COMPTE-RENDU, opéra. PARIS, Opéra Comique, le 26 mars 2018. AUBER : Le Domino noir. David / Lesort & Hecq

auber-francois-esprit-portrait-la-muette-de-portici-le-domino-noir-opera-romantique-francais-par-classiquenews-presentation-critique-compte-renduCOMPTE-RENDU, opéra. PARIS, Opéra Comique, le 26 mars 2018. AUBER : Le Domino noir. David / Lesort & Hecq. Lorsque l’on observe la façade du Palais Garnier, on peine à croire que l’un des bustes dorés qui dominent l’Avenue de l’Opéra au dessus de la loggia monumentale, est celui de Daniel François Esprit Auber. En effet le contraste criant entre l’absence des oeuvres de cet insigne compositeur et sa présence hiératique dans le temple de l’art lyrique par excellence semblent dessiner le scandale de l’oubli de son génie. La réponse et la réparation à cette iniquité, a retenti dans la courageuse programmation de la Salle Favart. Louons l’initiative d’Olivier Mantei et de ses équipes qui entreprennent une régénération du répertoire et offrent à des chefs d’oeuvres injustement oubliés, un terreau renouvelé pour le genre de l’opéra comique, lui rendant sa pertinence et sa modernité.

AUBER c’est Paris!

Ce soir de première entre les rues de Gramont, Grétry et Marivaux, on aurait pu entendre crisser les soies des dominos festifs de jadis. Par les façades se glissant des ombres et des rumeurs qui se pressaient dans les entrées de la Salle Favart, éclairée des mille feux de ses lampions dorés. Les statues illustres et les bustes précédent cette belle redécouverte. Le Domino Noir en effet introduisait toute la pétulance de ses échos dans l’amphithéâtre du Comique, plein à faire craquer ses boiseries dorées.

Fruit d’une coproduction entre l’Opéra Comique et l’Opéra Royal de Wallonie à Liège, cette belle réalisation a récemment vu la coopération s’élargir au bord du Lac Léman avec l’Opéra de Lausanne, où les aventures de la mystérieuse Angèle d’Olivarès déploieront leur charme auprès du public Suisse en 2021. Gageons qu’il y en ait d’autres, notamment le Théâtre de Caen, qui pourrait accueillir ainsi l’oeuvre emblématique de l’enfant du pays.

Si bien l’exagération et le feu de la passion ne sont pas chose courante dans nos compte-rendus habituels, il est une certitude, nous avons assisté ce soir à l’une des productions scéniques les plus abouties qu’on ait pu voir depuis longtemps. A la fois l’équilibre fosse-scène, l’ingéniosité et l’espièglerie décapante de la mise en situation et la distribution composée des meilleurs interprètes pour chaque rôle. Bref, pari réussi pour cette résurrection qui, j’espère rendra le Domino Noir, pour longtemps à une longue et nouvelle vie.

A entendre les vidéos introductives et les entretiens des membres de la production, Christian Hecq et Valérie Lesort ont surmonté une légère appréhension face au livret. Et c’est totalement réussi. Sans faire un étalage de gags ou d’exagérations, ils ont restitué l’intrigue avec une finesse et un dynamisme impressionnant. Comprenant les codes du genre et sans forcer l’esthétique, on saisit leur vision proche de l’oeuvre mais avec un regard contemporain proche de ceux de Jérôme Deschamps ou de Laurent Pelly, mais sans jamais dénaturer l’ouvrage par des réécritures inutiles. Les émotions jaillissent d’une alliance parfaite entre la fosse et la scène, cas rare dans notre époque où la mise en scène est parfois prépondérante. Christian Hecq et Valérie Lesort ont trouvé la clef de la minutieuse dramaturgie de Scribe et l’ont rendue à nos yeux avec une passionnante modernité. Nous sommes impatients de retrouver leurs futures incursions dans l’art lyrique et les encourageons à poursuivre en nous faisant vivre des soirées aussi réussies.

