DVD. Blow : Venus & Adonis (Cuiller, 2012)

DVD. John Blow : Venus & Adonis (Cuiller, 2012) 1 dvd Alpha. Présentée en octobre 2012 à Caen, voici une très intéressante production du seul opéra de John Blow (1649-1708), Venus et Adonis qui daté de 1683, serait bien le premier opéra anglais baroque avant Didon et Énée de son élève, Henry Purcell (1684).
Masque Ă©crit pour la Cour de Charles II (sa maĂ®tresse Mary Davies et leur fille Mary Tudor, 10 ans,  y chantaient respectivement les rĂ´les centraux de VĂ©nus et Amour), il s’agit d’une partition toute en nuances de gris voire de noir lacrymal et tragique qui Ă©voque les liens amoureux de la dĂ©esse de l’amour pour le jeune et bel Adonis, mortellement blessĂ© après une chasse par le sanglier EudĂ©lien.

 

 

Opéra des illusions et de la mort

 

blow_venus_adonis_dvd_alpha_cuiller_scheen_mauillonL’esthĂ©tisme des costumes et dĂ©cors, le sens du temps suspendu voire extatique, soulignant l’essence funèbre de ce drame musical Ă©clairĂ© aux bougies selon une formule dĂ©sormais bien connue fait mouche, malgrĂ© une certaine monotonie qui confine souvent Ă  la rĂ©pĂ©tition. Le film lui aussi s’alanguit sur les mĂŞmes poses (focus sur les mains des chanteurs, danseurs, du chef…), insiste (trop) sur les purs instants de dĂ©ploration, faisant de chaque Ă©pisode finalement des momento mori, des vanitĂ©s Ă©clairĂ©es Ă  la manière de Caravage ou de La Tour… VanitĂ©, tout et vanitĂ© semble nous dire et nous rĂ©pĂ©ter John Blow, dont la musique envoĂ»te littĂ©ralement, comme pĂ©trifiĂ© lui-mĂŞme par la mort (comme son Ă©lève Purcell). Dans ce théâtre des illusions et des fragilitĂ©s Ă©noncĂ©es Ă  demi mots, oĂą mĂŞme une dĂ©esse Ă©prouve la perte et le dĂ©chirement le plus atroce, (le III est un tableau funèbre et tragique d’un indĂ©niable souffle poĂ©tique), la VĂ©nus lumineuse et tendre de CĂ©line Scheen se distingue comme le chant parfois maniĂ©rĂ©e de Marc Mauillon : tous deux incarnent pourtant Ă  la perfection la finesse arachnĂ©nenne du couple amoureux.
Par contre, faire chanter Amour par un garçon (et fort mal au demeurant, manquant et d’assurance et dĂ©cevant par un chant mou et dĂ©simpliquĂ©) est un contre sens pour un rĂ´le tenu Ă  l’origine par une fillette…  AttentionnĂ©, plus prĂ©cis que vif, mais riche en nuances et dynamiques maĂ®trisĂ©es, le claveciniste Bertrand Cuiller dirige les troupes de l’ensemble fondĂ© par le baryton Alain Buet, Les Musiciens du Paradis : chef et musiciens s’engagent sans compter et avec infiniment de tact pour la dĂ©fense de ce premier opĂ©ra anglais. Si la mise en scène aux rĂ©fĂ©rences picturales et sa nonchalance esthĂ©tisante parfois trop marquĂ©e, comme manquant de nerf et semblant tourner Ă  vide, n’Ă©tait pas aussi statique souvent (malgrĂ© une multitude de gestuelles empruntĂ©es aux tableaux d’histoire), nous tiendrions lĂ , un spectacle rĂ©ellement fascinant. Mais le travail qui interroge l’illusion du théâtre, son essence Ă©phĂ©mère et si fugace rentre parfaitement en rĂ©sonance avec la fascination et la dĂ©ploration de la mort , thĂ©matique centrale du théâtre de Blow qui saisit dans une partition intimiste (que deux chanteurs principaux), courte, efficace.

DĂ©plorons le format NTSC du dvd qui provoque de fait une perte de qualitĂ© de l’image : un comble pour un spectacle si visuel, au fini si pictural. N’eĂ»t-il pas Ă©tĂ© plus juste de recourir au format PAL ?

Vénus et Adonis, de John Blow. Avec Céline Scheen, Marc Mauillon, Louise Moaty (mise en scène), Adeline Caron (scénographie), Alain Blanchot (costumes), Christophe Naillet (lumières), la Maîtrise de Caen, Les Musiciens du Paradis, Bertrand Cuiller (direction). 1 dvd Alpha.

 

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