DVD.Donizetti: Maria Stuarda. Joyce DiDonato (Erato , Metropolitan Opera, janvier 2013)

maria stuarda joyce di donato ERATO DVD Metropolitan opera new york 2 dvdDVD.Donizetti: Maria Stuarda. Joyce DiDonato (Erato , Metropolitan Opera, janvier 2013). Après Bellini avant Verdi, Donizetti en traitant sous forme d’une trilogie opĂ©ratique singulière, la chronique des Tudor en particulier,  l’histoire d’Élisabeth 1ère, affirme une rĂ©elle maĂ®trise dramatique prĂ©cisĂ©ment dans le profil psychologique des deux hĂ©roĂŻnes,  dessinĂ©es avec un mĂŞme souci de vraisemblance psychologique. Les deux reines sont finement brossĂ©es : Élisabeth souffre de la rivalitĂ© de Marie car elle a failli perdre Ă  cause de la Stuart son cher Robert Leicester (excellent Matthew Polenzani, jamais exubĂ©rant, sachant toujours s’accorder Ă  chacune des deux femmes dans ses duos d’effusion…) ; c’est sur l’insistance de celui-ci pourtant qu’Elisabeth consent Ă  la faveur d’une chasse Ă  revoir celle qu’elle a fait incarcĂ©rĂ©e : dans la mise en scène new yorkaise de janvier 2013, Marie par une astucieuse ouverture des dĂ©cors,  rĂŞve exaltĂ©e de la campagne de sa chère France cependant qu’elle exprime un orgueil blessĂ© dĂ» Ă  l inflexible Reine blanche. Au centre de cette joute fĂ©minine, Donizetti et son librettiste ont placĂ© Leicester, l’aimĂ© d’Elisabeth qui demeure liĂ© Ă  Marie : trio tendu tout au long de l’opĂ©ra, et auquel la musique et l’Ă©criture de leur profil psychologique apporte plutĂ´t doutes et troubles, l’une vis Ă  vis de l’autre (Elisabeth / Marie), l’une vis Ă  vis de l’un (Elisabeth / Leicester).

maria stuarda joyce didonato et elisabeth pendant chasse dvd ERATO donizetti clic de classiquenews septembre 2014On sent dès le dĂ©but que les deux femmes sont de la mĂŞme veine : fières, dignes mais blessĂ©es …. leurs profils aiguisĂ©s,  subtilement portraiturĂ©s et dĂ©fendues par deux interprètes de bout en bout convaincantes laissent prĂ©sager que leur confrontation n’en laissera aucune indemne. Et de fait Donizetti dĂ©voile de façon inĂ©dite la double face de la reine Marie,  angĂ©lique et colĂ©rique,  amoureuse passionnĂ©e capable contre toute biensĂ©ance y compris pour le compositeur contre les usages de la scène théâtrale, de la rendre haineuse,  insultant sa cousine Élisabeth : ” Souillure issue d’Anne Boleyn…“, ” bâtarde impure qui a profanĂ© le sol anglais “, il n’en fallait pas davantage pour que la Reine Tudor qui a du partagĂ© avec sa rivale son aimĂ© Leicester, se dĂ©cide enfin Ă  signer la dĂ©capitation de Marie l’inflexible,  l’orgueilleuse, l’ennemie politique et aussi (surtout) la rivale amoureuse. Leur rencontre “improvisĂ©e” Ă  la faveur d’une chasse a tournĂ© Ă  la confrontation de deux lionnes et s’agissant de Marie, haineuse, n’Ă©cartant pas les pires insultes…

