Compte rendu, opéra. Paris, Opéra Bastille, le 17 septembre 2016. Puccini : Tosca. Hartejos, Alvarez, Terfel. Audi / Ettinger

TOSCA HARTEROS TERFEL opera bastille septembre 2016CtIYZimWEAAzMpG.png-largeCompte rendu, opéra. Paris, Opéra Bastille, le 17 septembre 2016. Puccini : Tosca. Anja Harteros, Marcelo Alvarez, Bryn Terfel… Choeurs de l’Opéra de Paris. José Luis Basso, direction. Orchestre de l’Opéra. Dan Ettinger, direction. Pierre Audi, mise en scène. La saison lyrique s’ouvre à l’Opéra Bastille avec la reprise de Tosca, production de Pierre Audi datant de 2014. Si les éléments extra-musicaux demeurent les mêmes, pour la plupart enfin, il s’agît bel et bien d’une ouverture de saison « CHOC » par la trinité de stars ainsi réunies dans la distribution : Anja Harteros finalement de retour sur la scène nationale ; Marcelo Alvarez rayonnant de candeur (seul revenant de la création!) et le grand et ténébreux, « bad boy », Bryn Terfel. A ces stars, s’invite le chef Israëlien Dan Ettinger qui explore et exploite les talents de l’Orchestre de l’Opéra avec une maestria et une profondeur, rares.

Et Hartejos parut, devant elle vibrait tout Paris…

le triomphe absolu de la musique !

Nous invitons nos lecteurs à rélire le compte rendu de la création de cette production (Compte rendu, opéra / TOSCA de Puccini à l’Opéra Bastille, octobre et novembre 2014, avec alvarez déjà et Bézier…) en pour ce qui concerne la direction artistique de Pierre Audi.

Surprise de lire dans le programme de la reprise que le travail du metteur en scène est à rapprocher de la notion wagnérienne de gesamkunstwerk ou « œuvre d’art totale » (!). En dépit de réserves qu’on émettre à l’égard du théâtre du Herr Wagner, nous comprenons l’intention derrière un tel constat et regrettons que la réalisation ne soit pas à la hauteur de telles prétentions. La scénographie imposante et impressionnante de Christof Hetzer, les superbes lumières de Jean Kalman et les costumes sans défaut de Robby Duiveman, demeurent riches en paillettes et restent, dans le meilleur des cas, pragmatiques et efficaces, en une production décevante, sinon au pire, … injustifiable. Remarquons l’absence totale (et fort révélatrice) de l’équipe artistique aux moments des saluts…

Hartejos, alvarez, TOSCA, BastilleLa surprise et le bonheur furent donc surtout musicaux. L’histoire tragique intense de Floria Tosca, diva lyrique amoureuse et meurtrière, trouve dans ce plateau une réalisation musical plus que juste, souvent incroyable. La soprano Anja Harteros se montre véritable Prima Donna Assoluta avec un timbre d’une beauté ravissante, une agilité vocale saisissante, virtuose mais jamais démonstrative, les piani les plus beaux du monde, le souffle immaculé qui laisse béat… Bien qu’en apparence laissée à elle même au niveau du travail d’acteur, elle incarne une Tosca qui touche par ses nuances de cœur, parfois piquante, souvent capricieuse, … jalouse et amoureuse toujours ! Le célèbre « Vissi d’arte » à l’acte II reçoit les plus grandes ovations de la soirée. Le Caravadossi, peintre amoureux et révolutionnaire du ténor argentin Marcelo Alvarez brille maintenant par sa candeur, un timbre rayonnant de jeunesse, un chant riche lui en belles nuances. Ses moments forts sont évidemment la « Recondita armonia » au Ie acte et le célèbre « E lucevan le stelle » au III.

A leurs côtés, Bryn Terfel est un fabuleux Scarpia, grand et méchant mais pas moche! Il a une prestance magnétique qui inspire la terreur et l’admiration. Son chant est grand malgré les quelques petits soucis d’équilibre entre fosse et orchestre aux moments hyperboliques de la partition comme le Te Deum à la fin du Ier acte.

ettinger dan maestro chef d orchestreAu regard de la distribution, nous nous attendions à de telles performances, mais la plus grande surprise fut le chef d’orchestre. La direction musicale de Dan Ettinger s’éloigne souvent du grand-opéra et du vérisme ; elle devient beaucoup plus impressionniste et subtile, rehaussant profondément l’impact de l’écriture puccinienne pour orchestre, peu sophistiquée en réalité. Lors des moments forts, l’orchestre est bien sûr véhément comme il doit l’être, mais le travail du chef voit sa plus sublime expression dans l’attention aux détails, dans la modération du pathos mélodramatique typique chez Puccini, aussi bien chez les cuivres tempérés que chez les cordes caractérielles … Une révélation !

Reprise exemplaire et extraordinaire dans tous les sens musicaux du terme, avec une mise en scène non dépourvue de beauté plastique; surtout fonctionnelle, à voir (et à applaudir) à l’Opéra Bastille les 20, 23, 26 et 29 septembre ainsi que les 3, 6, 9, 12, 15 et 18 octobre 2016, avec deux distributions. Celle de ce soir touchait l’excellence.

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