par une technique de diseur exceptionnel, se mariait Ă  un jeu d’acteur souvent irrĂ©sistible. Wolfgang Windgassen a Ă©tĂ© aussi un excellent RadamĂšs (Aida de Verdi).

 

Illustration : Wolfgang Windgassen (debout) Ă  Bayreuth

DVD. Wagner : Parsifal (Kaufmann, Mattei, Pape, Gatti, 2013)

Parsifal Jonas KaufmannDVD. Wagner : Parsifal (Kaufmann, Mattei, Pape, Gatti, 2013). De toute Ă©vidence, dans le rĂŽle-titre, le tĂ©nor Jonas Kaufmann (44 ans en 2014) poursuit l’une des carriĂšres wagnĂ©riennes les plus passionnantes : superbe Siegmund au disque (Decca), Ă©blouissant Lohengrin Ă  Bayreuth, son Parsifal new yorkais touche par sa sobriĂ©tĂ©, sa musicalitĂ© envoĂ»tante qui dĂ©voile l’intense et juvĂ©nile curiositĂ© du jeune homme enchanteur, qui tournĂ© vers l’Autre, assure l’avĂšnement du miracle final. Le munichois nĂ© en 1969 incarne un hĂ©ros habitĂ© par un drame intĂ©rieur, tragĂ©dien et humain, celui qui recueille et Ă©prouve la malĂ©diction de l’humanitĂ© pour la sauver
. par compassion, maĂźtre mot de la derniĂšre partition de Wagner.

 

 

La perfection au masculin

 

CLIC_macaron_2014Il y a toujours chez le compositeur et particuliĂšrement dans Parsifal le poids d’un passĂ© immĂ©morial qui inflĂ©chit le profil psychique de chaque personnage. Le seul affranchi d’un cycle de malĂ©dictions fatales reste le pur Parsifal, l’étranger, l’agent de la mĂ©tamorphose espĂ©rĂ©e, ultime. La production du Met a Ă©tĂ© crĂ©Ă©e en 2012 Ă  Lyon (coproduction). Peter Gelb en poste depuis 2006 l’intĂšgre au Met dans une distribution assez Ă©poustouflante et certainement mieux chantante et plus cohĂ©rente que celle française. Ni trop chrĂ©tienne ni trop abstraite, la mise en scĂšne de François Girard reste claire, sans en rajouter, centrĂ©e sur la possibilitĂ© pour chacun – pourtant dĂ©truit ou rescapĂ© (Amfortas, prĂȘtre ensanglantĂ© et mourant qui agonise sans cicatriser ; Klingsor qui a renoncĂ© Ă  l’amour pour dĂ©truire et manipuler (Evgeny Nikitin assez terne) ; Kundry la vĂ©nĂ©neuse, pĂȘcheresse Ă©reintĂ©e en quĂȘte de salut
, de renaĂźtre.

Katarina_Dalayman_Rene_Pape_Jonas_Kaufmann_Parsifal_2013_MET_Francois_Girard_wagner_KonigEfficace, la direction de Daniele Gatti sait imprimer le sens du rythme dramatique sauf au II oĂč malgrĂ© la puissance sauvage et sensuelle Ă  l’Ɠuvre, la baguette Ă©tire au risque de diluer. Il est vrai que, – hier Ă  Bastille Brunnhilde un peu courte, Katarina Dalayman accuse une sĂ©rieuse Ă©troitesse Ă©motionnelle et langoureuse en Kundry : on reste comme Parsifal Ă©tranger Ă  sa froideur voluptueuse. Elle est, avec Nikitin trop prosaĂŻque et rustaud, le maillon faible du plateau. MĂȘme les filles fleurs sont tout sauf Ă©nigmatiques et sensuelles, … une mĂȘlĂ©e de glaçons bien ordinaires.
Les hommes en revanche sont
 parfaits. RenĂ© Pape familier du rĂŽle et sur les mĂȘmes planches mĂ©tropolitaines offre son dernier Gurnemanz, racĂ©, articulĂ©, nuancĂ© : un modĂšle dont on ne se lasse guĂšre. DĂ©jĂ  honorĂ© et saluĂ© pour un OnĂ©guine fabuleux et un Don Giovanni non moins ardemment dĂ©fendu, Peter Mattei dĂ©croche lui aussi la timbale d’or : son Amfortas exprime le dĂ©sarroi d’une Ăąme perdue, dĂ©chirĂ©e, anĂ©antie et mĂȘme le Titurel de Runi Brattaberg emporte l’adhĂ©sion par sa noblesse sans chichi : une humanitĂ© souterraine qui sait chanter sans schĂ©matiser ni caricaturer. Quels chanteurs !

