Compte-rendu concert. Paris,Philharmonie 1.Le 24 nov 2015; Beethoven, Rimski-Korsakov,D.Fray,piano.Tugan Sokhiev

Sokhiev_Tugan_Tugan-Sokhiev2-credit-Mat-HennekLa Philharmonie de Paris a fait grand bruit avant son inauguration en 2014 et depuis a une programmation exemplaire en termes de diversitĂ© autant que d’excellence et une frĂ©quentation qui en impose. La beautĂ© du bĂątiment de Jean Nouvel dont les abords ne sont pas tout Ă  fait terminĂ©s sĂ©duits par une prĂ©sence originale. Monter les escalators et pousser la porte de la salle rĂ©serve une surprise de taille. Ce n’est pas la seule largeur de la salle qui impressionne mais sa beautĂ©, son originalitĂ©, sa gourmandise. Rien de symĂ©trique mais des courbes, des rubans, des corbeilles. Des couleurs de dessert Ă  base des trois chocolats, noir, lait et blanc ; des caramels, de la crĂšme de lait ou fouettĂ©e ; du croquant, du miel. Cette douce beautĂ©, dans des Ă©clairages chauds, crĂ©Ă©e une sorte d’intimitĂ© familiĂšre et offre une visibilitĂ© parfaite. L’oreille est Ă  la fĂȘte avec une prĂ©cision incroyable permettant d’entendre le son le  plus infime et une Ă©lĂ©gante rĂ©verbĂ©ration qui permet mĂȘme aprĂšs le forte le plus sonore un trĂšs court Ă©cho qui donne espace et vie. Probablement la plus belle acoustique de l‘Hexagone pour les grandes formations et l’une des meilleures de la planĂšte.

C’est dans ce vaste vaisseau plein d’un public nombreux que l’Orchestre du Capitole a offert une concert trĂšs applaudi. Le pianiste David Fray originaire du Sud-Ouest Ă©tait le concertiste. Tugan Sokhiev, l’orchestre et lui se connaissent bien. Pourtant le jeune pianiste est entrĂ© sur scĂšne tendu et n’a pu se dĂ©tendre que lors du deuxiĂšme mouvement. Sa sensibilitĂ© et la dĂ©licatesse de son jeu trouvent dans la direction de Tugan Sokhiev un partenaire idĂ©al. La salle permettant de doser trĂšs finement les nuances l’exposition de l’orchestre a mis la barre trĂšs haute en une vĂ©ritable symphonie de couleurs et nuances et un phrasĂ© d’une noble Ă©lĂ©gance. L’entrĂ©e du piano a Ă©tĂ© tout en dĂ©licatesse et musicalitĂ©. Le dialogue a Ă©tĂ© osmotique avec un orchestre d’une beautĂ© de chaque instant. Le mouvement lent a Ă©tĂ© le moment de grĂące attendu, dialogue de pure poĂ©sie. L’énergie du final, les jeux de  rĂ©ponses entre l’orchestre et le soliste, la joie partagĂ©e ont Ă©tĂ© une apothĂ©ose vivifiante. Le jeune pianiste a offert en bis une piĂšce de Schubert en forme de mĂ©lodie hongroise d’une grande dĂ©licatesse.

En deuxiĂšme partie, Tugan Sokhiev nous fait voyager dans les contes de mille et une nuits. Son interprĂ©tation du poĂšme symphonique ShĂ©hĂ©razade de Rimski-Korsakov est thĂ©Ăątrale et poĂ©tique. Le souffle de l’Orient le plus idĂ©alisĂ© a soufflĂ©. Le violon solo de GeneviĂšve Laurenceau a Ă©tĂ© parfait de sensualitĂ© et de virtuositĂ© avec des sonoritĂ©s pures et aĂ©riennes. Chaque famille de l’orchestre a brillĂ© par une prĂ©sence ardente et une dĂ©licatesse de timbres et de nuances que la salle a magnifiĂ©es. La direction souple de Tugan Sokhiev, son plaisir partagĂ© avec son orchestre rĂ©vĂšlent une qualitĂ© dâ€˜Ă©change rare. Le public y a Ă©tĂ© sensible qui a ovationnĂ© la phalange toulousaine et son chef. Quand on sait la valeur des orchestres rĂ©cemment invitĂ©s dans cette salle (dont le Philharmonique de Berlin)  on mesure le succĂšs artistique de cette Ă©quipe Toulousaine.

Une remarque sur la qualitĂ© de la salle qui permet Ă  l’orchestre de dĂ©velopper des nuances que leur habituelle Halle-aux-Grains mange ou sature. Il me semble que les qualitĂ©s de l’orchestre du Capitole ne se rĂ©vĂšlent qu’à 75% dans la Halle-aux-Grains. EspĂ©rons que le projet de la nouvelle salle verra le jour rapidement Ă  Toulouse afin que le public mesure encore mieux la qualitĂ© de son Orchestre qui a ce soir enthousiasmĂ© les Parisiens. Il y va de l’avenir d’un projet artistique de grande valeur.  Ce serait dommage que le public toulousain ne bĂ©nĂ©ficie pas des meilleurs concerts de Son Orchestre !

Compte-rendu concert. Paris. Grande salle Philharmonie 1.Le 24 novembre 2015;  Ludvig van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour piano n°3 ; Nikolaï Rimski-Korsakov (1844-1908) : Shéhérazade, suite symphonique ; David Fray, piano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse ; Direction : Tugan Sokhiev.

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