Compte rendu, ballet. Paris. Palais Garnier. 4 juillet 2016. William Forsythe : Of any if and, Approximate Sonata, Blake Works 1 (création). Vincent Chaillet, Marie-Agnès Gillot, Hugo Marchand, Ludmila Pagliero, Germain Louvet… Ballet de l’Opéra de Paris. Thom Willems, James Blake, musiques enregistrées.

3 Forsythe à Garnier… Fin de saison néoclassique au Palais Garnier avec une soirée dédiée exclusivement au chorégraphe William Forsythe ! 3 ballets dont une entrée au répertoire et une création mondiale fortement attendue… De la meilleure nourriture pour les fabuleux danseurs de l’Opéra de Paris, pour reprendre une phrase célèbre de son ancien directeur Rudolf Noureev, le visionnaire qui a invité Forsythe pour la première dans la maison parisienne dans les années 80s !

 

 

Forsythe : un sublime sans prétention

 

L’une des pièces-phares du chorégraphe américain, ancien Directeur du Ballet de Francfort, est l’emblématique In the middle somewhat elevated, également commande de Noureev pour l’Opéra de Paris. Tout l’art de Forsythe se trouve superbement représenté dans ce ballet, dont nous avons encore de très bons souvenirs lors de sa dernière reprise en 2012 – 2013 (LIRE notre compte rendu de la soirée Forsythe et Brown du 3 décembre 2012)

 

 

 

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Pour cette soirée estivale au Palais Garnier, le public parisien (et aussi international!) peut explorer davantage le style et l’écriture chorégraphique unique de Forsythe, avec ses légères et distantes influences balanchiniennes. En principe, l’exploration et la découverte se font tôt avec le premier ballet du programme Of any if and (1995), interprété par le Premier Danseur Vincent Chaillet et le Sujet Eléonore Guérineau. Un ballet qui privilégie plus ou moins ouvertement le danseur ; il s’agit d’un pas de deux d’une 20taine de minutes, avec une scénographie les moins épurées de Forsythe, la musique électronique répétitive de Thom Willems, collaborateur fétiche du chorégraphe, et deux acteurs qui lisent un texte incompréhensible pendant la performance, au fond. Tous ces aspects qui dépassent la question chorégraphique font de ce bijou du passé un spectacle qui paraît à nos yeux un délicieux bonbon futuriste et SO post-moderne ! En ce qui concerne la danse, Guérineau surprend avec un sens de la fluidité impeccable en dépit des tensions et relâches désarticulés typiques de Forsythe. Plus central, Vincent Chaillet impressionne encore une fois par son physique de félin, une danse virtuose abstraite, pourtant chargée de sensualité, de contrastes inattendus, parfois bouleversants ; une heureuse entrée au répertoire, plus grâce à la danse elle-même qu’aux curieuses distractions scénographiques.

Approximate Sonata (1995, entrée au répertoire de l’Opéra en 2006), paraît plaire beaucoup au public parisien. De toutes les pièces de Forsythe elle doit être pour nous une de moins distinctes. Il s’agît d’une série de pseudos pas de deux, où la notion de l’improvisation est plus ou moins frôlée. Intéressant, mais modeste en comparaison aux commandes de la maison telles que Woundwork 1, Pas./Parts, entre autres ; ce ballet brille ce soir surtout grâce aux interprètes, particulièrement les Etoiles Marie-Agnès Gillot, Eleonora Abbagnato et Alice Renavand. L’oeuvre la plus balanchinienne au programme, toujours sous une musique de Willems, elle fut l’occasion de voir la Gillot championne de Forsythe, délicieuse et parfaitement désarticulée, à la virtuosité ravissante et insolente… Une Renavand coquette et pas trop glaciale, d’un superbe entrain sur la scène ! Remarquons aussi le Premier Danseur Alessio Carbone, en bonne forme et fort dans le style.