Wagner : Parsifal. Jonas Kaufmann : Parsifal. René Pape : Gurnemanz. Peter Mattei : Amfortas. Katarina Dalayman : Kundry. Metropolitan Opera Orchestra and Chorus / Daniele Gatti, direction. Mise en scÚne : François Girard. Enregistrement live réalisé au Metropolitan Opera de New York en février 2013. 2 dvd Sony classical / Sony 88883725729

 

Hermann Levi : un juif à Bayreuth, créer Parsifal (1882)

Hermann Levi : un juif Ă  Bayreuth. C’est peut-ĂȘtre le pire cas qu’ait eu Ă  gĂ©rer Wagner dans sa vie 
 l’antisĂ©mite notoire devait croiser sur son chemin de bĂątisseur, un maçon exceptionnel, maestro architecte douĂ© pour diriger et comprendre ses Ɠuvres : Hermann Levi
 le juif. Pour accomplir son dernier opus, le naĂźtre de Bayreuth ne put faire sans Levi. Les mots Ă  son encontre Ă©voque le malaise Wagner vis Ă  vis d’un musicien exceptionnel capable comme personne alors de comprendre la musique de l’avenir
 « juif domestiqué », « juif assimilé »  autant de vocables bien discutables qui s’effacent devant la rĂ©alitĂ© inimaginable de l’époque. L’histoire rĂ©elle dĂ©passe souvent la fiction : jamais Parsifal ne devait connaĂźtre un meilleur maestro que Hermann Levi, Ă  jamais inscrit dans l’histoire de Bayreuth et dans la genĂšse du dernier opĂ©ra de Wagner en 1882.

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Le chef créateur de Parsifal

 

Il incarne une contradiction notoire dans le cercle trĂšs restreint des proches et des intimes de Wagner Ă  Bayreuth : Cosima et son Ă©poux sont des antisĂ©mites militants qui ne manquent jamais une occasion de dĂ©prĂ©cier la judĂ©itĂ© y compris chez les musiciens les plus douĂ©s Ă  leur Ă©poque. Le Journal qui consigne sous la plume de Cosima tout ce que dit son divin Ă©poux Ă©claire chaque Ă©tape de leur confession. Hermann Levi (1839-1900), fils et petit fils de rabbins en fait le frais : immense chef d’orchestre et douĂ© dĂšs son jeune Ăąge, son seul dĂ©faut est d’ĂȘtre juif. Mais le musicien qui vĂ©nĂšre Wagner comme un dieu, souhaite rĂ©aliser grĂące Ă  lui et sa quĂȘte artistique de dĂ©passement et d’accomplissement, mais aussi, une maniĂšre d’intĂ©gration complĂšte dans la culture germanique dont le couple de Bayreuth est le plus engagĂ© des ambassadeurs.
Hermann Levi dirige l’orchestre de l’opĂ©ra de Munich dont il est directeur musical depuis 1872: il est l’employĂ© de Louis II de BaviĂšre qui accepte que le jeune chef dirige aussi Ă  Bayreuth. AprĂšs de trĂšs longs efforts pour approcher Wagner et susciter son regard bienveillant, Levi ne tarde pas Ă  devenir un habituĂ© de Wahnfried, – la maison des Wagner Ă  Bayreuth-, hĂŽte recherchĂ© et donc jalousĂ©, que Wagner adoube mĂȘme officiellement en demandant Ă  ce que le chef juif dirige la crĂ©ation de Parsifal ! De fait, Levi restera dans l’histoire de Bayreuth, le crĂ©ateur, surtout le plus grand interprĂšte de Parsifal : un comble. De 1882, pour la crĂ©ation et jusqu’en 1894, soit 12 ans, Levi est le chef de Parsifal : un statut inouĂŻ que personne ne saura jamais Ă©galer aprĂšs lui.
Pour l’homme hypersensible que fut Levi, cela n’alla pas sans tiraillements et angoisse viscĂ©rale. Wagner exigeait autant qu’il savait attendrir tous ceux prĂȘts Ă  le jouer, mieux le servir. A plusieurs reprises, Levi demande d’ĂȘtre soulagĂ© et libĂ©rĂ© d’une telle charge, tout en espĂ©rant ĂȘtre fondamentalement reconnu pour ses aptitudes personnelles et artistiques Ă  comprendre et interprĂ©ter Wagner. Ce que le compositeur lui permet de vivre avant de mourir en 1883. Tout en exigeant l’impossible, Wagner accorde Ă  son chef prĂ©fĂ©rĂ© la reconnaissance tant espĂ©rĂ©e.
Dans les faits, Hermann Levi rĂ©ussit cette ambition, dĂ©voilant tout ce qui dans Parsifal relĂšve d’une profonde expĂ©rience humaniste, mystique, intime. Il dirige Ă  8 reprises Parsifal Ă  Bayreuth (1882, 1883, 1884, 1886, 1889, 1891, 1892 et 1894). La crise la plus aiguĂ« dans cette vocation doloriste fut l’annĂ©e 1888 : usĂ©, Ă©reintĂ© psychiquement, Levi doit se reposer; il ne dirigera pas Parsifal, sujet de toutes ses peines et de tous ses dĂ©passements musicaux : Wagner dĂ©cĂ©dĂ©, c’est Cosima qui reprenant peu Ă  peu la direction du festival wagnĂ©rien impose un rythme, une nouvelle mĂ©thodologie de travail surtout un nouveau sacerdoce exclusif. En 1891, Levi Ă©labore pour elle, une version remarquable de TannhaĂŒser pour Bayreuth, d’aprĂšs les nombreuses possibilitĂ©s laissĂ©es par Wagner ; cette version Levi sera longtemps tenue pour un modĂšle par tous les chefs soucieux de diriger la partition. La corde a failli se rompre entre Levi et Cosima : il reste une lĂ©gende de la direction, celle qui dĂšs la crĂ©ation de Parsifal aura permis de conclure le mythe Wagner de son vivant, jusqu’au cime de l’excellence.

