DVD. Verdi : Les Vêpres Siciliennes (Volle, Schrott, Hymel, Pappano, 2013. 2 dvd Warner)

dvd-verdi-vepres-siciliennes-volle-hymel-schrott-dvd-warner-pappano-londres-octobre-2013-clic-de-classiquenews-fevrier-2015DVD. Verdi : Les Vêpres Siciliennes (Volle, Schrott, Hymel, Pappano, 2013. 2 dvd Warner). Rares les productions des Vêpres verdiennes chantées en français selon la création parisienne de 1855 (Salle Le Peletier). Cette production très honnête et souvent convaincante sait soigner les accents du pur drame psychologique (Monfort en quête de son fils Henri) en dépit des nombreuses scènes collectives historiques qui font basculer Les Vêpres vers le grand opéra français façon Halévy, Meyerbeer… La mise en scène traite froidement la barbarie et le cynisme du pouvoir politique, la violence qui sous-tend toute l’intrigue puisqu’il est question ici d’un thème essentiel à l’époque de Verdi : la résistance d’un peuple (les siciliens menés par Jean Procida) contre l’oppression d’une autorité étrangère (les Français). De fait, le livret de Scribe s’inspire du soulèvement des Siciliens de mars 1282 contre les Français… Les cloches de la noce finale d’Henri et d’Hélène donnent le signal du soulèvement : l’amour bascule dans le sang. Triste progression où les armes sont plus fortes que la volonté des coeurs. Ici, le décor prolonge l’espace du théâtre d’opéra : preuve que la réalité des spectateurs peut bientôt être contaminée par le règne de la tyrannie et des manipulations représenté sur scène. Tout cela fonctionne bien car l’enjeu des situations demeure lisible.

L’homme de théâtre norvégien Stefan Herheim fait cependant du ténor héroïque Henri, l’amant de la sicilienne Hélène, pris dans les rets de son amour filiale pour Monfort, le tyran français, la figure archétypale de l’artiste romantique, comme Tannhäuser, héros sacrifié, maudit, incompris sur l’autel de la bourgeoisie du Second Empire à naître. L’Opéra de Paris, celui de Garnier, ses ors et sa pompe théâtrale sont copieusement cités, créant le cadre des enjeux politiques à l’époque de Verdi : nationalismes en résistance, conscience libertaire des artistes, politique barbare de l’ordre bourgeois.

La battue de Pappano, nerveuse, parfois fougueuse jusqu’à l’éclair, évite justement le grandiloquent pour un continuum haletant où l’on sent la pression de la machine politique éprouvant chaque individu dans ses aspirations les plus intimes : Henri, le fils déchiré entre l’amour filial qui le lie à son père, et son désir d’Hélène, la Sicilienne aimée.

Verdi aime ciseler le relief intérieur des âmes, fussent-elles au sommet de la hiérarchie politique : solitude et désarroi des puissants qui présentent ainsi au début du III, Monfort le tyran français, en quête de l’amour d’un fils auquel il s’est jusque là caché : Michael Volle affirme une profondeur déchirée, une noblesse de sentiments qui attendrit le personnage du potentat, de surcroît dans un français intelligible ; face à lui, ardent et tendu, le ténor montant Bryan Hymel affirme ses aspirations romantiques et amoureuses avec un aplomb, même si son français reste dilué, et si l’on note une faiblesse de régime en fin d’action. Le relief de l’intrigue tient aussi à l’opposition des deux rôles de barytons : si Monfort s’humanise en cours d’action (en se rapprochant de son fils qui bientôt va le reconnaître en effet), la figure du Sicilien revanchard, chefs des partisans, Jean Procida gagne progressivement en autorité, en force contre l’oppresseur : l’uruguyen Erwin Schrott, ex compagnon d’Anna Netrebko, impose sa prestance virile et sauvage, une force noire et féline qui contraste idéalement avec ses ennemis (hélas dans un français bien peu ciselé). Participant au pied levé à la production, la soprano arménienne Lianna Haroutounian chante tant bienque mal Hélène : elle déploie son beau timbre intense, mais ne convainc pas dans un français mou et approximatif, et des vocalises guère précises.

La production londonienne s’impose indiscutablement par le nerf expressif qui se dégage de la direction capable d’exprimer et les éclairs intérieurs du drame hugolien et le souffle de la passion alla Schiller, deux sources si bien cultivées par le génie théâtral de Verdi, et qui font des Vêpres l’inverse d’une grande machine artificielle ; la tenue très honnête des 3 protagonistes : Monfort, Henri et Procida ajoutent à la caractérisation dramatique. Les chœurs magnifiquement préparés savent restés articulés, prenants. Superbe expressivité collective. L’œuvre fait partie des partitions les moins bien estimées de Verdi, étiquettée “grand bazar à la française” ; c’est mal connaître l’esprit de la partition et le génie verdien à l’oeuvre. La production dirigé par Pappano a le mérite d’éclaircir la réussite d’un ouvrage rarement donné en français. d’où notre CLIC de février 2015.

CLIC_macaron_2014DVD. Verdi : Les Vêpres siciliennes (version française de 1855). Lianna Haroutounian (Hélène), Bryan Hymel (Henri), Michael Volle (Monfort), Erwin Schrott (Procida), Royal Opera Chorus, Orchestra of the Royal Opera House. Antonio Pappano, direction. Stefan Herheim, mise en scène. 2 dvd Warner Classics 2564616434. Live enregistré à Londres en octobre 2013.

Lianna Haroutounian – Helene
Bryan Hymel – Henri
Erwin Schrott – Procida
Michael Volle – Guy de Montfort
Michelle Daly – Ninetta
Neal Cooper – Thibault
Nico Darmanin – Daniéli
Jung Soo Yun – Mainfroid
Jihoon Kim – Robert
Jean Teitgen – Le Sire de Béthune
Jeremy White – Le Comte de Vaudemont

Royal Opera Chorus
Orchestra of the Royal Opera House
Antonio Pappano, direction
Stefan Herheim, mise en scène, régie

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