La soirée se termine avec la création mondiale de Blake Works 1 (on attend avec impatience le n°2!), sur une musique du jeune artiste électro-soul James Blake. Très fortement attendue comme toute création de Forsythe à Paris, le ballet nous a d’abord étonnés par la musique de l’artiste anglais qu’on ne connaissait absolument pas (merci Bill pour la découverte!). Découpé en 7 morceaux (7 chansons du dernier album du chanteur), le ballet commence avec 21 danseurs sur scène habillés plus ou moins en tenue de répétition stylisée, dans la sublime tonalité du bleu-vert fumée (costumes de Forsythe et Dorothée Merg). Une série de mouvements contrapuntiques s’enchaîne pour arriver au trio qui suit, avec la performance pétillante et stimulante du jeune Coryphée Pablo Legasa, avec un haut du corps ravissant et une danse fabuleusement syncopée et décalée. Un pas de deux qui aurait dû faire mouche avec Léonore Baulac et François Alu, paraît être un hommage au Balanchine amoureux des femmes et qui ne voyait dans le danseur qu’un accessoire pour la Prima Ballerina. Ainsi Baulac est toute virtuose et toute expressive, Alu, le seul habillé en jean baggy noir et t-shirt vert, a le rôle le plus utilitaire de sa vie, et nous fait désirer désespérément l’arrivée du morceaux suivant. Et bien heureusement le 4e mouvement met au centre la fabuleuse Etoile Ludmila Pagliero, ainsi que la Baulac et deux révélations dans les performances d’Hugo Marchand et de Germain Louvet. Une sorte d’hommage à la danse française, avec la signature décontractée, déconstruite, acrobatique de Forsythe, c’est aussi le moment le plus vivace, le plus entraînant et le plus glam de la soirée ! Hugo Marchand suit un chemin qui le mènera peut-être à devenir un véritable objet de dévotion (à la Noureev ! -croisons les doigts-), avec son physique plus qu’imposant, une technique remarquable, souvent virtuose, toujours palpitant d’une joie de vivre qui frappe chaque fois l’auditoire… Germain Louvet est aussi un espoir rayonnant de la compagnie, un brin plus sévère et moins sauvage que Marchand, sa performance a été tout simplement … excellente. En ce qui concerne les danseuses, leur joie immense est explicite lors de l’exécution des pas d’une extrême exigence, tout attitudes, cabrioles petites et grandes, battements insolites, pointes insolentes… festival porté par le rythme frémissant du morceau « I hope my life ».
Une création dont nous parlerons sans doute pendant longtemps, avec une inspiration qui fait penser parfois à, surprise, Balanchine, mais qui est surtout un hommage à la beauté séduisante de la technique française, d’une élégance illimitée, avec les ports de bras les plus romantiques, des sauts de biche ravissants… Dans le cadre si prestigieux du Palais Garnier, Forsythe offre aux danseurs les meilleures opportunités de briller, apparemment sans difficulté, et surtout offre au public de l’Opéra une expérience audacieuse et rare! Son amour pour la danse classique et son intelligence personnelle font que sa démarche demeure créatrice et inspirante, à l’opposé de certains directeurs de ballet en apparence réfractaires à la gloire et aux bonheurs du patrimoine qu’est la danse académique « made in Paris ».

 

 

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Une fin de saison chic choc, virtuose et resplendissante de bonheur, une soirée où la protagoniste est l’excellence sans prétention. Trois ballets, dont une création tout simplement inoubliable, à vivre, voir et revoir sans modération, et même très fortement recommandée à tous nos lecteurs ! A l’affiche du Palais Garnier les 7, 8, 9, 11, 12, 13, 15 et 16 juillet 2016.

 

 

 

Compte rendu, ballet. Paris. Palais Garnier. 4 juillet 2016. William Forsythe : Of any if and, Approximate Sonata, Blake Works 1 (création). Vincent Chaillet, Marie-Agnès Gillot, Hugo Marchand, Ludmila Pagliero, Germain Louvet… Ballet de l’Opéra de Paris. Thom Willems, James Blake, musiques enregistrées.

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