COMPTE-RENDU, concert. PARIS, Philharmonie, le 22 mars 2018. BERNSTEIN : MASS. Sykes, Wayne Marshall, direction

Leonard LeaningCOMPTE-RENDU, concert. PARIS, Philharmonie, grande salle, le 22 mars 2018. BERNSTEIN 2018 : MASS. La vague Bernstein prend des airs, en cette annĂ©e de centenaire planĂ©taire, de
 revanche, surtout Ă  Paris. De son vivant, la carriĂšre du chef a toujours Ă©clipsĂ©e celle du compositeur ; or malgrĂ© le succĂšs incontestable de West Side Story (1957), l’auteur a souffert d’un manque de reconnaissance et d’estime, du public comme du milieu musical. CĂ©lĂ©brations 2018 oblige, Leonard Bernstein comme c’est le cas de Debussy, est tout de mĂȘme honorĂ© a minima : service minimum en effet du cĂŽtĂ© des maisons d’opĂ©ras (quid de Candide, On the Town, Trouble in Tahiti, sur les grandes scĂšnes lyriques nationales 
?) ; on ne parlera pas des symphonies : transparentes, inaudibles dans les programmations en cours. A moins que la dĂ©claration des nouvelles saisons 2018 – 2019, ne rĂ©Ă©quilibre prochainement les choses. Quoiqu’il en soit, une oeuvre, Ă©clectique, plĂ©thorique, bigarrĂ©e, kaleidoscopique mais fraternelle, semble avoir suscitĂ© une adhĂ©sion massive de la part des programmateurs : MASS. Avant l’Orchestre national de Lille qui promet une clĂŽture de sa saison 2017-2018 spectaculaire (29 et 30 juin 2018), voici donc cette oeuvre inclassable, entre la variĂ©tĂ©, le rock, la comĂ©die musicale et l’oratorio, commandĂ©e par Jackie Kennedy, 3 ans aprĂšs l’assassinat de son Ă©poux, pour inaugurer le Kennedy Center for Arts de Washington (1972), MASS est une oeuvre que l’on aborde de deux façons : un mixte dĂ©lirant entre le musical et la transe collective, laĂŻque et profane, ou une cĂ©lĂ©bration plus spirituelle, voire subtile, pour le rapprochement des peuples et la fraternitĂ© pacifiste. Bernstein recycle les textes de la liturgie catholique rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e Ă  la sauce pop des seventies, serties de Meditations (3), “pauses” purement instrumentales et symphoniques, plus graves, sombres, aux ondes plus terribles (Ă©cho des guerres contemporaines dont celle du Vietnam)
 La prolixitĂ© et ce mariage des genres crĂ©ent des incongruitĂ©s qui ont choquĂ© le public : partition symphonique, jazz band, guitare Ă©lectrique, chorale d’enfants, choeur adulte, chanteurs de Broadway
 OĂč sommes rĂ©ellement ?… C’est une MASS Ă  y perdre son latin.
Car de plus de 1h30, sa durĂ©e pourrait convoquer l’overdose. Pourtant, dĂšs les annĂ©es 1970, nous voilĂ  bien en prĂ©sence d’une fresque mĂ©tissĂ©e, miroir d’une sociĂ©tĂ© enfin rĂ©conciliĂ©e quoique troublĂ©e dans sa premiĂšre partie, qui finalement assume sa diversitĂ© et chante la Paix universelle.
Il faut un baryton lĂ©ger, ou un tĂ©nor barytonnant, pour relever les dĂ©fis du rĂ©citant, personnage axial qui porte toute la philosophie active : Ă  Paris, c’est Jubilant Sykes qui caractĂ©rise par sa couleur parfois rocailleuse de chanteur gospel, un rien crooneur, un chant proche du texte ; l’air structurant toute la partition et qui pose l’individu, sa vĂ©ritĂ©, sa sincĂ©ritĂ© dans sa vĂ©ritĂ© nue, dĂ©voilĂ©e, au cƓur du dĂ©roulement- le sublime air « A simple song », souligne combien le cƓur et l’amour humains sont les piliers d’une Ɠuvre fraternelle (au delĂ  de l’éclectisme de sa forme). Rien que cette song, – Ă©pure ciblant l’essentiel, (comme dans la Messe en si, les airs avec simple continuos, sont les plus touchants), dĂ©voile ce gĂ©nie de Bernstein pour la mĂ©lodie et pour la prosodie, Ă  travers une ligne vocale aux harmonies des plus subtiles oĂč percent les timbres habilement choisis accompagnant la voix (harpe, flĂ»te). La priĂšre est l’hymne le plus bouleversant de la partition et dans l’oeuvre de Bernstein
 heureusement reprise dans le finale et son appel Ă  la paix fraternelle.
A ses cĂŽtĂ©s, choeurs ou solistes, chacun dans sa partie simultanĂ©e d’une virtuositĂ© Ă©chevelĂ©e (dĂšs le premier tableau sur bande enregistrĂ©e) brillent de la mĂȘme vĂ©ritĂ© canalisĂ©e (chanteurs du chƓur Aedes), oĂč dominent manifestement la dĂ©mesure et le sens du thĂ©Ăątre de la comĂ©die musicale amĂ©ricaine. Belle complicitĂ© entre le baryton officiant / cĂ©lĂ©brant, et ses acolytes dĂ©jantĂ©s (chacun a son numĂ©ro soliste). D’autant que tous jouant sans partition, comme les enfants, soulignent l’énergie des dĂ©placements, le jeu et le mouvement scĂ©nique, l’interaction, la prise Ă  tĂ©moin du public, comme une cĂ©lĂ©bration collective et spectaculaire, d’essence populaire, au sens le plus noble du terme.

