Compte-rendu. Milan, Scala, le 27 octobre 2017. VERDI : Nabucco. Nucci, La Colla… Daniele Abbado

scala-nabucco-octobre-2017-compte-rendu-critique-review-by-par-classiquenewsCompte-rendu. Milan, Scala, le 27 octobre 2017. VERDI : Nabucco. Nucci, La Colla… Daniele Abbado. Sur scène, pour figurer le temple de Jérusalem menacé de destruction, de gros blocs de béton gris rappelant le mémorial berlinois de l’holocauste, une utilisation ingénieuse de la vidéo en noir et blanc élargissant le champ visuel des mouvements de foule (le chœur, comme dans tous les opéras patriotiques de Verdi y est essentiel), clin d’œil à l’esthétique néo-réaliste (plus qu’expressionniste, même si le défilé d’ombres blanches au dernier acte pour illustrer les délires du roi assyrien s’en rapprochent) : la reprise de la lecture efficace de Daniele Abbado, donnée ici même à la Scala en 2013, est sans doute le point fort de cette production milanaise.

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Car pour incarner le premier et l’un des plus célèbres succès verdiens dans le théâtre qui l’a vu naître et a accompagné plus d’un siècle et demi durant sa triomphale carrière, on a fait appel à deux dinosaures de la musique du maître de Bussetto : le chef Nello Santi, qui dirigeait Rigoletto déjà en 1951, et Leo Nucci dans le rôle-titre, qui a commencé sa carrière il y a exactement un demi-siècle, la consacrant presque exclusivement à Verdi qu’il connaît du bout des lèvres. Si la direction du premier est honorable (l’ouverture, martiale à souhait, laisse transparaître l’équilibre des pupitres dans les moments élégiaques), la voix du second trahit davantage les méfaits de l’âge, moins visibles pourtant lors de sa dernière prise de rôle au Staatsoper de Vienne en février dernier, ou même dans Ernani à Toulouse le mois suivant. L’expérience est là, la noblesse du chant et le soin de la diction aussi, la chaleur des longues notes tenues, mais le vibrato instable et la projection poussive sont parfois des supplices pour l’oreille. On objectera que cette (involontaire) incarnation sied à un personnage qui se définit lui-même à l’acte III comme « l’ombre d’un roi » et ce sera une juste raison pour dédouaner un défaut dans un autre contexte rédhibitoire.
On attendait au tournant Abigaille, l’un des rôles les plus dramatiques et les plus intéressants vocalement de Verdi. Les premières prises de parole de Martina Serafin semblaient a priori faire bonne impression : organe puissant, timbre cuivré à la Miriciou, impétueuse à souhait, elle tombe hélas rapidement dans les travers de la diva belcantiste et frise la caricature ; poussive dans le registre aigu, elle ne peut corriger un certain manque de justesse d’émission et les contours cuivrés de la voix sont finalement plus métalliques que mordorés. Même déception du côté du Gran Sacerdote de Giovanni Furlanetto, timbre sans charisme et trahissant à son tour une certaine fatigue. Quid de la noblesse du chant qu’est censé incarner l’opéra romantique ? Mikhail Petrenko campe en revanche un Zaccaria plus convaincant, et les graves somptueux compensent quelque instabilité dans le registre aigu et une prononciation parfois aléatoire. L’Ismaele de Stefano La Colla et la Fenena d’Annalisa Stroppa sont sans nul doute les deux interprètes les plus solides ; magnifique voix charnue, moelleuse et stupéfiante d’aisance du premier, mezzo de bronze solidement charpentée de la seconde. Quant aux deux rôles secondaires d’Anna et d’Abdallo, respectivement tenus par le joli timbre du ténor Oreste Cosimo et la voix légère, mais solidement posée d’Ewa Tracz, ils ne déméritent en aucune manière.
Les chœurs toujours impeccablement conduits par Bruno Casoni et la beauté visuelle de la scénographie permettent de faire oublier les faux-pas de la distribution, mais pas le plaisir d’assister à une représentation de l’œuvre dans le théâtre qui l’a vu naître.

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Compte-rendu. Milan, Teatro alla Scala, Giuseppe Verdi, Nabucco, 27 octobre 2017. Leo Nucci (Nabucco), Stefano La Colla (Ismaele), Mikhail Petrenko (Zaccaria), Martina Serafin (Abigaille), Annalisa Stroppa (Fenena), Oreste Cosimo (Abdallo), Ewa Tracz (Anna), Giovanni Furlanetto (Il Gran Sacerdote), Orchestre et chœurs de la Scala de Milan, Nello Santi (direction), Daniele Abbado (mise en scène), Alison Chitty (décors et costumes), Alessandro Carletti (lumières), Bruno Casoni (chef des chœurs). A l’affiche de la Scala de Milan, NABUCCO jusqu’au 19 novembre 2017

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