2 Reines jumelles, affrontées

CLIC D'OR macaron 200La force du livret exploite la confrontation des deux tempĂ©raments fĂ©minins (qui a aussi suscitĂ© de fameuses rivalitĂ©s rĂ©elles entre divas)… De fait les sources autographes ne prĂ©cisent pas de façon dĂ©finitive, les deux tessitures respectives laissant au choix du chef et du metteur en scène, leur propre conception des personnages… ce qui autorise aussi souvent, un soprano angĂ©lique pour Marie : La Reine Stuart est ainsi gĂ©nĂ©ralement prĂ©sentĂ©e comme la victime,  or son ennemie Tudor est loin d’ĂŞtre aussi dure et froide : c’est toute la valeur de l’opĂ©ra que d’avoir brosser deux portraits de femmes, deux sensibilitĂ©s exaltĂ©es, Ă©prouvĂ©es, atteintes dans leur dignitĂ© et identitĂ© profondes. Au fond, le dĂ©roulement de l’intrigue et la musique de Donizetti, très raffinĂ©e en vĂ©ritĂ©, montre Ă  quel point les deux destins sont proches, les deux personnalitĂ©s jumelles : leur carrière est interchangeable et toute l’écriture dramatique dĂ©voile cette cohĂ©rence en miroir. Mais les identitĂ©s se prĂ©cisent aussi : affrontĂ©e Ă  son ennemi Tudor, Marie construit peu Ă  peu sa figure de martyre ; tandis que devant assumer le caractère inviolable et incontestable de son pouvoir, Elisabeth apprend Ă  bâtir sa propre autoritĂ© : elle devient cette machine politique, renonçant Ă  sa quĂŞte amoureuse de femme bouleversĂ©e… C’est d’ailleurs la composition très juste de Elza ven den Heever qui Ă©claire l’Ă©paisseur de son personnage. La transformation d’Elisabeth en Souveraine autoritaire maĂ®tresse de ses passions s’affirme en cours d’action.

maria stuarda joyce didonato prianteLa production du Met offre de facto deux belles incarnations dramatiques finement chantĂ©es…. la puretĂ© claire et articulĂ©e aux notes millimĂ©trĂ©es et prĂ©cises de la mezzo DiDonato certes n’est pas angĂ©lique mais sa prĂ©sence et son intensitĂ© rayonnent : humaine, inspirĂ©e, jamais strictement dĂ©monstrative vocalement, elle concentre une finesse,  de la sincĂ©ritĂ© intĂ©rieure, une justesse expressive qui profite Ă  toute la production, surtout Ă  ses duos avec Elisabeth, comme au personnage de Marie. Son aisance Ă  servir un bel canto proche du texte et finement dramatique saisit et captive : comme le montre aussi simultanĂ©ment son dernier disque Stella di Napoli, (Erato, septembre 2014) concentrĂ© de bel canto rare et donc napolitain qui l’impose dĂ©cidĂ©ment comme la belcantiste la plus inspirĂ©e de l’heure.  Face Ă  elle la soprano Elza van den Heever est loin de dĂ©mĂ©riter : finesse, ambivalence, autoritĂ© dramatique, l’interprète s’affirme aussi aux cĂ´tĂ©s de DiDonato comme un interprète et surtout une actrice qui a compris toutes les facettes troubles de son personnage, tiraillĂ© ente devoir et idĂ©al politique, dĂ©sir et amour individuel. Sa prĂ©sence et sa stature accrĂ©ditent la valeur de la production. McVicar signe une mise en scène sobre, chromatiquement forte mais sans excès, au dramatise mesurĂ©. Quant au chef Maurizio Benini, sans ĂŞtre d’une finesse au diapason des deux divas, sa direction reste elle aussi efficace. En conclusion, une production particulièrement convaincante. Un dvd Ă  possĂ©der Ă©videmment tant l’intelligence des chanteuses s’impose Ă  nous.

Donizetti : Maria Stuarda (1834). 

Queen Elizabeth I: Elza van den Heever
Lord Talbot: Matthew Rose
Lord Cecil: Joshua Hopkins
Robert, Earl of Leicester: Matthew Polenzani
Hannah Kennedy: Maria Zifchak
Mary Stuart: Joyce DiDonato

Metropolitan Opera Orchestra and Chorus
Chorus Master: Donald Palumbo
Conductor: Maurizio Benini
Production: David McVicar
Set and Costume Design: John Macfarlane
Lighting: Jennifer Tipton

2 dvd Erato, 2h22 min, enregistré au Metropolitan de New York en janvier 2013.

 

didonato-joyce-stella-di-napoli-ERATO-cd-Pacini-MercadanteL’actualitĂ© de la diva Joyce DiDonato c’est aussi en septembre 2014, un nouvel album discographique intitulĂ© : Stella di Napoli, collection d’airs et de compositeurs mĂ©connus, superbement dĂ©fendus par une interprète au sommet  de ses possibilitĂ©s vocales, dramatiques… LIRE notre critique complète du cd Stella Di Napoli, Joyce DiDonato (1 cd Erato)

agenda
Au moment où parait son disque napolitain, la mezzo Joyce Di Donato est en tournée en Europe dont une date passe par la France, le 27 septembre prochain, avec au programme, une bonne partie des arias enregistrés dans le cd Erato, ” Stella di Napoli ”.

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