DVD, compte rendu critique. PURCELL : The Indian Queen (Musica Aeterna, Currentzis, Sellars) Madrid 2013 (2 dvd Sony classical)

purcell indian queen currentzis peter sellars dvd sony review comte rendu classiquenews CLIC de classiquenewsDVD, compte rendu critique. PURCELL : The Indian Queen (Musica Aeterna, Currentzis, Sellars) Madrid 2013 (2 dvd Sony classical). PURCELL FRATERNEL, HUMANISTE, rĂ©actualisĂ©. Au coeur de la guerre imaginaire entre Incas du PĂ©rou et mexicains AztĂšques menĂ©s par le conquĂ©rant Montezuma, Purcell dĂ©veloppe et cultive les avatars de la guerre amoureuse ; ainsi l’astucieux Montezuma vainc la reine Zempoalla, le prince Acacis, son ami, et le gĂ©nĂ©ral Traxalla. Parmi les vaincus incas se distingue la belle Orazia qui aime d’un amour rĂ©ciproque le brillant vainqueur. ArrĂȘtĂ©s les deux amants issus des camps opposĂ©s sont sĂ©parĂ©s puis rĂ©unis grĂące Ă  Acacis. Zempoalla et Traxalla finissent par se suicider, et Montezuma peut simposer Ă  tous car il rĂ©unit les deux peuples du fait mĂȘme de son ascendance :  il est le fruit des amours entre la reine AztĂšque Amexia et un Inca. MĂȘme opposĂ©s, les peuples sont tĂŽt ou tard appelĂ©s Ă  pactiser. Une telle vision finalement pacifiste, humaniste, surtout fraternelle, ne pouvait que sĂ©duire et inspirer Peter Sellars. D’autant plus que le metteur en scĂšne a depuis longtemps le goĂ»t de la culture amĂ©rindienne, prĂ©colombienne, latine.

Purcell-portraitPURCELL COMPLÉTÉ. De la fantaisie exotique amĂ©rindienne inventĂ©e par John Dryden, Peter Sellars suit la direction du donneur d’ordre de cette production soit GĂ©rard Mortier, l’ex et regrettĂ© directeur de l’OpĂ©ra de Paris pour lequel l’opĂ©ra est d’abord du thĂ©Ăątre engagĂ©. Pour illustrer le choc entre les deux civilisations, Peter Sellars et Teodor Currentzis complĂštent The Indian Queen de Purcell, en choisissant les textes ajoutĂ©s extraits d’une nouvelle, ‘”La niña blanca y los pajaros sin pies” (La jeune fille blanche et les oiseaux sans pieds), Ă©crite par Rosario Aguilar, Ă©crivaine nicaraguayenne qui est devenue, en 1999, la premiĂšre femme membre de l’’Academia NicaragĂŒense de la Lengua”, cĂ©nacle motivĂ©e pour dĂ©fendre la langue espagnole au Nicaragua. La nouvelle Ă©voque le destin de six femmes, dont celles qui au XVIĂšme siĂšcle accompagnent les conquistadors dans l’épopĂ©e vers le Nouveau Monde, mais aussi l’histoire d’amour de deux journalistes, une jeune Nicaraguayenne et un reporter espagnol, chargĂ©s de couvrir la campagne Ă©lectorale de 1990 qui scelle la dĂ©faite du sandiniste Daniel Ortega. Toujours, la rencontre de deux nations, l’union espĂ©rĂ©e, Ă©prouvĂ©e, reportĂ©e de deux peuples… Ainsi toute la musique de Purcell originelle soit 50 mn est intĂ©grĂ©e Ă  un vaste cycle poĂ©tique et musical entrecoupĂ© de textes de Rosario Aguilar, lesquels traduits en anglais sont rĂ©citĂ©s par Maritxell Carrero, jeune actrice portoricaine, sorte de sybille moderne exprimant sur scĂšne, par la gestuelle exclamative, la forte tension passionnelle de chaque situation.

Il en dĂ©coule un spectacle total – avec danses conçues par le chorĂ©graphe Christopher William, de plus de 3h de durĂ©e avec ouverture et prologue.
DĂšs l’ouverture, les esprits de la terre accompagnent et manipulent chacun des protagonistes. L’intrusion du dĂ©but joue de la double lecture historique : les militaires en treillis qui surgissent en vĂ©hicule blindĂ©, accompagnĂ©s par le prĂȘtre incontournable qui donne la cou e ĂȘtre morale, sont autant les Espagnols d’Hernan Cortes qui dĂ©couvrent les Tlaxcalans, que les Marines dĂ©barquant au Nicaragua dans les annĂ©es 30 pour mater la guĂ©rilla conduite par le gĂ©nĂ©ral Augusto Sandino.

