CD. Renée Fleming : Winter in New York (1 cd Decca): la nouvelle diva jazz ?

fleming renee soprano decca renee fleming cd deccaRenée Fleming : Winter in New York (1 cd Decca). Noël à New York… La nouvelle diva jazz ? Une affiche de partenaires somptueuse. Les chanteurs Kurt Elling, Gregory Porter, Rufus Wainwright, les trompettistes Chris Botti et Wynton Marsalis, le pianiste surdoué et roi de l’impro, Brad Mehldau…. autant dire que pour ce nouveau disque non lyrique, la superdiva américaine Renée Fleming a su s’entourer de pointures particulièrement aguerries et les plus raffinées même comme les plus originales de la planète jazz … Ils sont tous, chacun dans leur registre, des stars de la scène américaine…  Sous la neige à Central Park (Serenade de la plage 10), à la nuit tombée ou reprenant certains standards parmi les plus connus du répertoire de Noël, la diva s’accordent plusieurs duos musicalement sertis et ciselés qui montrent que si la voix lyrique a évolué, la cantatrice n’a rien perdu de sa musicalité. Les fans de la diva américaine seront enchantés de retrouver leur interprète dans des atours glamour, blues, folk, groove d’une nouvelle voix retravaillée en sirène jazzy au service d’un répertoire qu’elle sert avec la finesse,  l’élégance,  le style que nous lui connaissons: la straussienne diseuse enchanteresse n’a rien perdu de son élégance, ni sa prodigieuse musicalité que le micro et le format intimiste du studio soulignent avec une subtilité réellement délectable ; serait-ce une nouvelle carrière vocale pour celle qui après avoir chanté tous les grands rôles de soprano lyrique et même dramatique (vériste), a confirmé prendre se retraite des scènes d’opéra ?  N’écoutez que pour vous en convaincre la totale réussite de Sleigh ride (plage 7) en toute et parfaite complicité avec le trompettiste Wynston Marsalis une évidente oeuvre de complicité collective et si musicale que ne renierons pas les amateurs de jazz: la féminité suave un rien facétieuse de la diva son abattage, son instinct motorique, font mouche accompagnée par des cuivres d’une finesse de ton irrésistible. Même énergie très “comédie musicale” mais avec un sens du verbe qui doit à son passé de cantatrice,  ce relief linguistique fruité très particulier dans l’excellent portrait du Père Noël : The man with the bag (plage 11)… Rares, les cantatrices capable d’une “reconversion” musicale. les hommes ont la faculté de changer de tessiture sans perdre la maîtrise de leur organe lyrique (voyez le ténor Placido Domingo, devenu nouveau baryton vaillant) ; Renée Fleming incarne un autre type de reclassement, plus audacieux car il y faut apprendre de nouveaux codes : et si la diva de l’opéra réussissait son nouveau défi comme chanteuse de jazz ?

 

 

 

Renée Fleming amoureuse enneigée…

La Nouvelle diva jazz

 

CLIC_macaron_2014Le programme s’ouvre par le premier duo avec le trompettiste Wynton Marsalis (Winter Wonderland), où brillent les superbes accents mordants enjoués de son instrument bouché;  Renée Fleming y redouble de sensualité narrative,  un medium fourni et charnel délicieusement léger que sublime la complicité nuancée et ciselée des timbres cuivrés. Puis dans Have yourself a Merry Little Christmas, on aimerait pouvoir bénéficier de chanteurs aussi parfaits dans l’insouciance enchantée pour le temps de Noël que ce deux là : ce sont deux voix instrumentales d’une claire et vive entente : Gregory Porter et Renée Fleming signent le meilleur duo du programme (avec les deux suivants réalisés avec Kurt Elling). Très influencé par la musique soul de Marvin Gaye et le jazz de Nat King Cole, Gregory Porter apporte à lui seul cette couleur fine, elle aussi très rythmique et corsée qui s’accorde idéalement à la musicalité classique de sa complice.
Jazzy, le programme est capable de varier les climats et les associations de timbres comme l’indique clairement le duo féminin qui suit : Silver Bells comme une ballade de deux folk singers associe le grain median de Renée Fleming au clair soprano Kelli Ohara – perfection de deux timbres sur le même mode tendre,  épique,  celui d’une confession sereine, enivrée qui revisite pourant un standard tant de fois repris du temps de Noël. Même reprise et plus nuancée encore, Merry Christmas darling joue la carte d’une berceuse sensualité aux scintillements instrumentaux avec l’excellent Chris Botti (trompette feutrée idéalement crépusculaire murmurée faisant halo pour la voix d’une amoureuse à Noël).

Plutôt marquée “années 1990″, Snowbound réalise le duo amoureux le plus convaincant de l’album : il affirme une sensualité partagée avec la voix du chanteur au timbre incroyable Kurt Elling né en 1967 à Chicago : ballade de deux âmes complices. Dans In the bleak midwinter, saluons tout autant la couleur folk et un nouveau chambrisme feutré avec voix de ténor de Rufus Wainwright : la diva y retrouve presque son legato et le registre aigu de son ancien emploi de chanteuse lyrique.  Une immersion tendre qui touche elle aussi par son sens de la nuance et de la subtilité. .. un modèle de duo millimétré à rebours de la variété qui ne s’encombre plus d’une telle maîtrise et de tant de détails contrôlés…
Nous l’avons déjà cité : “The man with the bag…” est une grande réussite, clin d’oeil à une instrumentation années 1960 où scintillent les grelots du traîneau du Père Noël… (c’est dire le soin des ingénieurs du son dans leur montage) avec les Marimba, dans une mélodie plutôt très chanté : Renée fait valoir son abattage instrumental,  le velouté feutré du timbre d’une voix qui résonne surtout dans le médium et le semi grave.

Plus introverti, comme une prière presque grave, Love and hard times, fait jaillir aux côtés du saxo, le piano en vrai dialogue du complice Brad Mehldau : le claviériste improvisateur, né à Jacksonville sur la côte Est des USA en 1970, a un sens du swing génial, idéalement à l’écoute de sa partenaire… Pour Renée Fleming, la magie de Noël c’est peut-être moins le Père Noël et les sapins décorés qu’un climat d’effusion, une entente née d’une rencontre improbable ; ce que la diva nous rappelle, en guise de conclusion (Still, Still, Still), dernier duo qui fonctionne réellement bien avec Kurt Elling, même complicité que dans leur premier duo, plage centrale du disque (Snowbound, qui est aussi le morceau le plus long de l’album). Pour nous la reconversion de Renée est réussie, gageons que ce disque trouvera son public.

Renée Fleming : Winter in New York. Avec Gregory Porter,  Kurt Elling,  Rufus Wainwright,  Wynton Marsalis,  Brad Melhau. .. 1 cd Decca 478 7905. Parution: 17 novembre 2014.

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