COMPTE-RENDU, concert. Le TOUQUET Paris-plage, le 16 août 2019. Récital Alexandre Tharaud, piano. RAVEL…

piano-folies-touquet-plage-2019-vignette-festival-annonce-classiquenewsCOMPTE-RENDU, concert. Le TOUQUET Paris-plage, Festival des Pianos Folies, le 16 août 2019. Récital Alexandre Tharaud, piano. GRIEG, BEETHOVEN, HAHN, RAVEL… Par notre envoyé spécial MARCEL WEISS… Un récital d’Alexandre Tharaud ressemble à une conversation entre gens de bonne compagnie. Conversation qu’il ouvre par une sobre présentation de son programme – comme toujours construit avec subtilité – et la justification de ses choix. En l’occurrence, l’envie de rassembler quatre compositeurs qu’il reconnait particulièrement adorer, en un hommage à la musique baroque, française notamment, dont il s’est montré par le passé un talentueux interprète.

Grieg en premier lieu, des extraits de sa Suite Holberg dans sa version pianistique originale : à la cantilène sensuelle de la Sarabande succèdent l’andante religioso de l’Air, émouvant dans sa lumineuse simplicité, et une énergique et rustique Gavotte, sur fond de vielle à roue. Première démonstration d’un art accompli de la suggestion, fait de sonorités impalpables, sans jamais forcer le trait.
En exergue de son interprétation de la Sonate opus 110, Alexandre Tharaud nous brosse le portrait d’un Beethoven affaibli par la surdité, en mal de reconnaissance – considéré quasiment par ses contemporains comme un has been – et pourtant pensant uniquement à inventer de nouvelles formes, à transcender genres et styles, tant pour le quatuor que pour un piano sublimé.
A un premier mouvement tout de légèreté , succède  un allegro molto prudent aux contrastes sensiblement atténués puis un Adagio superbement phrasé, comme improvisé note à note, menant à une fugue double s’élevant majestueusement jusqu’au climax final, à l’émotion contenue. Le tout baigne dans un climat de sérénité préfigurant l’opus 111.

 

 

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L’oeuvre pour piano de Reynaldo Hahn est décidément revenue à la mode, comme en témoignent les enregistrements récents de Bernard Paul-Reynier et de Billy Eidi du cycle du « Rossignol éperdu » dont fait partie « Versailles » : huit saynètes composées dans le domaine royal même, qui constituent, selon Alexandre Tharaud, l’hommage à un monde perdu d’un grand romantique méconnu. Comme autant de reflets de fêtes galantes chatoyants, ciselés à la manière du Ravel de Ma Mère l’Oye, qui s’assombrissent peu à peu jusqu’au dénuement désespéré des deux pièces ultimes, « Hivernale » et « Le Pèlerinage inutile », proches du climat schubertien du Leiermann du « Voyage d’Hiver ».

L’élégance et le quant-à-soi  d’Alexandre Tharaud y font merveille. L’enchainement se fait naturellement avec la mélancolie fin-de-siècle du Menuet de la Sonatine de Ravel, succédant à un premier mouvement – Modéré – déjà baroque par ses perpétuels changements de tempo. La manière dont le pianiste semble faire naître la musique du néant est en soi déjà chose admirable.

 

 

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Difficile de se contenter de la seule version piano pour restituer la frénésie de la Valse ravélienne. A l’instar d’un Glenn Gould ou d’un Roger Muraro, Alexandre Tharaud nous propose sa propre transcription, enrichie de la version pour deux pianos et de l’originale pour orchestre. Dès l’entame de la pièce, comme sortie des ténèbres, le climat angoissant installé présage de la fin apocalyptique d’une valse-hésitation entre ivresse et inquiétude morbide, magistralement conduite avec une science du rythme et du legato sans pareil.
Alexandre Tharaud retrouve sa sérénité et affiche une jubilation communicative avec deux de ses bis de prédilection, la délicate Valse n°19 de Chopin et la redoutable Sonate K.141 de Scarlatti. Par notre envoyé spécial MARCEL WEISS. Illustration / Photo : © Service Communication ville du Touquet-Paris-Plage 2019.

 
 

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