Le Prologue correspondant au I de l’Indian Queen de Purcell dĂ©nonce les dĂ©sastres de la guerre. Difficile ici d’accepter le timbre de soprano aigu et acide-aigre du corĂ©en Vince Yi ; la couleur est exotique Ă  souhaits mais l’ĂąpretĂ© de sa voix dĂ©range ; en revanche, Julia Bullock est l’indigĂšne Teculihuatzin, une figure brillante et profonde qui se distingue nettement.
Au I s’affirme alors Nadine Koutcher en Doña Isabel, sƓur Ă©mouvante  (O, solitude), d’une sincĂ©ritĂ© indiscutable. A la douceur voluptueuse des airs de Purcell tels donc : “O, solitude”, “I will sing unto the Lord as long as i live”, “Blow up the trumpet”, le sublime et tendure “Sweeter than roses” rĂ©pond sur le plan narratif la violence irrĂ©versible avec laquelle les Mayas sont convertis au catholicisme, menacĂ©s par les armes. De mĂȘme le gĂ©nĂ©ral favori de Cortes, Don Pedro de Alvarado (impeccable Noah Stewart), est prĂ©sentĂ© Ă  Teculihuatzin et l’épouse. Le II reprend tout le second acte d’Indian Queen oĂč se dĂ©tache Ă©videmment la nuit amoureuse des deux jeunes mariĂ©s. Christophe Dumaux offre une belle caractĂ©risation du prĂȘtre IxbalanquĂ©, lequel envoĂ»te et manipule Ă  souhaits le gĂ©nĂ©ral espagnol  Pedro. Saluons aussi la forte prĂ©sence du prĂȘtre maya dont le baryton noir, Luthando Qave, fait une incarnation trĂšs convaincante. Plusieurs airs complĂštent le dĂ©roulĂ© du II dont “See, even night herself is here”, “Music for a while”, “Il love and I must”,  surtout, l’implorante priĂšre “Hear my prayer, O Lord”, seule conclusion chorale imaginable aprĂšs le massacre des Mayas, perpĂ©trĂ© par le conquistador espagnol, gĂ©nocide aussi sanglant que celui commis, plus tard, par les marines au Nicaragua. Alors la rĂ©citante Maritxell Carrero, se place seule, devant une immense toile rouge sang au pied de laquelle repose le peuple abattu : image d’un massacre ignoble qui conclut comme un linceul obsĂ©dant l’acte II.
CLIC_macaron_2014Ce sont les deux femmes pacificatrices qui apportent la voie de la rĂ©conciliation fraternelle aprĂšs les exactions et violences perpĂ©trĂ©es par Alvarado. Loi des hommes, des armes contre douceur des femmes-mĂšres; L’engagement de chaque interprĂšte, chanteurs, orchestre, acteurs est saisissant et restitue Ă  la musique de Purcell, son charme et sĂ©duction irrĂ©sistible ; Ă  la lecture poĂ©tique et contextualisĂ©e de Sellars, sa force critique et satirique. Dans la fosse, Teodor Currentzis s’implique au delĂ  de l’habituel pour exprimer la part humaine et fraternelle de la musique. Un must.

DVD, compte rendu critique. PURCELL : The Indian Queen (Musica Aeterna, Currentzis, Sellars) Madrid 2013 (2 dvd Sony classical)

The Indian Queen (Henry Purcell)
Nouvelle version Peter Sellars (durée 3h05)
Représentation du 9 novembre 2013
Teatro Real de Madrid

Hunahpu: Vince Yi
Teculihuatzin: Julia Bullock
Doña Isabel: Nadine Koutcher
Don Pedrarias: DavilaMarkus Brutscher
Don Pedro de Alvarado: Noah Stewart
Ixbalanque: Christophe Dumaux
Sacerdote maya: Luthando Qave
Leonor: Maritxell Carrero
Tecun Uman: Christopher Williams
Leonor: Celine Peña
Dioses mayas: Burr Johnson, Takemi Kitamura, Caitlin Scranton, Paul Singh

Mise en scÚne: Peter Sellars
Scénographie: Gronk
Chorégraphie: Christopher Williams
ChƓur et Orchestre de l’OpĂ©ra de Perm (MusicaAeterna)
Direction Musicale: Teodor Currentzis

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