Compte rendu, opéra. Paris. Opéra Bastille, Amphithéâtre, le 19 novembre 2016. Benjamin Britten : Owen Wingrave. Artistes en résidence à l’Académie de l’Opéra. Orchestre-Atelier Ostinato. Stephen Higgins, direction. Tom Creed, mise en scène.

Benjamin Britten s’installe à l’Opéra de Paris dans une nouvelle production de son avant-dernier opéra, – le trop rare, Owen Wingrave, à l’affiche à l’Amphithéâtre- Bastille et faisant partie des productions de l’Académie de l’Opéra de Paris inaugurée en 2015. Les artistes en résidence interprètent l’opéra télévisuel avec panache et l’orchestre composite dirigé par Stephen Higgins, révèle davantage les talents particuliers du compositeur anglais.

 

 

 

Britten : Owen Wingrave
la paix est un geste de guerre

 

 

benjamin_britten_vieuxCommande de la BBC, Owen Wingrave est un opéra télévisuel en deux actes crée en 1971. Dernier opéra du compositeur avant son ultime chef-d’oeuvre : Mort à Venise, il s’agît d’un commentaire acéré et quelque peu désespéré sur la volonté de faire la paix en temps de guerre. Grand pacifiste, Benjamin Britten traita tout au long de sa vie le sujet de la violence ; il y accorda même tout son talent (de ce point de vue, l’apothéose en est assurément son War Requiem). Pour Owen Wingrave, malgré le fait qu’il n’aimait guère l’objet médiatique (la télé), le compositeur a mis ses dons lyriques de créateur anglophone, tout en explorant l’expressionnisme musical et le dodécaphonisme. L’histoire d’Owen Wingrave « véritable manifeste antimilitariste » est inspiré d’une nouvelle de Henry James. Le librettiste Myfanwy Piper crée une histoire familiale qui permet à Britten de déployer tous ses talents artistiques avec une grande sincérité et une évidente efficacité dramatique.

Si la sonorité de l’opéra trahit son âge et son médium original, dès les premières mesures, nous sommes rapidement frappés par la qualité expressive, indiscutablement dramaturgique de cette musique, comme nous sommes saisis par l’actualité malheureuse du sujet, parfaitement mis en musique. Owen Wingrave est un jeune soldat de la famille Wingrave, connue pour ses nombreux héros de guerre, qui décide, du jour au lendemain, de rejeter la guerre. S’ensuit son ostracisation par sa famille puis sa mystérieuse mort ultime, à cause de ses convictions. Bien que nous n’ayons plus le souvenir vif d’une guerre mondiale, ni de la guerre de Vietnam, le thème résonne fortement dans notre monde actuel en proie aux violences et aux actes barbares, et l’aspect singulier du simple fait de vouloir la paix dans un monde trop attaché à la saveur forte mais toujours passagère de la victoire belliqueuse. L’Owen Wingrave du jeune Piotr Kumon (annoncé souffrant avant le début de la représentation), incarne superbement le héros tourmenté. C’est même un bijou de sensibilité, et sa souffrance physique peine à se voir tellement nous sommes convaincus par son travail d’acteur, … une performance réellement formidable. La Miss Wingrave d’Elisabeth Moussous est tout autant remarquable, le timbre de sa voix grande a une certaine qualité altière qui sied parfaitement au rôle, et elle est tout autant investie au niveau théâtral. Idem pour les Mister et Mistress Coyle de Mikhail Timoshenko et de Sofija Petrovic respectivement. Sans aucun doute deux voix prometteuses !

Remarquons également les vocalises furieuses et réussies de Laure Poissonnier en Mistress Julian, où encore le timbre plus qu’adéquat de Jean-François Marras en Lechmere. Farrah El Dibany est, quant à elle, une Kate Julian hystérique et multiple à souhait ! Si Owen Wingrave finit par mourir dans des circonstances, pour dire le moindre, peu claires, faisant de l’œuvre une tragédie sombre et finalement à part, dans un monde où elles abondent ; reconnaissons que ce type d’ouvrage mène à la réflexion et au questionnement, une volonté claire et, pour nous, heureuse, de la nouvelle administration de l’Opéra national de Paris. Ainsi, malgré la fin on ne peut plus attendue voire cliché, nous sortons l’âme réjouie, l’esprit enthousiaste et plein d’espoir puisque, malgré tout, la musique a gagné ! Les performances extraordinaires des artistes en résidence, le très bon travail d’acteurs, dans la mise en scène économe et habile de Tom Creed, et la fabuleuse prestation de l’orchestre méritent le déplacement. A l’affiche de l’Auditorium de l’Opéra Bastille, les 22, 24, 26 et 28 novembre 2016.

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