Compte-rendu, opéra. Milan, Teatro alla Scala, le 26 octobre 2017. Weber, Der Freischütz. Myung-Whun Chung / Matthias Hartmann

chung_myung-whunCompte-rendu, opéra. Milan, Teatro alla Scala,  le 26 octobre 2017. Weber, Der Freischütz. Myung-Whun Chung / Matthias Hartmann. Prototype de l’opéra romantique allemand dont il constitue le chef-d’œuvre inaugural, le Freischütz n’avait pas connu les honneurs de la Scala depuis près de vingt ans. Heureuse initiative donc que de programmer cette œuvre qui fut admirée en son temps par Wagner, pour ses audaces harmoniques et la recherche d’une unité tonale, l’usage emblématique des cors et la puissance impressionnante de l’orchestre. La nature devient grâce à Weber l’un des sujets de l’opéra et la célèbre scène de la Gorge aux loups, qui impressionna le public berlinois de 1821, l’un des défis les plus stimulants pour un metteur en scène. La nouvelle production milanaise, il faut l’avouer, ne déçoit guère.

 

 

 

 

Weber à la Scala : un Myung-Whun Chung impérial

 
 
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La lecture de Matthias Hartmann, longtemps directeur de l’opéra de Vienne et l’un des piliers de la Rhurtriennale sous l’ère Mortier, constitue incontestablement l’un des points forts de la soirée. Le metteur en scène allemand prend précisément cette scène de la Gorge aux Loups comme décor unique de tout l’opéra, comme pour mieux marquer l’importance paradigmatique de ce qui marque le point d’orgue du drame fondé sur l’opposition entre le monde des chasseurs et celui des forces démoniaques. Un fond noir avec la silhouette d’un loup et de la vallée dessinée au néon, des troncs d’arbre géants aptes à susciter la terreur se mêlent aux costumes particulièrement bigarrés de Susanne Bisovsky et Josef Gerger, tandis que des danseurs habillés en monstres donnent corps au cauchemars des protagonistes : le tableau oscille entre l’étrangeté reposante d’un Caspar David Friedrich et celle plus inquiétante d’un Füssli. Mais si l’on aurait préféré une lecture parfois plus virulente dans la représentation de l’inquiétude qu’incarne cet opéra faustien, on ne peut que remercier Hartmann de n’être pas tombé dans les travers les plus détestables du regietheater.

 

 

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Pour défendre cette œuvre à plus d’un titre redoutable, la distribution réunie est hélas inégale. Aucun chanteur ne démérite pourtant. Dans le rôle de Max, Michael König est souverain et déploie sa voix de Heldentenor moelleux avec panache, même si on regrette un timbre insuffisamment projeté (et souvent couvert par l’orchestre) et surtout manquant de personnalité. L’inquiétant Kaspar est magnifiquement défendu par Günther Groissböck, voix de braise, dont la présence scénique stupéfiante n’est ternie que par quelques difficultés dans le registre aigu. Les deux voix féminines n’appelleraient que des éloges, si l’Agathe de Julia Kleiter, parfaitement homogène et au joli timbre de soprano léger n’était surpassé en puissance et en projection par l’Ännchen espiègle d’Eva Liebau. Tous les autres rôles, en particulier l’Ottokar solide de Michael Kraus, le Kuno de Franck Van Hove (qui est aussi la voix inquiétante de Samiel) et l’Ermite de Stephen Milling, sont impeccables, tout comme le sont les quatre demoiselles d’honneur, ainsi que le chœur plus d’une fois sollicitée.

Mais le grand vainqueur de la soirée est sans nul doute Myung-Whung Chung qui, dès l’ouverture, obtient de l’orchestre de la Scala des sonorités magnifiques, d’une grande densité, riche en vibrations (dans la célèbre tempête à la fin de l’acte deux), tout en sachant également faire preuve d’une incroyable transparence (dans l’invocation à la nuit d’Agathe au début du second acte par exemple), soulignant de la sorte à quel point l’orchestre est l’un des protagonistes de l’opéra. Ses gestes amples et une concentration constante transmise aux musiciens comme aux chanteurs, suggèrent une conception presque sacrée de la musique, et rappellent ceux de Carlo Maria Giulini, dont il a été le prestigieux élève.

 

 
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Compte-rendu. Milan, Teatro alla Scala, Carl Maria von Weber, Der Freischütz, 26 octobre 2017. Michael Kraus (Ottokar), Franck Van Hove (Kuno), Julia Kleiter (Agathe), Eva Liebau (Ännchen), Günther Groissböck (Kaspar), Michael König (Max), Stephen Milling (Ein Eremit), Till von Orlowsky (Kilian), Céline Mellon, Sarah Rossini, Anna-Doris Capitelli, Mareike Jankowski (Demoiselles d’honneur), Franck Van Hove (voix de Samiel), Orchestre et chœurs de la Scala de Milan, Myung-Whun Chung (direction), Matthias Hartmann (mise en scène), Raimund Orfeo Voigt (décors), Marco Filibeck (lumières), Susanne Bisovsky et Josef Gerger (costumes), Bruno Casoni (chef des chœurs).

 
 
 

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