 

 

DVD. Wagner : Parsifal (Castellucci, 2011)

DVD. Wagner : Parsifal (Castellucci, 2011)  2 dvd Bel Air classiques  …   En fĂ©vrier 2011, un nouveau metteur en scĂšne, connu voire critiquĂ© Ă  Avignon s’empare de la scĂšne lyrique avec ce Parsifal hors normes (et passablement Ă©corchĂ© voire boudĂ© par le public) qui s’il rĂ©invente tout de l’univers visuel wagnĂ©rien (rompant dĂ©libĂ©rĂ©ment avec les didascalies du compositeur trĂšs bien documentĂ©es, sauf pour la forĂȘt du I respectĂ©e), n’en impose pas moins sa marque graphique et esthĂ©tisante : une succession de visions dont le mĂ©rite en dĂ©pit de sa diversitĂ© rĂ©currente, tient Ă  sauvegarder le mystĂšre et l’Ă©nigmatique d’une partition toujours aussi fascinante.

 

 

Envoûtement visuel : bénéfique ou illusoire ?

 

parsifal_castellucci_monnaie_larsson_dvd_belair_classiquesPas de rĂ©fĂ©rences mĂ©diĂ©vales, ni de chĂąteau et chevaliers en armures … Une Ă©pure de plus en plus fuyante qui semble dĂ©sagrĂ©ger jusqu’Ă  l’espace de l’action dramatique. Romeo Castellucci rĂ©invente donc Parsifal en collant Ă  la musique de Wagner, la pure fĂ©erie (ou l’Ă©vanescence polĂ©mique) de son propre imaginaire. La clartĂ© des tableaux respectueuse du sens de la musique force l’esprit et l’Ă©coute : cette forĂȘt en dĂ©linquessence qui symbolise l’anĂ©antissement du monde d’Amfortas et de Gurnemanz … plus Ă©trange au II, Klingsor paraĂźt en chef d’orchestre mĂ©canique (mise en abĂźme du poison de la musique de Wagner ?) affairĂ© – grĂące Ă  son double en tablier blanc-, Ă  ligoter ses proies qu’il suspend comme un sorcier araignĂ©e … On reste beaucoup moins convaincus par ce qui relĂšve alors d’une contradiction visuelle dans ce monde de suggestions vaporeuses (tout l’acte II baigne dans une fumĂ©e laiteuse) : le baiser de Kundry Ă  Parsifal laisse voir une projection doublant les deux chanteurs : on y voit alors un couple en plein effusion amoureuse (Parsifal dĂ©mĂȘle le sens de la scĂšne et comprend qu’en son centre surgit la faute commise par Amfortas, envoĂ»tĂ© par les charmes de la magicienne)… rĂ©vĂ©lation, compassion, clartĂ© d’une vĂ©ritĂ© qui ne demandait qu’Ă  naĂźtre en pleine lumiĂšre.  Question : est-il nĂ©cessaire de dĂ©voiler par cette image explicite la tension Ă©rotique que la sĂ©ductrice inflige au pauvre innocent ? Cette recrĂ©ation esthĂ©tique ne basculerait-elle pas alors dans l’imagerie kitsch d’un univers purement fantasmatique ?

