COMPTE-RENDU, concert. Metz, le 6 décembre 2018. Récital Brahms, Geoffroy Couteau, piano (1/4).

couteau geoffroy portrait piano concert critique par classiquenewsCOMPTE-RENDU, concert. Metz, Salle de l’esplanade de l’Arsenal, le 6 décembre 2018. Récital Brahms par Geoffroy Couteau (1/4). Artiste associé à la Cité musicale de Metz, le jeune pianiste français Geoffroy Couteau se lance un joli défi en s’attaquant – à la faveur de quatre concert répartis sur deux saisons – à l’intégrale pour piano seul de Johannes Brahms – qu’il a cependant déjà enregistrée pour le label Dolce Vita il y a deux ans de cela. Il l’a fait de manière chronologique, parcourant ainsi une période courant de 1851 à 1893, années pendant lesquelles Brahms confie à son instrument préféré ses aspirations et ses confidences. Mais rappelons que l’histoire d’amour entre le compositeur allemand et Geoffroy Couteau ne date pas de ce disque, puisqu’à l’issue de ses études au CNSM de Paris, il avait remporté, en 2005, le premier prix du prestigieux Concours international Brahms de Pörtschach.

Sonorités transparentes, lignes mélodiques harmonieuses, énergie rythmique prégnante, densité sonore : voici quelques-unes des lignes de force de l’œuvre pour piano de Brahms. C’est ce qui fait de chacune de ses œuvres un bijou de puissance et de finesse mêlées, mais c’est aussi ce qui rend leur interprétation si risquée : au-delà de la difficulté technique, le véritable enjeu est de rester fidèle à cette écriture si riche et subtile. C’est avec les Quatre Ballades op.10 (1854) que l’artiste débute son récital. L’énergie rythmique, les contrastes dynamiques, les plans sonores, tout cela est parfaitement maîtrisé ici. Il résulte de son toucher un sentiment de légèreté et de plénitude qui, même dans les parties plus énergiques, plus harmoniques, et plus brutales, semble mis au service d’une atmosphère extatique.

Couteau poursuit avec la Sonate N°2 op.2 (mais en fait, chronologiquement, la première qu’il ait composée…). Dans cette œuvre en quatre mouvements, Brahms passe constamment d’un univers sonore à l’autre. Grandiose, majestueux, puis léger, fragile, martelant d’imposants accords puis effleurant quelques délicates notes, laissant s’épanouir quelques mélodies lumineuses, puis faisant surgir des rythmes lancinants, il exige du pianiste une sensibilité et une virtuosité éclatantes. Sous les doigts de Couteau, les thèmes surgissent, se modifient, périssent et ressuscitent naturellement : l’épanouissement sonore subjugue avant de céder la place à une finesse transparente…

En deuxième partie de soirée, les Trois Intermezzi op.117 (1892) sont en revanche un opus que Brahms composa vers la fin de sa vie, ouvrage d’un grand lyrisme, teinté de nostalgie, ce qui le différencie de la fraicheur intériorisée des Ballades entendues en première partie. Le premier Intermezzo, tout spécialement, nous laissera un souvenir profond : Couteau le pare de couleurs nocturnes et crépusculaires, car c’est bien le serein adieu d’un compositeur au soir de sa vie que cette pièce évoque. Il clôture son programme avec les Variations sur un thème de Paganini op.35, qui exploite le thème du 24e Caprice du célèbre violoniste italien (que Liszt et Schumann avaient déjà réutilisé pour des contrepoints pianistiques). Là encore, l’agilité formidable de Couteau se double d’une extrême délicatesse, donnant à chacune de ces variations une empreinte particulière, tantôt espiègle, tantôt hargneuse, tantôt timide. Le pianiste fait défiler avec maestria une abondante imagerie de sentiments et d’affects, qui lui vaut de chaleureux vivats de la part d’un public messin venu nombreux entendre le jeune prodige.

Bref, à vos calendriers pour la seconde journée de son cycle Brahms… elle aura lieu le 30 avril au même endroit !

 

 

 

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COMPTE-RENDU, concert. Metz, Salle de l’esplanade de l’Arsenal, le 6 décembre 2018. Récital Brahms par Geoffroy Couteau (1/4).

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