lundi, février 6, 2023

DVD.Donizetti: Maria Stuarda. Joyce DiDonato (Erato , Metropolitan Opera, janvier 2013)

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maria stuarda joyce di donato ERATO DVD Metropolitan opera new york 2 dvdDVD.Donizetti: Maria Stuarda. Joyce DiDonato (Erato , Metropolitan Opera, janvier 2013). Après Bellini avant Verdi, Donizetti en traitant sous forme d’une trilogie opératique singulière, la chronique des Tudor en particulier,  l’histoire d’Élisabeth 1ère, affirme une réelle maîtrise dramatique précisément dans le profil psychologique des deux héroïnes,  dessinées avec un même souci de vraisemblance psychologique. Les deux reines sont finement brossées : Élisabeth souffre de la rivalité de Marie car elle a failli perdre à cause de la Stuart son cher Robert Leicester (excellent Matthew Polenzani, jamais exubérant, sachant toujours s’accorder à chacune des deux femmes dans ses duos d’effusion…) ; c’est sur l’insistance de celui-ci pourtant qu’Elisabeth consent à la faveur d’une chasse à revoir celle qu’elle a fait incarcérée : dans la mise en scène new yorkaise de janvier 2013, Marie par une astucieuse ouverture des décors,  rêve exaltée de la campagne de sa chère France cependant qu’elle exprime un orgueil blessé dû à l inflexible Reine blanche. Au centre de cette joute féminine, Donizetti et son librettiste ont placé Leicester, l’aimé d’Elisabeth qui demeure lié à Marie : trio tendu tout au long de l’opéra, et auquel la musique et l’écriture de leur profil psychologique apporte plutôt doutes et troubles, l’une vis à vis de l’autre (Elisabeth / Marie), l’une vis à vis de l’un (Elisabeth / Leicester).

maria stuarda joyce didonato et elisabeth pendant chasse dvd ERATO donizetti clic de classiquenews septembre 2014On sent dès le début que les deux femmes sont de la même veine : fières, dignes mais blessées …. leurs profils aiguisés,  subtilement portraiturés et défendues par deux interprètes de bout en bout convaincantes laissent présager que leur confrontation n’en laissera aucune indemne. Et de fait Donizetti dévoile de façon inédite la double face de la reine Marie,  angélique et colérique,  amoureuse passionnée capable contre toute bienséance y compris pour le compositeur contre les usages de la scène théâtrale, de la rendre haineuse,  insultant sa cousine Élisabeth :  » Souillure issue d’Anne Boleyn…« ,  » bâtarde impure qui a profané le sol anglais « , il n’en fallait pas davantage pour que la Reine Tudor qui a du partagé avec sa rivale son aimé Leicester, se décide enfin à signer la décapitation de Marie l’inflexible,  l’orgueilleuse, l’ennemie politique et aussi (surtout) la rivale amoureuse. Leur rencontre « improvisée » à la faveur d’une chasse a tourné à la confrontation de deux lionnes et s’agissant de Marie, haineuse, n’écartant pas les pires insultes…

2 Reines jumelles, affrontées

CLIC D'OR macaron 200La force du livret exploite la confrontation des deux tempéraments féminins (qui a aussi suscité de fameuses rivalités réelles entre divas)… De fait les sources autographes ne précisent pas de façon définitive, les deux tessitures respectives laissant au choix du chef et du metteur en scène, leur propre conception des personnages… ce qui autorise aussi souvent, un soprano angélique pour Marie : La Reine Stuart est ainsi généralement présentée comme la victime,  or son ennemie Tudor est loin d’être aussi dure et froide : c’est toute la valeur de l’opéra que d’avoir brosser deux portraits de femmes, deux sensibilités exaltées, éprouvées, atteintes dans leur dignité et identité profondes. Au fond, le déroulement de l’intrigue et la musique de Donizetti, très raffinée en vérité, montre à quel point les deux destins sont proches, les deux personnalités jumelles : leur carrière est interchangeable et toute l’écriture dramatique dévoile cette cohérence en miroir. Mais les identités se précisent aussi : affrontée à son ennemi Tudor, Marie construit peu à peu sa figure de martyre ; tandis que devant assumer le caractère inviolable et incontestable de son pouvoir, Elisabeth apprend à bâtir sa propre autorité : elle devient cette machine politique, renonçant à sa quête amoureuse de femme bouleversée… C’est d’ailleurs la composition très juste de Elza ven den Heever qui éclaire l’épaisseur de son personnage. La transformation d’Elisabeth en Souveraine autoritaire maîtresse de ses passions s’affirme en cours d’action.

maria stuarda joyce didonato prianteLa production du Met offre de facto deux belles incarnations dramatiques finement chantées…. la pureté claire et articulée aux notes millimétrées et précises de la mezzo DiDonato certes n’est pas angélique mais sa présence et son intensité rayonnent : humaine, inspirée, jamais strictement démonstrative vocalement, elle concentre une finesse,  de la sincérité intérieure, une justesse expressive qui profite à toute la production, surtout à ses duos avec Elisabeth, comme au personnage de Marie. Son aisance à servir un bel canto proche du texte et finement dramatique saisit et captive : comme le montre aussi simultanément son dernier disque Stella di Napoli, (Erato, septembre 2014) concentré de bel canto rare et donc napolitain qui l’impose décidément comme la belcantiste la plus inspirée de l’heure.  Face à elle la soprano Elza van den Heever est loin de démériter : finesse, ambivalence, autorité dramatique, l’interprète s’affirme aussi aux côtés de DiDonato comme un interprète et surtout une actrice qui a compris toutes les facettes troubles de son personnage, tiraillé ente devoir et idéal politique, désir et amour individuel. Sa présence et sa stature accréditent la valeur de la production. McVicar signe une mise en scène sobre, chromatiquement forte mais sans excès, au dramatise mesuré. Quant au chef Maurizio Benini, sans être d’une finesse au diapason des deux divas, sa direction reste elle aussi efficace. En conclusion, une production particulièrement convaincante. Un dvd à posséder évidemment tant l’intelligence des chanteuses s’impose à nous.

Donizetti : Maria Stuarda (1834). 

Queen Elizabeth I: Elza van den Heever
Lord Talbot: Matthew Rose
Lord Cecil: Joshua Hopkins
Robert, Earl of Leicester: Matthew Polenzani
Hannah Kennedy: Maria Zifchak
Mary Stuart: Joyce DiDonato

Metropolitan Opera Orchestra and Chorus
Chorus Master: Donald Palumbo
Conductor: Maurizio Benini
Production: David McVicar
Set and Costume Design: John Macfarlane
Lighting: Jennifer Tipton

2 dvd Erato, 2h22 min, enregistré au Metropolitan de New York en janvier 2013.

 

didonato-joyce-stella-di-napoli-ERATO-cd-Pacini-MercadanteL’actualité de la diva Joyce DiDonato c’est aussi en septembre 2014, un nouvel album discographique intitulé : Stella di Napoli, collection d’airs et de compositeurs méconnus, superbement défendus par une interprète au sommet  de ses possibilités vocales, dramatiques… LIRE notre critique complète du cd Stella Di Napoli, Joyce DiDonato (1 cd Erato)

agenda
Au moment où parait son disque napolitain, la mezzo Joyce Di Donato est en tournée en Europe dont une date passe par la France, le 27 septembre prochain, avec au programme, une bonne partie des arias enregistrés dans le cd Erato, ” Stella di Napoli ”.

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