Toute grille visuelle, fĂ»t elle comme ici trĂšs esthĂ©tique, plaquĂ©e sur une partition fleuve et hypnotique comme celle de Wagner, pose Ă©videmment le problĂšme de l’impact des images contre le continuum de la musique (mĂȘme constat pour la mise en scĂšne de Peter Sellars de Tristan aidĂ© des vidĂ©os envahissantes de Bill Viola Ă  l’OpĂ©ra Bastille). Ici, il y a bien des effets de lumiĂšre, des gestes statiques suspendus ( attention Bob Wilson n’est pas loin : il pourrait parler de plagiat), des associations de signes/dĂ©tails qui suscitent des tableaux surrĂ©alistes ou symbolistes… Pour autant, voyez par exemple la mĂȘme scĂšne capitale oĂč Kundry la sĂ©ductrice ambitionne de sĂ©duire et dĂ©truire Parsifal… le spectateur qui peut-ĂȘtre dĂ©couvre l’opĂ©ra ou comprend alors le sens cachĂ© de cette scĂšne centrale (la femme tentatrice finit en pĂȘcheresse absolue dĂ©sireuse de son salut) reste mĂ©dusĂ© face aux Ă©nigmes de ce monde visuel fantasmatique ; pourquoi Ă©crire en grand le nom ” ANNA ” sur le mur du fond ? le mystĂšre s’Ă©paissit et nombre d’auditeurs resteront hors de ce monde parfois envoĂ»tant, souvent confus, qui gĂȘne et trouble la comprĂ©hension de l’opĂ©ra de Wagner. Il ne s’agit pas d’ĂȘtre uniquement captivĂ© par des images, il faut surtout que ces images vĂ©hiculent du sens … en conformitĂ© avec la situation dramatique.  Souvent, on se disait qu’une autre musique eut Ă©tĂ© tout autant efficace dans pareil labyrinthe visuel.

Musicalement, hĂ©las, Hartmut Haenchen cherche lui aussi son cap, confus et souvent diluĂ©, d’une lenteur appuyĂ©e : les dĂ©buts sont difficiles, lents, emplombĂ©s ; le II est plus clair et mordant, en particulier la confrontation dĂ©cisive entre le pur et l’impure : Parsifal contre Kundry (dĂ©cidĂ©ment le sommet dramatique de la partition). Pour le reste, les chanteurs sont honnĂȘtes sans plus, et consolident l’impact poĂ©tique des tableaux pris sĂ©parĂ©ment ; pourtant aucun n’accroche la mĂ©moire mĂȘme le Parsifal d’Andrew Richards est une prĂ©sence fantĂŽche, certes conforme au visuel du spectacle mais vocalement si peu engagĂ©… Il y aurait alors Anna Larsson, vĂ©ritablement embrasĂ©e (et trĂšs justement le personnage le plus important de l’opĂ©ra Ă  travers son itinĂ©raire spirituel pendant l’action…).  Non obstant la rĂ©ussite visuelle du spectacle, il y manque quand mĂȘme cette cohĂ©rence et la claire dĂ©fense du sens qui font ailleurs, le succĂšs des mises en scĂšne de Olivier Py ou Robert Carsen chez Wagner (Tristan and Isolde et TannhĂ€user respectivement). La beautĂ© esthĂ©tisante de la mise en scĂšne (qui nous paraĂźt fondamentalement Ă©trangĂšre Ă  Wagner) est en soi un tour de force … est-ce cependant suffisant pour rĂ©ussir Parsifal ? ComparĂ©e Ă  tant de mises en scĂšne dĂ©calĂ©es voire strictement provocante, celle ci a au moins le mĂ©rite de l’esthĂ©tisme.

