vendredi, décembre 9, 2022

CRITIQUE CD. RAMEAU chez La Pompadour : Le retour d’Astrée / Les sybarites (LN Bestion de Camboulas, 1 cd Alpha, Périgueux août 2021)

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CRITIQUE CD. RAMEAU chez La Pompadour : Le retour d’Astrée / Les sybarites (LN Bestion de Camboulas, 1 cd Alpha, Périgueux août 2021)   –   Rameau et La Pompadour : les 2 piliers d’un âge d’or artistique. Tout commence en 1745, quand après sa « guérison miraculeuse » à Metz, Louis XV rencontre pendant les fêtes mariales du Dauphin, sa future maîtresse, Jeanne Poisson, bientôt marquise de Pompadour, favorite et amie pendant 20 ans. C’est elle qui extrait le souverain de sa léthargie mélancolique voire dépressive, grâce aux divertissements et fêtes qu’elle favorise avec la sensibilité et le style idéal que l’on sait. Plus que Mondonville, plus jeune, c’est Rameau, compositeur en titre qui lui livre la musique dont elle rêve : éclatante, raffinée, tendre et spectaculaire, aux couleurs somptueuses, dignes d’un Boucher ou d’un Frago. Rien n’égale la délicatesse française de Rameau coloriste autant que conteur quand il parle d’amour, pas même les Italiens (ces « Bouffons » qui veulent triompher à Paris en 1752 / 1753) : on l’entend parfaitement dans les chœurs du Retour d’Astrée (1748, « Air pour les Amours,… »), ici « première mondiale » ;

Astrée, révélée ; Les Sybarites au complet…
Rameau génial, même en petit format

 

 

 

Dans ce format réduit, Rameau, génie du drame musical, se livre avec contrastes et efficacité, à l’apothéose des sens amoureux, un cycle court et affûté qui devait servir de « Prologue » aux « Surprises de l’Amour » destiné au Théâtre des Appartements de La Pompadour à Versailles. Y brille évidemment, conclusion de ce divertissement aussi fugace que ciselé, l’air final d’un « Plaisir » qui met en avant le timbre d’un coloratoure gazouillant, avant le ballet conclusif (ici « des saisons »).

Complément aussi passionnant, le dévoilement du ballet en un acte des Sybarites (version de 1753), déjà révélé (en extraits) par le chef Bruno Procopio lors du concert fondateur de son orchestre pétillant, historique, le JOR Jeune Orchestre Rameau (oct 2021 – CD Guerre et paix, édité chez Paraty). Y rayonnent la beauté souveraine comme l’art de plaire (« régner c’est l’art de plaire », un axiome qu’aurait pu adopter La Pompadour idéalement). Ici les Crotoniates moralisateurs affrontent en vain la mollesse languissante des Sybarites impériaux ; leurs guides respectifs, Astole (baryton) et Hersilide (soprano) s’y affrontent avant de s’enlacer… de plaisir.
Rameau outre les airs et les chœurs variés (jouant sur le contraste crotoniates / sybarites : âpreté guerrière / volupté extatique), place au moments clés, plusieurs danses (sarabande, passepieds, rigaudons) puis surtout en guise d’apothéose et de résolution finale : chaconne, forlane et contredanse, soit une sublimation familière de la musique par le mouvement, l’esprit de l’air touché par la grâce poétique (amour qui circule et enchaîne : « Vole, vole, enchaîne un peuple rebelle » chante Hersilide dans la mélodie la plus développée de l’acte), trait malicieux dont il a le génie dans chaque ouvrage. A travers le couple ici faussement opposé, parlent, dialoguent, s’électrisent le roi et sa favorite, une sorte de conversation à 2 voix héroïques et tendres dont Rameau dévoile accents et nuances d’une complicité exceptionnelle.

En petit effectif instrumental, la lecture ne manque pas de souplesse ni d’élan. Parfois les choeurs et les ensembles manquent de clarté et de précision. Les solistes sont engagés ; les hommes mieux diseurs et intelligibles que leurs consœurs. Malgré l’implication du chef et de ses équipes, Rameau exige davantage de phrasés comme de nuances. En particulier quand il faut articuler et expliciter le texte comme les enjeux dramatiques.
On regrette la force des basses qui compose cette assise et cette profondeur sonore qu’a révélé Bruno Procopio et le JOR (Jeune Orchestre Rameau) en octobre 2021 (avec 11 violoncelles!), associée au tapis scintillant des bois et des vents ; l’orchestre de Rameau (et de Louis XV) devrait à chaque interprétation profiter de cette révélation désormais décisive (en particulier dans l’air pour les gladiateurs / les lutteurs crotoniates où la comparaison est possible) ; en un même geste orchestral ici et là, hautement articulé, le JOR gagne une caractérisation supérieure, un souffle aussi majestueux qu’intérieur, une profondeur et des nuances autant dans la superbe martiale que la sensualité assumée, qui fait souvent défaut chez Les Surprises.
Nonobstant ces infimes réserves, l’apport de ce deux partitions d’un fini éblouissant, atteste si l’on en doutait encore, du génie de Rameau autant pour le drame que dans son orchestration, la conception sonore, l’imaginaire des couleurs et des timbres associés. Tout l’orchestre des Lumières est là, dans ce miracle musical qui dépasse et sublime souvent l’anecdote des livrets. A ce sujet, concernant la notice du présent cd, on regrette que les textes édités soient aussi réduits ; la recréation indiquée méritait des explications plus développées.

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Approfondir

Bruno Procopio : Guerre & Paix dont des extraits des Sybarites
http://www.classiquenews.com/baroque-revolutionnaire-guerre-et-paix-jor-bruno-procopio/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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LogoNMM-texte-rectMAZAN. Les Nuits musicales (2è édition) : 29, 30, 31 oct, 1er nov 2020. 5 concerts événement vous attendent à Mazan (salle La Boiserie) et sur le territoire du Comtat Venaissin. Le Festival conçu artistiquement par le claveciniste et chef Bruno Procopio (également fondateur du label PARATY) présente ainsi sa 2è édition, avec Pierre Hantaï et Hugo Reyne (Bach et Haendel, 29 oct), le chœur national des Jeunes (Palestrina, Bach, Ligeti…, 30 oct), Morgane Le Corre et Knut Jacques (Mozart, le 31 oct), récital Pierre Hantaï (Bach… le 31 oct), enfin les flûtes enchantées du Consort Brouillamini (Holborne, Byrd, Farnaby…, le 1er nov). Situé à quelques encâblures à l’Est d’Avignon, proche de Carpentras, Mazan, perle de Provence, se fait nouveau foyer de l’interprétation baroque et classique, impliquant les spectateurs mais aussi les jeunes instrumentistes et les établissements scolaires dans un cycle d’éveil et de découvertes musicales exemplaire. Le label PARATY profite aussi de cette 2è édition pour lancer deux nouveautés discographiques en liaison avec les artistes invités à Mazan : nouvel album des Brouillamini (The wood so wild) et programme Mozart (Piano 4 hands) par Morgane Le Corre et Knut Jacques au fortepiano : deux programmes discographiques présentés ainsi en concert dans le Comtat Venaissin…

VOIR le teaser des Nuits Musicales de MAZAN 2020 : ici 

 

 

 

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INFOS et RÉSERVATIONS ici :
http://www.nuitsmusicalesmazan.com/

 

 

 

 

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