Compte rendu, récital lyrique. Bordeaux. Opéra National de Bordeaux (Auditorium), le 17 janvier 2014. Orchestre de chambre de Munich. Douglas Boyd, direction. Edita Gruberova, soprano.

Gruberova_editaL’un des événements incontournables de la saison lyrique en France est sans doute la série de concerts de la grande soprano Edita Gruberova. Nous sommes ce soir à l’Auditorium de l’Opéra National de Bordeaux pour son concert exclusivement dédié à Mozart avec l’Orchestre de Chambre de Munich dirigé par Douglas Boyd. La cantatrice slovaque est l’une des plus célèbres soprano colorature de tous les temps. Superlative dans Donizetti ou Rossini, elle est aussi, à 67 ans, une mozartienne subtile, alliant tempérament et chant immaculé. Ce soir elle interprète une sélection d’airs d’opéras de Mozart d’une exigence redoutable. Elle n’est pas seulement à la hauteur du pari, mais le dépasse et se dépasse avec un art sans égal. Elle y arrive de façon progressive stimulant tranquillement l’auditoire qui l’espérait tant ainsi dans la finesse et l’émotion.

Edita Gruberova, prima donna assoluta

Nous sommes frappés par l’immense talent de la cantatrice quand elle s’attaque à deux airs extrêmement difficiles de Constance de l’Enlèvement au Sérail K384. D’abord « Traurigkeit » : un sommet de sensibilité et d’expression. Elle le chante avec les nuances les plus délicates et avec un engagement émotionnel saisissant. Ensuite le grand air de bravoure en ut majeur « Martern aller Arten », avec flûte, hautbois, violon et violoncelle obbligati, à la virtuosité impossible. Si le registre grave de la Gruberova n’est pas le plus percutant, sa ligne de chant et surtout ses aigus insolites desservent superbement l’héroïsme altier du morceau. C’est devant nous LA Constance du siècle. Edita Gruberova explore les mêmes affects dans les airs de facture plus traditionnelle « Non mi dir » de Don Giovanni et « Soffre il mio cor con pace » de Mitridate qu’elle chante avec un beau mélange de sensibilité et de caractère.

Le concert finit officiellement avec l’air de bravoure de Fiordiligi « Come scoglio » de Cosi fan tutte. L’étendue de l’air étant particulièrement large, nous sommes davantage impressionnés par l’excellence de son passaggio, facile et sain et ses aigus tout à fait héroïques et brillants. Le public est enflammé; aussi généreuse, la diva décide de lui faire plaisir et de l’enflammer encore, avec un bis digne de la Reine de la Nuit, l’air de fureur d’Elettra dans Idomeneo « D’oreste, d’aiace » qui confirme notre impression : La Gruberova est une prima donna assoluta !

Remarquons un Orchestre de Chambre de Munich à l’esprit vif sous la direction de Douglas Boyd. Si nous le trouvons parfois intrusif, il brille souvent que ce soit en accompagnant la soprano ou en solo. Les vents sont particulièrement présents et beaux, notamment dans la musique de ballet d’Idomeneo ou encore dans l’ouverture de Cosi fan tutte, constat valable aussi pour les cordes. Celles-ci jouent l’Adagio et fugue en ut mineur K 546 de façon suprême avec tant d’âme et profondeur. Après un Porgy and Bess extraordinaire, ce concert d’exception augure une année 2014 à Bordeaux, riche en talents.

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