 

Richard Wagner : Parsifal. Thomas Johannes Mayer (Amfortas), Andrew Richards (Parsifal), Anna Larsson (Kundry) … Orchestre symphonique, chƓurs et chƓur de jeunes de La Monnaie. Hartmut Haenchen, direction.  Romeo Castellucci (mise en scĂšne, dĂ©cors, costumes et Ă©clairages), Cindy Van Acker (chorĂ©graphie), Piersandra Di Matteo (dramaturgie), Apparati Effimeri (vidĂ©o 3D). OpĂ©ra royal de la Monnaie, Bruxelles, enregistrĂ© en fĂ©vrier 2011. 2 dvd Bel Air classiques.

Remarque : acheteurs du dvd et non du bluray, veillez Ă  bien lire la notice au dos de la jacquette ; en format NTSC (seul format disponible en Europe ? Pas de Pal ?), la perte de la qualitĂ© HD originelle, est ici d’autant plus dommageable pour un spectacle surtout visuel on l’a compris. Par ailleurs, les sous-titre intĂ©grĂ©s hors image obligent Ă  rĂ©duire la taille de diffusion. A bon entendeur …

 

 

CD. Wagner: the operas. Sir Georg Solti (Decca)

CD. Wagner: the operas. Sir Georg Solti (36 cd Decca)

le miracle Solti chez Wagner

Wagner_solti_ring_parsifal_lohengrin_wagnerAttention coffret miraculeux ! La voici enfin cette intĂ©grale qui reste avec celle de Karajan chez DG (Der Ring des Nibelungen), le temple discographique qui contient l’un des messages wagnĂ©riens les plus pertinents du XXĂšme siĂšcle. Aux chefs du XXIĂš de nous Ă©clairer et nous Ă©blouir avec une mĂȘme ardeur contagieuse ! Le Wagner du chef hongrois dĂ©borde de vie, de fureur, de vitalitĂ© enivrante… Orchestralement, la vision est des plus abouties; vocalement, comme toujours, les productions sont diversement pertinentes. Solti, bartokien, straussien, mozartien mais aussi verdien, occupe Decca dans des coffrets non moins indispensables. Mais, s’agissant de Wagner, l’apport est considĂ©rable.

Voici en 35 cd, 10 opĂ©ras parmi les plus connus (non pas les plus anciens , de jeunesse, encore meyerbeeriens et weberiens tels les FĂ©es ou Rienzi): Le Hollandais volant (Chicago, 1976), Lohengrin (Vienne, 1985-1986), Les MaĂźtres Chanteurs (Vienne, 1975), Parsifal (Vienne, 1972), L’or du Rhin (Vienne, 1958), La Walkyrie (Vienne 1965), Siegfried (Vienne 1962), Le CrĂ©puscule des dieux (Vienne 1964), TannhĂ€user (Vienne 1970), Tristan und Isolde (1960). L’Ă©diteur ajoute en bonus, rĂ©pĂ©tition et extraits: une rĂ©vĂ©lation quant Ă  la vivacitĂ© et l’Ă©nergie du chef au pupitre (rĂ©pĂ©tition de Tristan und Isolde avec John Culshaw en narrateur qui fut aussi le producteur entre autres accomplissements du Ring version Solti).

20 ans de studio avec le Wiener Philharmoniker

Le coffret comprend donc tout Wagner par Solti au studio chez Decca: soit une lecture wagnĂ©rienne de 1958 (L’or du Rhin, premier enregistrement de Wagner en stĂ©rĂ©o et Ă  ce titre, archive historique magnifiquement audible Ă  ce jour!) jusqu’au dernier enregistrement: Lohengrin de 1986. Les 10 opĂ©ras ainsi enregistrĂ©s montrent la passion de Solti pour le thĂ©Ăątre de Wagner pendant prĂšs de 20 ans, au moment de l’essor du cd avant la vague du compact disc: l’esthĂ©tique sonore avec effets spatialisĂ©s si tentants dans les mondes imaginĂ©s par Wagner pour le Ring Ă©clate aussi avec plus ou moins de rĂ©ussite (exactement comme la TĂ©tralogie de Wagner par Karajan chez DG): tout le tempĂ©rament volcanique, Ă©lectrique, d’une prĂ©cision exemplaire d’un Solti Ă©merveillĂ© par Wagner s’y rĂ©alise pleinement avec un orchestre dĂ©sormais en vedette pour cette quasi intĂ©grale: le Wiener Philharmoniker. C’est donc outre la valeur d’une interprĂ©tation historique Ă  l’endroit de Wagner, le testament discographique d’un authentique wagnĂ©rien, habile narrateur pour le studio. Karajan avait le Berliner Philharmoniker et sa touche carrĂ©e, impĂ©tueuse; Solti rĂ©ussit Ă  Vienne avec une phalange rĂ©putĂ©e pour la splendeur de ses cordes, cuivres et bois. L’orchestre qui Ă©blouit tant chez Strauss et Mozart, confĂšre Ă  Wagner, de fait, une couleur marquante par son Ă©lĂ©gance et sa fluiditĂ©, son sens des couleurs et peut-ĂȘtre moins son chambrisme si proche du thĂ©Ăątre chez Karajan; Solti convoque surtout la fresque, l’exaltation lumineuse et solaire.

