DVD, compte rendu critique. YURI GRIGOROVICH, The Golden Age / L’Âge d’or (1 dvd Bel Air classiques, 2017)

dvd grigorovich yuri the golden age bel air dvd review dvd critique sur classiquenewsbelairclassiquesbac137DVD, compte rendu critique. YURI GRIGOROVICH, The Golden Age / L’Âge d’or (1 dvd Bel Air classiques BAC137, 1h27mn). Début sans fard, filmé comme une autoconfession, un monologue brut destiné à écarter toute manipulation et toute équivoque : face caméra, Youri Grigorovitch en prélude au docu s’étonne qu’on l’ait surtout décrié comme érotomane provocateur. Lui n’ a été qu’un créateur sensible aux évolutions de son temps. De fait, dans un pays autocratique qui passe de Staline à Kroutchev, du communisme autoritaire à la détente et l’ouverture (Perestroika), l’art du chorégraphe a pu paraître trop libre voire scandaleux : comment a t il osé (dans son ballet Légende d’amour de 1960) faire danser la danseuse au dessus des épaules de son partenaire, jambes totalement écartées ? L’idéal de l’art chorégraphique ainsi défendu ne se limite à aucun cadre s’il s’agit de renforcer l’esthétisme visuel comme l’intensité dramatique de l’action chorégraphique. Grigorovitch possède les deux volets, il en maîtrise toutes les facettes car pour lui la danse, c’est un théâtre musical.
Le film – docu portrait du chorégraphe russe rétablit en réalité l’apport et la figure artistique comme humaine du maître de Ballet, qui fait ses débuts à Leningrad / Saint-Pétersbourg (avec La Fleur de Pierre en 1956), puis devient pendant 30 ans, directeur du Bolchoï à Moscou. Avec Spartacus puis Ivan le Terrible enfin L’âge d’or (musique de Chostakovitch), le chorégraphe perfectionne le style russe de la danse officielle : élégante, racée, expressive par les solos ciselés, puissante dans ses tableaux collectifs millimétrés. Au final, on reproche à celui qui éblouit le monde par sa capacité de conteur magicien, d’avoir profiter du système ; de fait, créateur reconnu de l’URSS soviétique, le style Grigorovitch incarne un âge d’or de la danse russe et s’exporte partout dans le monde, aux USA, en Europe où les danseurs du Bolchoï représentent et diffusent la culture russe soviétique ainsi magnifiée. A la demande de Rolf Liebermann, l’Opéra de Paris invite Grigorovitch à monter avec le Ballet parisien son Ivan le terrible (1975) ; là encore comme dans Spartacus, Grigorovitch offre un superbe rôle masculin, à la fois athlétique et dramatique de première importance.

L’âge d’or du Bolshoï sovétique

Spartacus, Ivan dessinent dans l’ombre de la version très sombre de son Lac des cygnes, une critique très fine et indirecte du pouvoir, comme de la machine politique : Spartacus même s’il est condamné à mourir, reste grand et admirable car c’est un résistant et un rebelle contre la machine d’état (Rome incarne ici le régime soviétique) ; de même, Ivan représente le pouvoir qui rend fou, halluciné, hagard, destructeur ; même L’Âge d’or, qui en apparence célèbre l’idéal bolchévique propre aux années 1920 – alors plein d’espérance et d’énergie populaire, se fait chorégraphie mécanique, hypervirtuose certes, mais caricaturale (déshumanisée); en tant qu’artiste et créateur, l’art du chorégraphe s’impose à nous, et se révèle passionnant dans les revendications qu’il sait développer, par ce regard acéré, moradnt sur la nature humaine et le sens de l’Histoire, aux côtés de la très haute technicité qu’il exige de ses danseurs.
Avec la chute du Mur de Berlin en novembre 1989, puis l’éclatement de l’URSS (1991), une certaine ère artistique s’interrompt avec la fin d’un monde. Grigorovitch étiqueté passéiste, en paie très cher le passage : il est débarqué du Bolchoï en 1995.

CLIC_macaron_2014Même critiqué (parce que trop poétique et esthétiquement efficace ?), son style a profondément marqué toute une génération de danseurs et de chorégraphes. Le documentaire illustré par de nombreuses courts entretiens récents avec l’intéressé, avec ses propres danseurs qui témoignent de la discipline voire de l’autorité absolue que le Maître de ballet au Bolshoi faisait régner alors, nuancent sérieusement la figure de l’autocrate soit disant politiquement équivoque ; rien de tel in fine : Youri Grigorovich a servi l’art chorégraphique avec une intransigeance qui l’a parfois rendu despotique, mais l’héritage est là : les années où le Ballet du Bolshoï tournait dans le monde entier, incarnation de la perfection soviétique, lui sont directement redevables. Esthétiquement, il a fait évoluer considérablement le langage chorégraphique, passant du ballet dramatique de propagande, des tableaux collectifs souvent grossiers et caricaturaux, au théâtre musical dansé qui cultive la forte caractérisation expressive et corporelle dont Spartacus et Ivan sont les emblèmes les plus fascinants. Voilà donc pour ses 85 ans, un portrait complet et très convaincant qui éclaire l’artiste, l’esthète, le génie du ballet propre aux années 1960, 1970 et 1980 en URSS. Passionnant. CLIC de CLASSIQUENEWS de l’été 2017.

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DVD, compte rendu critique. YURI GRIGOROVICH, The Golden Age / L’Âge d’or / film de Denis Sneguirev (1 dvd Bel Air classiques BAC137, 1h27mn). CLIC de CLASSIQUENEWS de l’été 2017.

LIRE aussi notre présentation annonce du DVD Yuri Grigorovich / The Golden Age (Bel Air classiques)
http://www.classiquenews.com/dvd-annonce-youri-grigorovich-lage-dor-the-golden-age-1-dvd-belair-classiques/

 

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