CD. Verdi : Boccanegra (Hampson, Zanetti, 2013)

CD. Verdi : Simon Boccanegra (Hampson, Zanetti, 2013) … EnregistrĂ© Ă  Vienne (Konzerthaus) en mars 2013, cette nouvelle lecture de Simon Boccanegra (1856) qui prend Ă  son compte toutes les corrections finales entreprises par Verdi avec Boito (1879), saisit immĂ©diatement par son engagement collectif, le souffle dramatique souvent Ă©lectrique permis par les excellents instrumentistes du Wiener Symphoniker (preuve qu’aux cĂŽtĂ©s du Philharmoniker) le ” Symphoniker ” souvent minorĂ© (au profit des Philharmoniker), affirme dans les 2 cd, une santĂ© expressive remarquable, modulĂ©e avec finesse et profondeur psychologique par le chef Massimo Zanetti : la direction jamais dĂ©monstrative recherche la vĂ©ritĂ© souvent tĂ©nue et intĂ©rieure des personnages ; Ă  l’Ă©coute des phrasĂ©s et des multiples accents ciselĂ©s d’un verbe ainsi rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©, le maestro rĂ©ussit un Verdi surtout thĂ©Ăątral, d’un raffinement de nuances exemplaire. VoilĂ  Ă©videmment une superbe surprise pour l’annĂ©e du bicentenaire Verdi 2013.

 

 

 

Hamspon, Zanetti : duo Ă©patant

 

boccanegra_verdi_hampson_deccaLe gĂ©nie diseur de Thomas Hampson fait merveille, dans un tel Ă©crin orchestral. La balance orchestre et voix est mĂȘme idĂ©ale, mettant toujours le sens et les intentions du chant au devant de la scĂšne. Son Boccanegra a l’Ă©toffe des grands acteurs, fabuleux lion solitaire, marquĂ© par ses actes (des choix difficiles qui politiques montrent son Ă©thique valeureuse), assumant pleinement son dĂ©sir de justice sociale : voici et le politique impressionnant et moralement noble, et le pĂšre aimant, comblĂ© mais destinĂ© Ă  la mort… Le baryton exprime tous les gouffres amers d’un ĂȘtre devenu par amour (pour la fille de Fiesco, Maria hĂ©las morte trop tĂŽt), un vĂ©ritable homme d’Ă©tat : politique avisĂ©, grand par son inĂ©luctable humanisme … (le voici le modĂšle tardif de tous les opĂ©ras serias du XVIIIĂš : Boccanegra, doge de GĂȘnes est un prince inspirĂ© par les LumiĂšres, et les plus hautes valeurs morales de fraternitĂ© comme de paix). Sous l’Ă©toffe de cet homme admirable, Hampson laisse percer naturellement les tiraillements de l’homme, amoureux dĂ©possĂ©dĂ©, pourtant pĂšre rĂ©compensĂ© …  le venin qui l’oppresse de façon croissante, offre de façon manifeste cette Ă©treinte insupportable du destin sur un coeur maudit … toute l’esthĂ©tique sublime et tragique de Verdi se concentre lĂ  ; dans ce destin irrĂ©pressible, au moment oĂč devenant doge, Simon comprend qu’il a perdu celle qu’il aime … vertiges du solitaire abandonnĂ© qui est cependant un politique incontournable (comme Philippe II dans Don Carlo : roi redoutĂ©, homme dĂ©truit parce que celle qu’il aime et qu’il a Ă©pousĂ©, Elisabethn ne l’aime pas …).
Aux cĂŽtĂ©s du Boccanegra d’Hampson, aussi fin et vraisemblable que celui contemporain de Domingo), le Paolo de Luca Pisaroni partage un mĂȘme sens du mot, un style mesurĂ© et racĂ© qui place lĂ  encore le texte, rien que le texte et son articulation dramatique au premier rang.  Force noire agissant dans l’ombre, celui qui instille le poison dans la vie de Simon gagne une prestance remarquable.  Le tĂ©nor maltais Joseph  Calleja nous déçoit lĂ©gĂšrement : son abattage textuel n’a pas le mordant comme l’Ă©clat de ses partenaires masculins ; les aigus sont Ă©trangement voilĂ©s et vibrĂ©s ; seule la couleur naturelle et ce style naturellement phrasĂ© ressortent et sauvent un rĂŽle qui n’est peut-ĂȘtre pas rĂ©ellement fait pour lui. L’intensitĂ© juvĂ©nile, sa vaillance, l’hĂ©roĂŻsme du jeune amoureux d’Amelia lui Ă©chappent. Reste la soprano Kristine Opolais : habituĂ©s au style raffinĂ© de Hampson, on cherche en vain Ă  comprendre son texte ; de toute Ă©vidence, malgrĂ© une technique solide (souffle, hauteur assumĂ©e, passages des registres…), la cantatrice affiche un grain de voix trop … vieux pour le rĂŽle : toute la candeur et l’Ă©lĂ©gance princiĂšre de la fille de praticien gĂ©nois Ă©chappent Ă  sa prise de rĂŽle (n’est pas Kiri Te Kanawa qui veut).
Pour l’expression d’une Ăąme tourmentĂ©e qui cherche la paix intĂ©rieure, qui aspire coĂ»te que coĂ»te Ă  la rĂ©concilation politique, cette version portĂ©e par Thomas Hampson atteint l’indiscutable rĂ©ussite de son ainĂ© Placido Domingo : Boccanegra rĂ©cent, depuis son passage de tĂ©nor en baryton. Que le chef et ses instrumentistes suivent le baryton amĂ©ricain dans cette esthĂ©tique de la nuance et de l’intensitĂ© dramatique, fait toute la valeur de cette nouvelle version discographique : on acquiesce sans rĂ©serve Ă  ce dramatisme de haute volĂ©e, oĂč le dernier symphonisme de Verdi (avant Otello composĂ© avec le mĂȘme Boito), la rĂ©Ă©criture de certains passages collectifs (comme la scĂšne du Conseil au I) ou plus introspectifs oĂč l’approche plus psychologique des protagonistes surtout de Simon est davantage fouillĂ©e …  Magistrale. Si l’on rĂ©tablit en complĂ©ment de ce coffret, l’autre rĂ©ussite remarquable signĂ© Jonas Kaufmann dans un rĂ©cital Verdi (chez Sony classical) lui aussi Ă©blouissant, on se dit que contrairement au chant wagnĂ©rien (en pleine dĂ©liquessence – c’est quand mĂȘme le bilan de cette annĂ©e du bicentenaire 2013), les chanteurs verdiens n’ont jamais Ă©tĂ© plus convaincants : Domingo II et Hampson en Boccanegra, Kaufmann en Otello (l’aboutissement le plus bouleversant de son rĂ©cent rĂ©cital Verdi), l’opĂ©ra verdien a encore de beaux jours devant lui.  Coffret incontournable.

 

Verdi : Simon Boccanegra. Thomas Hamspon, Luca Pisaroni, Joseh Calleja, Kristine Opolais … Wiener Symphoniker, Wiener Singakademie. Massimo Zanetti, direction. Enregistrement rĂ©alisĂ© Ă  Vienne en mars 2013.  2 cd D

 

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