Compte rendu, concert, La Côte Saint André, Festival Berlioz, le 30 août 2017. BERLIOZ : La Damnation de Faust. Hallenberg, Spyres,…Gardiner.

BELRIOZ damnnation de faust festival berlioz 2017 critique review by classiquenewsCompte rendu, concert, La Côte Saint André, Festival Berlioz, le 30 août 2017. La Damnation de Faust. Hallenberg, Spyres, Naouri, Riches / Gardiner. Pourquoi  Berlioz est-il si populaire Outre-Manche, où il est si bien servi, et relativement boudé en France ? Si entre autres le chef François-Xavier Roth le défend avec ardeur, force est de reconnaître que le compositeur est toujours trop rare à l’affiche. A la suite du regretté Colin Davis, John Eliot Gardiner est le plus éminent  des grands berlioziens parmi les baguettes britanniques. Dans la perspective de 2019, où il dirigera Benvenuto Cellini, il a initié dès 2014 un cycle qui lui permet de revisiter les œuvres majeures du plus célèbre des Côtois (nom des habitants de la Côte Saint André). C’est ainsi que Bruno Messina lui a confié la réalisation de la Damnation de Faust pour le Festival Berlioz 2017.

 

 

 

Damnation inspirée & dantesque

 

hallenberg-SPyres-damnantion-de-faust-berlioz-festival-cote-saint-andre-2017-compte-rendu-critique-classiquenewsA la tête de son orchestre Révolutionnaire et Romantique, qui n’aura jamais été mieux nommé, du Monteverdi Choir auquel sont associées deux autres formations, il a réuni les meilleurs solistes : l’extraordinaire ténor américain Michael Spyres, Laurent Naouri, le plus grand de nos barytons-basses, Ann Hallenberg, mezzo suédoise dont on connaît surtout les qualités d’interprète baroque, et le baryton basse Ashley Riches. L’auditorium aménagé dans la cour du Château Louis XI offre un confort visuel et acoustique rare. Le vaste plateau, bien rempli, autorise une mise en espace, efficace, aux moyens les plus simples (déplacements, gestique,  expression corporelle et mimiques), qui suffit à donner un supplément d’expression dramatique bienvenu. D’autre part, il est bien connu que l’engagement physique amplifie le chant de chacun.
La longue familiarité que le chef entretient avec la partition, au contraire d’une routine, l’a conduit à un approfondissement manifeste : même lors des effets de masse, les détails sont toujours perceptibles, les dynamiques ont encore gagné, avec une passion que ne contredit pas l’âge. De l’éclat, de la vigueur de la marche hongroise, du modelé du ballet des sylphes, de l’articulation aérienne du menuet des follets, au lyrisme des interventions de Faust et de Marguerite, avec une course à l’abîme en 3D, un infernal Pandoemonium, toute la palette expressive est illustrée magistralement, avec les lignes incisives ou estompées, avec les couleurs les plus flamboyantes comme les plus voilées, c’est un constant régal.
La légende dramatique trouve ici des interprètes habités, portés par le charisme et la direction de John Eliot Gardiner. Tout d’abord, les chœurs, principalement le Monteverdi Choir, qui accompagne depuis si longtemps son fondateur. Prodigieusement virtuose, il épouse à la perfection les intentions de Berlioz. Paysans, soldats, étudiants, gnomes, sylphes, follets, damnés, démons, esprits  célestes, interviennent tour à tour dans des pages exigeantes, virtuoses. La dynamique, la projection, l’intelligibilité sont permanentes. Il faudrait tout citer pour leur rendre justice.
Enfin, les solistes. On connaît Michael Spyres pour son ample tessiture, pour son style et son égale réussite comme haendelien, mozartien et belcantiste. Il chantait splendidement Enée à Strasbourg en avril dernier. Ce soir, nous en avons la confirmation : malgré ses origines américaines, il s’inscrit dans la lignée des grands ténors  ou baryténors français, avec une énergie et une puissance amplifiées. Son timbre clair, ses riches couleurs, sa projection, son aisance et sa diction en font un Faust de rêve.  Sa quinte aigüe libérée, rayonnante (le « la bémol » pianissimo où culmine son air « Merci, doux crépuscule ») relève du grand art. Il vit intensément son personnage et nous émeut dans sa passion flamboyante (duo avec Marguerite). Son Invocation à la nature est d’une vérité poignante, d’un romantisme absolu et juste. Est-il meilleur Méphitophélès que le bondissant Laurent Naouri, dans la plénitude de ses moyens, en adéquation avec les exigences du rôle ? Impérieux, sarcastique, drôle, hâbleur, le démoniaque corrupteur  prend ici une dimension à la fois humaine et surnaturelle par sa voix, puissante et toujours intelligible, et ses talents de comédien. Rôle charnière, entre mezzo et soprano, Marguerite autorise bien des lectures. Fraîche, noble, d’un romantisme vrai, Ann Hallenberg nous fait aimer le personnage, trop souvent falot. Son humanité, la montée de la passion, son rayonnement tragique sont idéalement traduits. Prise dans un tempo très retenu, la  chanson du roi de Thulé est servie par une voix longue, claire. Le duo avec Faust est un sommet, à la progression admirable. Mais c’est peut-être le célébrissime « D’amour, l’ardente flamme », où le cor anglais lui répond, qui porte le plus d’émotion contenue. Il faut citer aussi le Brander d’Ashley Riches, dont la chanson du rat est fort bien servie  par une voix sûre, bien timbrée et sonore.
Le finale de la dernière partie nous emporte, au plein sens du terme. La course à l’abîme, haletante, effrénée, inexorable, ponctuée par les « hop, hop ! » de Méphistophélès qui triomphe dans le Pandoemonium, avec ses tutti fracassants, ses cuivres et ses percussions agressifs, c’est un tourbillon démoniaque. L’effet est vertigineux, dantesque.  La vision céleste, éthérée avec ses deux harpes et son chœur d’enfants, puis l’apothéose de Marguerite renouent avec la sérénité. Toute la magie berliozienne s’y épanouit, pour le plus grand bonheur des auditeurs. Nous attendons avec impatience l’enregistrement qui devrait suivre, tant la réussite est exceptionnelle.

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Compte rendu, concert, La Côte Saint André, Festival Berlioz, le 30 août 2017. La Damnation de Faust. Hallenberg, Spyres, Naouri, Riches / Gardiner. Illustrations : © Festival  Berlioz de la côte Saint-André 2017

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