Auber en définitive c’est Paris, bien avant Offenbach !

Côté fosse, on ne peut qualifier que d’excellente la direction de Patrick Davin. Il prend à bras le corps la musique d’Auber. Patrick Davin met en valeur les dynamiques, souligne les nuances, apporte un grand nombre de couleurs. Avec une précision impressionnante, la baguette caractérise la partition sans caricaturer le style. Patrick Davin a compris le délicat édifice de la musique d’Auber, légère comme le cristal et structurée comme une parure, il joue tel un orfèvre avec l’Orchestre Philharmonique de Radio France, le meilleur orchestre de France à notre goût. Cette nuit, on ne pouvait pas rêver d’un meilleur rendu musical pour ce Domino Noir, la version Bonynge devient pâle et même caricaturale, à côté de la restitution sublime du Philhar et de Patrick Davin.

Sur le plateau, on ne pouvait pas rêver mieux. L’Angèle d’Olivarès, pétillante comme du champagne frais de la soprano Anne-Catherine Gillet est brillante de bout en bout de ce rôle exigeant écrit pour la Cinti-Damoreau. La voix est belle, iridescente au possible. Malgré quelques petits et très légers décalages lors des tubes “La Belle Inès” et “Je suis sauvée enfin… Flamme vengeresse”, son interprétation est à marquer d’une pierre blanche.

Face à elle, Cyrille Dubois incarne l’ingénu Horace de Massarena. M. Dubois nous a gâté avec une très belle gamme de couleurs et une voix ample dans l’aigu, à l’aise dans les ensembles et touchante. Cependant, l’on aurait souhaité ça et là un peu plus de théâtre et un peu moins de rigidité dans le jeu. Quoi qu’il en soit, Cyrille Dubois est l’interprète idéal pour le personnage.

Dans les petits rôles, nous remarquons la désopilante Jacinthe de Marie Lenormand, avec une voix puissante. François Rougier est un Juliano un peu en retrait malheureusement, mais excellent comédien. Antoinette Dennefeld est une Brigitte de San Lucar affublée en mimosa charmante et à la voix très belle. Le concierge Gil Perez de Laurent Kubla fait rire aux éclats par ses facéties. Les comédiens Sylvia Bergé, terrifiante Soeur Ursule, Laurent Montel en Lord Elfort caricatural mais drôle, se distinguent aussi.

Le plateau est complété par le formidable choeur Accentus, dont certains membres comptent parmi eux des solistes remarquables tels que Valérie Rio ou Olivier Déjean.

image002Très remarquable première donc de ce Domino Noir d’Auber/Scribe. Accourrez donc jusqu’à la Salle Favart à Paris, les 28, 30 mars et 1er, 3 et 5 avril 2018, vous y comprendrez pourquoi Auber peut incarner autre chose qu’un arrêt du RER A ou un triste buste dans les cartes postales du Palais Garnier. Auber en définitive c’est Paris, bien avant Offenbach !

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COMPTE-RENDU, opéra. PARIS, Opéra Comique, le 26 mars 2018. AUBER : Le Domino noir

Angèle d’Olivarès – Anne-Catherine Gillet
Horace de Massarena – Cyrille Dubois
Brigitte de San Lucar – Antoinette Dennefeld
Comte Juliano – François Rougier
Jacinthe – Marie Lenormand
Gil Perez – Laurent Kubla
La Tourière – Valérie Rio
Melchior – Olivier Déjean

Ursule – Sylvia Bergé (Sociétaire de la Comédie Française)
Lord Elfort – Laurent Montel (Comédien)

Choeur Accentus
Orchestre Philharmonique de Radio-France
dir. Patrick Davin

Mise en scène: Valérie Lesort & Christian Hecq

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LIRE aussi notre présentation annonce du DOMINO NOIR d’AUBER présenté avant Paris, à Liège (ORW)

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