Compte rendu, opéra. Nantes, Théâtre Graslin, le 11 décembre 2015. Humperdinck : Hansel et Gretel. Jeannette Fischer, Marie Lenormand, Norma Nahoum, Dima Bawab… Emmanuelle Bastet, mise en scène. Thomas Rösner, direction.

Compte rendu, opéra. Nantes, Théâtre Graslin, le 11 décembre 2015. Humperdinck : Hansel et Gretel.  Dans l’affaire du russe Dimtri Tcherniakov au sujet de sa lecture  trop libre de Dialogues des Carmélites, le juge a tranché (en l’occurrence la Cour d’Appel de Paris): un metteur en scène trop décalé, dénaturant le sens d’un opéra, en réécrivant par exemple la fin d’une partition a contrario des intentions originelles du compositeur,  peut donc être condamné et l’enregistrement de son “forfait”, interdit à la vente. Effet de la malscène que certains ont fustigé depuis des décennies, fatigue des connaisseurs irrités, plutôt audace et ténacité des ayant droits portés par un combat légitime… c’est bien la première fois qu’une décision de justice s’attaque au dispositif d’une mise en scène contestable.

 

 

 

 Savoureuse et spirituelle féerie

 

 

Unknown-2Rien de tel avec Emmanuelle Bastet qui formée à l’école de Robert Carsen, ne cesse de nous dire combien elle aime les partitions abordées, combien elle les respecte. Mieux, la metteure en scène, familière d’Angers Nantes Opéra, avec un sens de l’image et cet oeil esthétique qui dépoussière les œuvres, sait construire un drame dans sa cohérence et sa profondeur émotionnelle. Comme on avait pu en apprécier la grande justesse poétique dans sa version d’Orphée et Eurydice de Gluck (tableau des âmes heureuses), Emmanuelle Bastet traite du thème de l’enfance, du courage et de l’innocence, avec une inspiration délirante aussi, au comique irrésistible, en particulier dans le tableau de la rencontre entre la sorcière Grignotte et les jeunes héros, Hansel et Gretel. En Reine mère so brittish et toute de rose vêtue (tasse de thé en mains), puis en blonde fatale, meneuse de revue, avec une référence à Cruella d’enfer des 101 dalmatiens de Disney, la sorcière est totalement revisitée, bénéficiant de la performance toute en finesse de l’excellente JeannetteFischer.

 

 

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Pourtant gênée par sa robe (traîne et coupe impossible), la soprano piquante et pétillante, insidieuse et déjantée fait une magicienne totalement hallucinée, vamp astucieuse au tempérament irrésistible. C’est évidement le pilier de la production. A ses côtés, les deux jeunes chanteuses, aux poses et style d’ados contemporains et parfaitement investies dans les rôles d’Hansel et de Gretel (Marie Lenormand et Norma Nahoum), ajoutent à la forte attraction de l’action. La première apparition de Dima Bawab (en marchand de sable) enchante ; fruit d’une vision mûre sur l’architecture du drame lyrique, le dernier tableau où les enfants se perdent dans la forêt, représente un immense pommier stylisé où comme une quête du Graal enfin réalisée, les affamés peuvent se rassasier : toute la recherche de la nourriture, depuis l’injonction de la mère au tout début de l’opéra, puis le départ précipité des héros pour la satisfaire, y gagne une grandeur et une profondeur poétique absolument justes : l’ouvrage de Humperdinck n’est pas qu’un divertissement pour jeune public, c’est surtout un conte féerique et philosophique (une manière de Flûte Enchantée) où évidemment l’orchestre à sa part – majeure.

Dans la fosse, comme il l’avait fait lors de la somptueuse production de La Ville Morte de Korngold, le jeune chef Thomas Rösner (habituel complice d’Emmanuelle Bastet ici aussi pour Lucio Silla de Mozart) prend la partition flamboyante, instrumentalement très ambitieuse dès l’ouverture et ses cuivres introductifs d’une puissante noblesse, à bras le corps. Généreux, un peu tendu en début de représentation, puis souple et réellement spirituel dans la séquence du pommier nourricier, puis du sommeil des enfants, le chef restitue l’ambition wagnérienne d’une partition souvent envoûtante (et qui fut immédiatement saluée par Richard Strauss entre autres…).

 

 

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Hansel et Gretel, l'opéra féerique d'HumperdinkLa présence des animaux familiers (et complices des deux jeunes protagonistes) ; le changement à vue des décors (immenses lampadaires de ville mobiles sur le plateau) ; le jeu des jeunes choristes de la Maîtrise de la Perverie, encore gauches certes dans certains gestes pour le chœur final, mais marquants quand ils sont enfin libérés ; l’exceptionnelle subtilité de la sorcière grâce à Jeannette Fischer font les délices de cette nouvelle production présentée pour les fêtes par Angers Nantes Opéra. A voir au Théâtre Graslin de Nantes jusqu’au 18 décembre 2015, puis au Quai à Angers, les 5 et 6 janvier 2016. Charme et rires garantis.

 

 

LIRE aussi notre dossier Hansel et Gretel d’Humperdink

France Musique diffuse l’opéra Hansel et Gretel à l’Opéra de Nantes le samedi 26 décembre 2015, 19h.

 

 

Illustrations : Hansel et Gretel d’Humperdinck par Emmanuelle Bastet pour Angers Nantes Opéra © Jef Rabillon 2015
 

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