Donizetti : Maria Stuarda à l’Opéra royal de Wallonie, Liège (16>24mai)

donizettiDonizetti : Maria Stuarda à Liège (16>24mai 2014). Contemporain de Bellini, sous-estimé en comparaison à Rossini auquel il succède et à Verdi qu’il préfigure, Donizetti incarne cependant un style redoutablement efficace, comme en témoigne ses deux ouvrages inspirés de l’histoire des Tudor (Anna Bolena, 1830 et Maria Stuarda, 1834). Les deux opéras, célèbres parce qu’ils osent confronter chacun deux portraits de femmes héroïques et pathétiques (Anna Bolena, Giovanna Seymour – Maria Stuarda, Elisabetta), se révèlent convaincants par la violence des situations comme le profil psychologique qu’ils convoquent sur la scène. Liège accueille Maria Stuarda et Bordeaux, Anna Bolena.

Nommé directeur musical des théâtre royaux de Naples, Gaetano Donizetti profite avant l’avènement irrépressible de Verdi, de l’absence de Rossini en Italie (au profit de la France). Anna Bolena est son premier grand succès en 1830 au Teatro Carcano avec le concours des vedettes du chant, Giuditta Pasta et Giovanni Battista Rubini. Son inspiration ne semble plus connaître de limites, produisant ouvrages sur ouvrages avec une frénésie diabolique, malgré ses ennuis de santé liés à la syphilis contractée peu auparavant… Suivent de nouveaux jalons de sa carrière lyrique dont surtout dans la veine comique pathétique, L’Elixir d’amorce (Milan, 1832 : le premier joyau annonçant dix années avant l’autre sommet qui demeure Don Pasquale de 1843 pour le Théâtre-Italien de Paris), puis Lucrezia Borgia (sur le livre de Felice Romani, l’ex librettiste de Bellini)… Comme un nouvel avatar de ce drame gothique anglais qu’il semble aimer illustrer, Donizetti compose après Anna Bolena, Maria Stuarda créé à Naples en 1834. Marino Faliero triomphe ensuite en 1835 sur la scène parisienne, la même année où il produit aussi Lucia di Lammermoor, alors que son confrère Bellini meurt après avoir livré I Puritani. Donizetti souffre toujours d’une évaluation suspecte sur son œuvre : moins poète que Bellini, moins virtuose et délirant que Rossini, moins dramatique et efficace que Verdi… l’artisan inspiré synthétise en vérité toutes ses tendances de l’art lyrique, proposant de puissant portraits lyriques à ses interprètes. Car il ne manque ni de finesse psychologique ni de sens théâtral propice aux situations prenantes.

 

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Donizetti : Maria Stuarda
Opéra royal de Wallonie, Liège
Du 16 au 24 mai 2014

Depuis plusieurs années, Maria Stuarda, reine d’Ecosse, est prisonnière et assignée à résidence au château de Fortheringhay par sa cousine Elisabetta, la reine d’Angleterre. Celle-ci doit épouser le roi de France, mais elle aime en secret le comte de Leicester qui aime en secret… Maria Stuarda. Entre les deux femmes, le conflit politique se double d’un conflit amoureux : un affrontement spectaculaire et dramatique entre la reine souveraine et la reine déchue; autour d’elles, les intrigues de la cour, les complots, la cruauté. Maria Stuarda finira décapitée…

MARIE-STUART-francois-clouet-portrait-François_ClouetMaria Stuarda, la tragédie de 1834, qui met en scène les reines ennemies Marie Stuart et Elisabeth Ire, est l’oeuvre la plus connue de la trilogie de Donizetti sur les reines de l’époque Tudor (avec Anna Bolena et Roberto Devereux). Déjà Anna Bolena, ouvrage plus ancien, créé en 1830, opposait deux femmes rivales (soprano et mezzo : Anna et Giovanna soit Anne Boleyn et Jane Seymour). Dans l’ouvrage de Donizetti, les deux femmes ne s’affrontent pas tant pour le pouvoir que pour l’amour d’un homme, le comte de Leicester. Leur altercation culmine au II.
Parmi les moments les plus poignants figurent le dialogue entre les deux reines à l’acte II, le duo entre Maria et Talbot à l’acte III, l’air déchirant de Maria avant son exécution (alors que Donizetti imagine un évanouissement fatal pour Anna Bolena). L’opéra fut interdit par le roi de Naples à cause d’une dispute qui éclata lors des répétitions entre les prime donne qui incarnaient les reines d’Ecosse et d’Angleterre. L’une traita l’autre de “vile bâtarde”, conformément au texte mais avec tellement de conviction, qu’il fallut les séparer de force…
Outre l’anecdote, l’opéra qui répond à une commande du San Carlo de Naples fut créé dans une version tronquée. C’est la Scala de Milan qui en 1835 accueillit Maria Stuarda avec Maria Malibran dans le rôle-titre, laquelle en méforme chanta très mal. Qu’importe, la confrontation entre les deux reines opposées au II redouble d’impact et de surenchère dramatique, dont Verdi se souviendra. Le dramatisme de Donizetti atteint là un paroxysme particulièrement réussi par ce qu’il dévoile non deux types politiques, mais deux âmes bataillant, échevelées, portées par une passion égale pour le même homme (Roberto : Robert de Leicester). En traitant Elisabeth de « bâtarde », Maria Stuarda signe son arrêt de mort.

Direction musicale: Aldo Sisillo
Mise en scène et costumes: Francesco Esposito
Chef des chœurs: Marcel Seminara
Orchestre & Chœurs: Opéra Royal de Wallonie-Liège

Maria Stuarda: Martine Reyners*
Elisabetta: Elisa Barbero*
Roberto comte de Leicester: Pietro Picone
Talbot: Pierre Gathier
Cecil: Ivan Thirion
Anna Kennedy: Laura Balidemaj

* pour la première fois à l’Opéra royal de Wallonie, Liège

5 dates événements
Les 16, 18, 20, 22, 24 mai 2014, à 15h ou 20h

 

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