Un Ring de légende

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Quand Solti et le producteur John Culshaw proposĂšrent au lĂ©gendaire Walter Legge d’Emi le projet d’une intĂ©grale Wagner au studio, le sollicitĂ© chassa d’un revers de la main l’audacieuse offre, arguant qu’il ne se vendrait pas plus de 50 exemplaires : c’est Decca qui hĂ©rita du projet, portĂ© par le chef hongrois, odyssĂ©e qui reste Ă  ce jour le plus grand succĂšs discographique de tous les temps. Une vision, une cohĂ©rence thĂ©Ăątrale de premier plan avait lancĂ© Culshaw quant il dĂ©couvrait la direction de Solti dans La Walkyrie Ă  Munich en 1950…
ClĂ© de voĂ»te du prĂ©sent coffret Wagner, la TĂ©tralogie s’Ă©coute toujours autant avec le mĂȘme intĂ©rĂȘt: connaisseurs du profil Ă©volutif de Wotan en cours d’action, les deux concepteurs Solti et Culshaw retiennent d’abord George London pour L’Or du Rhin puis surtout le mĂ©morable Hans Hotter, Wanderer dĂ©fait dans La Walkyrie et Siegfried, dĂ©truit pas Ă  pas rongĂ© par le poids et les consĂ©quences de ses propres lois… Autres incarnations flamboyantes et justes: la Brunnhilde de Birgit Nilsson (qui sera aussi son Isolde en 1960), le Siegfried de Wolfgang Windgassen, l’Ă©blouissante et si bouleversante Sieglinde de RĂ©gine Crespin en 1965, les Hunding et Hagen de Gottlob Frick… c’est Ă  dire les voix les plus solides d’alors pour Wagner.
Celui qui ne brilla jamais Ă  Bayreuth sauf une seule annĂ©e en 1983 (avec Peter Hall pour une nouvelle TĂ©tralogie) et qui dirigea un Ring avortĂ© Ă  Paris en 1976, trouve une Ă©clatante coopĂ©ration premiĂšre Ă  Vienne avec le Philharmoniker… sous la baguette du chef, instrumentistes comme chanteurs s’embrasent littĂ©ralement.
Aux cĂŽtĂ©s du Ring lĂ©gendaire, ajoutons d’autres Ă©loquentes approches: le baryton sud-africain Norman Bailey dans le rĂŽle titre du Hollandais volant, abordĂ© dans la continuitĂ© des 3 actes (ce que souhaitait Wagner et qu’il ne put jamais appliquer); le TannhĂ€user de RenĂ© Kollo; le Lohengrin de Placido Domingo, partenaire de Jessye Norman en Elsa; sans omettre un Parsifal lui aussi Ă©lectrique, au dramatisme trĂ©pidant et intensĂ©ment spirituel, regroupant en 1972, une distribution qui donne le vertige: Kollo (Parsifal), Amfortas (Dietrich Fischer -Dieskau), Christa Ludwig (Kundry), Gottlob Frick (Gurnemanz), Hans Hotter (Titurel)… Immense legs. Acquisition incontournable pour l’annĂ©e Wagner 2013.

Wagner: The operas. Georg Solti. Livret consistant comprenant notice de présentation sur Solti et Wagner: la carriÚre du chef, track listing, synopsis avec repÚres des places concernées pour chacun des 10 ouvrages wagnériens. Decca 36 cd 0289 478 3707 7 3.