 

 

 

Jazzy, Broadway, opératique,

MASS, rite et cĂ©lĂ©bration populaire pour l’amour de l’Autre

 

 

 

BERNSTEIN-leonard-collection-deutsche-grammophon-62-cd-coffret-box-CLIC-de-CLASSIQUENEWS-review-account-ofPendant tout le rituel collectif, la baguette du chef amĂ©ricain Wayne Marshall, veste de velours parme, et toujours trĂšs concentrĂ©, prend Ă  bras le corps cette oeuvre Ă©ruptive, protĂ©iforme, gorgĂ©e de rĂ©fĂ©rences dans tous les registres, et sait, sainte vertu, mesurer, nuancer, surtout soigner les Ă©quilibres et prĂ©server coĂ»te que coĂ»te l’intelligibilitĂ© de chaque partie comme la finesse des intonations (les pianos sont pianos
 ainsi surgit et se dĂ©ploie enfin une finesse proche de l’opĂ©ra) ; c’est un travail d’orfĂšvre, de trĂšs grande sensibilitĂ©, qui Ă©vite ce que l’on entend souvent chez Bernstein : la dĂ©goulinade crĂ©meuse, la surenchĂšre vulgaire, au nom de sa gĂ©nĂ©rositĂ© dĂ©bordante. Grave contre sens. Les MĂ©ditations (aux rĂ©sonances sombres Ă  la Chosta, vĂ©ritable mĂ©moires d’un siĂšcle marquĂ© par les atrocitĂ©s de la guerre et de la barbarie inhumaine, avec dans la premiĂšre l’orgue en son mystĂšre inquiĂ©tant
), les choeurs recueillis habitĂ©s par un souffle spirituel, convoquent cet Amour de l’Autre auquel nous invite ardemment le grand Lenny. Honneur Ă  son esprit fraternel. La rĂ©alisation des chanteurs, du soliste, des choeurs et du chef est exemplaires.
Prochaine Ă©tape de la rĂ©surrection de ce sommet collectif profane hors normes
 Ă  LILLE, en clĂŽture de la saison 2017 – 2018 de l’Orchestre National de Lille, les 29 et 30 juin 2018, sous la baguette bondissante, dĂ©taillĂ©e d’Alexandre Bloch. A suivre.

 

 

 

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COMPTE-RENDU, concert. PARIS, Philharmonie, grande salle, le 22 mars 2018. BERNSTEIN 2018 : MASS. Oratorio scĂ©nique, textes liturgiques romains, textes de Stephen Schwartz et du compositeur – CrĂ©Ă© au Kennedy Center for the Performing Arts, Washington, le 8 septembre 1971.
Jubilant Sykes, baryton,
Ensemble Aedes (solistes) / Chef de chƓur : Mathieu Romano
ChƓur d’enfants de l’Orchestre de Paris / ChƓur de l’orchestre de Paris / Chef de chƓur : Lionel Sow / Orchestre de Paris. Wayne Marshall, direction

 

 

 

 

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VIDEO. REVOIR, JUGER SUR PIECES, jusqu’au 21 mars 2020 : MASS de BERNSTEIN par Aedes, Wayne Marshall, Jubilant Sykes, … Ă  La Philharmonie de Paris :
https://www.arte.tv/fr/videos/081624-000-A/wayne-marshall-et-l-orchestre-de-paris-interpretent-mass-de-bernstein/

 

 

 

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