COMPTE RENDU, opéra. MUNICH, le 22 juillet 2018. Wagner : LA WALKYRIE. Jonas Kaufmann… Petrenko / Kriegenburg

kaufmann-jonas-siegmund-walkyrie-wagner-ring-munich-petrenko-kriegenburg-la-critique-2-sur-classiquenewsCOMPTE RENDU, opéra. MUNICH, le 22 juillet 2018. Wagner : LA WALKYRIE. Jonas Kaufmann… Petrenko / Kriegenburg. Alors que la nouvelle production de Lohengrin à Bayreuth, a finalement trouvé son chevalier en Piotr Beczala, choisi in extremis après la désaffection de Roberto Alagna, Bayreuth 2018 s’enlise faute de vraie politique de qualité. La magie wagnérienne se déplace en … Bavière, à Munich précisément, où le festival lyrique au Théâtre National sévit outrageusement, faisant même de l’ombre à la colline verte. A-ton encore raison de dépasser des fortunes pour des places désormais surestimées ? Il y a certes le désir de vivre l’expérience acoustique du théâtre conçu et voulu par Wagner pour son opéra, mais est-il raisonnable d’attendre autant, de payer autant pour des spectacle de moins en moins convaincants ?

Cette Walkyrie – Munichoise, en témoigne, grâce entre autres à l’excellent Siegmund du ténor Jonas Kaufmann, personnage noir et tragique, désespéré et si humain : le père de Siegfried trouve dans son chant rauque, viscéral et naturel, une vérité irrésistible. – Que l’on retrouvera d’ailleurs ce 18 août prochain à Gstaad, au Festival Menuhin, où l’Orchestre du Festival sous la direction de Jaap van Zweden, dirige l’acte I de La Walkyrie : cet acte justement où Wagner expose et développe l’amour incestueux des Welsungen, Sieglinde (mariée à l’infect Hunding) et Siegmund, maudits mais bouleversants. Le chef Kirill Petrenko, habitué de Bayreuth, dirige avec tact, précision, force et même ironie (la Chevauchée des Walkyries sonne comme un fracas de jugement dernier et comme une nuit de panique impuissante) ; de même, le maestro n’oublie pas que dans cette partition, se précise surtout la condamnation de la walkyrie ingrate et rebelle au père : de fait, la colère de Wotan (Wolfgang Koch au format limité mais au chant sincère), en papa outragé et surtout trahie, s’exprime magnifiquement, comme ses adieux déchirants à sa fille bien aimée, dans la scène du feu final. Petrenko, sait surtout creuser les réseaux émotionnels qui soutiennent une action surtout psychologique dont l’orchestre est la voix privilégiée.
Ainsi on comprend la haine juste de l’épouse outragée, Fricka, à laquelle Wotan doit des excuses et un respect inaltérable : il revient à Ekaterina Gubanova, le mérite d’incarner subtilement ce personnage de louve souvent outrancière ailleurs.
Reste le joyau de ce plateau quasi parfait, le Siegmund de Jonas Kaufmann dont la vérité du chant, sa qualité de diseur, l’éclat du loup condamné mais digne, bouleversent littéralement : son duo amoureux, magnétique avec la Sieglinde de Anja Kampe, actrice et chanteuse comme lui, brûlée, détruite mais ardente et d’une générosité ivre (parfois peu juste vocalement, mais quelle présence et quel engagement), demeure mémorable. Les parents de Siegfried, le héros à venir, sortent gagnants de cette lecture viscérale, intérieure, sincère.
Jonas Kaufmann s’avère aussi bouleversant dans sa rencontre avec la Walkyrie, celle dont vient le salut : Ninna Stemme, suédoise wagnérienne avérée, fait de Brünnhilde, un rôle lui aussi bouleversant, dont le fil déchirant, de guerrière quasi divine, à femme déchue, punie, saisit par sa vérité. D’autant que les aigus passent la fosse et transpercent le coeur et l’âme par leur justesse. Elle devient soudainement petite fille apeurée quand le père proclame la sentence de sa déchéance coupable. Voilà qui rétablit la musique wagnérienne à sa première qualité : non pas sa puissance, mais sa capacité psychanalytique, dévoiler la psyché des âmes et nous faire partager leurs chutes et leurs vertiges.
wagner-munich-ring-petrenko-kriegenburg-jonas-kaufmann-critique-opera-par-classiquenewsD’autant que la mise en scène d’Andreas Kriegenburg s’impose par son intelligence et son souci elle aussi de la justesse, à la fois poétique et visuelle. De menus détails, soulignent ce qui fait sens, ce qui se produit, simultanément au chant où à la musique ; autant d’indices clés qui font un spectacle fluide, où les chanteurs ne campent pas des types et des situations déjà prévisibles. La Walkyrie est un opéra sur le sacrifice, c’est à dire le sang versé, l’amour immolé ; mort de Siegmund et Sieglinde, (après celle d’Hunding), sacrifice emblématique de la Walkyrie surtout qui préférant sauver les amants maudits et le fruit de leurs entrailles (Siegfried bébé), perd tout (statut, pouvoir, liberté, famille…) ; Kriegenburg fait de la Chevauchée des Walkyries n’ont pas une courses hystérisée mais une machine infernale, indomptable par sa cruauté concrète, que le spectateur peut mesurer par le champs d’épieux où sont piqués, comme des insectes, les corps des héros tués, sacrifiés… promis certes au Walhala. Mais chairs à épée. L’émotion étreint le cœur du spectateur confronté à la justesse de ces tableaux, musicalement, théâtralement réussis. Belle réalisation à Munich, au Bayerische Staatsoper ce 22 juillet, qui était aussi le dernier volet de la Journée wagnérienne, déjà présentée, comme le cycle entier, en janvier 2018. Le Ring Petrenko / Kriegenburg s’achève cet été (Siegfried, ce 24 juillet / puis Le Crépuscule des dieux, ce 27 juillet 2018). Illustrations : © Wilfried Höst.

VOIR aussi le teaser de cette production du Ring de Wagner à Munich
https://www.staatsoper.de/17-18/ring.html

 

 

 

 

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COMPTE RENDU, opéra. MUNICH,Nationaltheater, le 22 juillet 2018. Wagner : LA WALKYRIE. Jonas Kaufmann…

Wagner, Richard : Die Walküre / La Walkyrie
Der Ring des Nibelungen, Première journée (3 actes)
Création le 26 juin 1870 à Munich (Théâtre de la Cour)

Siegmund: Jonas Kaufmann
Hunding: Ain Anger
Wotan : Wolfgang Koch
Sieglinde: Anja Kampe
Brünnhilde: Nina Stemme
Fricka: Ekaterina Gubanova

Bayerisches Staatsorchester
Kirill Petrenko, direction
Andreas Kriegenburg, mise en scène

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