Compte-rendu, récitals de piano. Montpellier, le 17 juillet 2018. Michel Dalberto, puis Nelson Goerner.

nelson-goerner-piano-recital-concert-critique-par-classiquenews-recital-pianoCompte rendu, récitals. Montpellier, opéra Berlioz, Festival Radio France Occitanie, Montpellier, le 17 juillet 2018. Récital Michel Dalberto, puis Nelson Goerner. Quel beau démenti aux esprits chagrins qui prétendent que notre piano contemporain serait standardisé ou tendrait vers une uniformisation planétaire ! A quelques heures d’intervalle, le Festival Radio France Occitanie Montpellier a programmé, dans la même salle, sur le même Bösendorfer, deux très grands interprètes : Michel Dalberto, et son cadet Nelson Goerner.

 

 

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DALBERTO / GOERNER. Le premier fut l’élève de Vlado Perlemuter, deux fées se penchèrent sur le berceau du second : Martha Argerich et Maria Tipo. Tout, ou presque, les distingue : la démarche, la posture et le jeu, le son.
DALBERTO… Etrangement, alors qu’il en est l’un des plus familiers, ni Schubert, ni Schumann ne figurent au programme de Michel Dalberto. Ce soir, Franck et Debussy se réfèrent à  Liszt. La Bénédiction de Dieu dans la solitude nous est offerte dans une atmosphère de sérénité méditative, avec ce qu’il faut d’exaltation momentanée. Du très beau piano, qui chante et rayonne. Sa vision du Prélude, choral et fugue de César Franck surprend. Si le chant des parties intérieures est bien rendu, l’expression romantique, dramatique dérangent. N’est-ce pas surjoué, avec une pédale par trop présente ? C’est indéniablement très beau, fluide, mais où est la force intérieure ? Le choral est pris « alla Rachmaninov », avec une splendide progression. La technique est superlative, mais on ne retrouve pas le père Franck. De merveilleux passages dans le développement de la fugue après une exposition neutre, pour une progression spectaculaire et un finale diabolique, qui nous laisse partagé entre l’admiration pour cette prouesse, et le questionnement sur l’approche de l’œuvre. Trois œuvres brèves, mais fortes du dernier Liszt (La lugubre gondole, Richard Wagner-Venezia, et le nocturne En rêve) nous réconcilient pleinement.  C’est plein, rond, puissant, de l’étrangeté des deux  premières à l’onirisme féérique de la dernière. Enfin, c’est le miracle : Debussy (second cahier des Images), clair, scintillant, frémissant, insaisissable. Une mention spéciale pour Poissons d’or, d’une liberté incroyable, inventif, coloré, … absolument splendide. Un beau bis, brillant et très contrasté : une paraphrase de Liszt sur La Traviata.

 

 

 

nelson-goerner-piano-recital-concert-critique-par-classiquenews-recital-pianoGOERNER… L’apparition de Nelson Goerner est toujours aussi singulière : empruntée, gauche, raide, menton relevé, démarche saccadée et bras droit presqu’immobile dans l’alignement du corps. Comme si, seul, le piano lui permettait de s’évader de sa condition physique, il est proprement transfiguré dès qu’assis sur sa banquette, sans jamais la moindre esbroufe, malgré une virtuosité toujours stupéfiante. De Schubert, la Sonate en la majeur (13ème ou 15ème selon les classements), D.664 : très loin des idées reçues, la sonate la plus souriante est abordée avec une grâce efféminée, un peu fragile, affectée. C’est lyrique, tendre, très nuancé, mais où sont la simplicité, la jovialité dépourvue de prétention, la tonicité ? Il en va de même dans les mouvements suivants. Le piano s’épanche, maniériste, dans l’andante, et très rapide dans le rondo, estompant les contrastes, très loin de l’esprit du laendler.  Les immenses variations Paganini, de Brahms, magistrales, confirment cette impression. Le toucher si singulier de Nelson Goerner, si propre à illustrer Chopin, lorsqu’il est appliqué à Schubert ou à Brahms, en dénature l’esprit. La plénitude, l’ampleur comme la profondeur nous manquent. Même si l’approche dérange, elle est admirable, stupéfiante de maîtrise, on est confondu. Avec Chopin, le pianiste est dans son élément. Le nocturne en fa dièse mineur est exemplaire. Il en va de même de la Barcarolle (qui sera reprise en bis), très retenue, avec un souci permanent de faire chanter toutes les parties.   Quant au 3ème scherzo, pris  rapidement, il laisse une impression d’urgence, prodigieux de virtuosité, merveilleusement construit. Une révélation renouvelée au fil des écoutes.

Qu’en aurait pensé Jacques Février ? Les trois pièces qui forment Napoli, de Poulenc sont « goernerisées » à souhait. L’élégance est au rendez-vous, servie par ce legato inimitable, mais où sont les couleurs franches, voire criardes, l’humour, la provocation ? Les tempi sont souvent outrés, l’esprit a disparu… A condition d’oublier toutes nos références, le piano de Nelson Goerner nous éblouit et nous envoûte, asservi à la virtuosité, alors que l’on attend que cette dernière soit au service de l’œuvre. A signaler cependant que la réécoute de ce dernier récital sur France Musique, amputé de ses deux bis, donne l’impression d’avoir assisté à un autre concert, tant la prise de son, extrêmement proche, diffère de la perception de l’auditeur in situ.

 

 

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Compte rendu, récitals. Montpellier, opéra Berlioz, Festival Radio France Occitanie, Montpellier, le 17 juillet 2018. Récitals de piano : Michel Dalberto, puis Nelson Goerner. Photo : Nelson Goerner, petite image, bras levés (DR) – Photos concerts à Montpellier : Michel Dalberto et Nelson Goerner © Luc Jannepin 2018

 

 

 

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