CD. Haendel : Messiah, Le Messie (Haïm, 2013, 2 cd Erato)

haendel handel messiah le messie jennens  cd Erato emmnauelle haim 2 cd erato compte rendu critique classiquenewsCD. Haendel : Le Messie (Haïm, 2013, 2 cd Erato). Le Messie s’appuie sur le livret de Charles Jennens qui sélectionne des pages de l’Ancien et du Nouveau testament, soulignant la nature divine et miraculeuse de Jésus, les prophéties énoncées dans l’Ancien testament, s’accomplissant bien dans le Nouveau. Pourtant pas de drame tragique évoquant la Passion et le Sacrifice ni la Résurrection après la mort, mais comme un oratorio, la lumière de la croyance, la ferveur de la foi et de l’espérance qui trouvent dans les images musicales, toujours dramatiques – c’est là le génie lyrique et théâtral de Haendel-, l’accomplissement attendu. Au début des années 1740 – la partition a été “expédiée” en peu de temps (3 semaines seulement) à la fin de l’été 1741 (Jennens se plaindra du manque d’inspiration musicale, d’une indignité patente au regard de l’élévation du livret, en particulier vis à vis de l’ouverture…), le compositeur affirme pourtant sa maturité, réussissant dans le langage de l’oratorio, une évocation pleine de souffle et d’emportements (mesurés cependant) qui passe par l’engagement des chœurs (très présents, acteurs principaux dans cette fresque contemplative plus que narrative), et où les airs solistes développent les sentiments d’admiration, de certitude fervente, d’épanouissement… créé en 1742 à Dublin, puis en 1743 à  Londres, Le Messie ne suscita pas ce triomphe escompté par Jennens. Trop méditatif, pas assez draamtique et spectaculaire comme Samson, Le Messie fut moins apprécié par sa nature immédiatement oratorienne.

De fait, Emmanuelle Haïm semble prendre littéralement à la lettre le mode poétique mais statique des épisodes : la cohésion et la sonorité souveraine du choeur, la plénitude ronde et bondissante du Concert d’Astrée montrent indiscutablement combien Haendel a trouvé – depuis les pionniers : Christie et Malgoire-, des interprètes inspirés, convaincants ; les solistes de cette version sont diversement impliqués : le plus engagé et expressif reste la basse Christopher Purves, et aussi le contre ténor ou alto : Tim Mead (qui faisait aussi la valeur du récent programme des Arts Florissants dédié aux musique haendéliennes pour la Reine Caroline, 1 cd Les Arts Florissants, William Christie Éditions). Plus lisse, la vocalité sans aspérités donc souvent distante de Lucy Crowe, ou l’impassible ténor Andrew Staples. Pour autant prenons nous bien en compte la progression dramaturgique du cycle scindé en trois parties : Prophéties (Annonciation, Nativité) ; Passion (Résurrection puis Ascension) ; Rédemption et salut de l’âme chrétienne compatissante… Ce n’est qu’au cours de la décennie suivante, dans les années 1750 que Le Messie s’imposa et fut véritablement apprécié, quand Haendel le donna chaque Carême à Covent Garden dans la chapelle de sa propre fondation pour les jeunes enfants démunis et abandonnés, du Foundling Hospital à Londres. Il pouvait s’appuyer a lors sur le talent de son castrat favori, l’alto Gaetano Guadagni.

Contrairement à William Christie son ancien mentor dont elle assurait le continuo, Emmanuelle Haïm s’en tient à un juste milieu, ni trop expressif ni trop neutre ; une voie médiane, très (trop?) british et politically correct. D’ailleurs les artisans de cette production (membres du chœur, solistes et instrumentistes) sont majoritairement britanniques. William Christie a tranché depuis longtemps : particulièrement soucieux de l’intelligibilité textuel – le livret de Jennens y gagne un surcroît d’éloquence dramatique-, le directeur fondateur des Arts Florissants sait aussi caractériser comme peu, l’essence théâtrale de la musique haendélienne. Car ici, même en terres sacrées, l’opéra n’est jamais loin d’une séquence même si elle s’identifie constamment à l’oratorio.
Plus déconcertantes chez Haïm… les tournures de fin de phrases et les variations dans la résolution des ornements, ou la grille flottante et mobile des tempi (chœur Hallelujah !, plage 21)… ces effets inédits tournent parfois au maniérisme hors sujet qui contredit l’élégance naturelle comme le goût si équilibré, haendéliens.

En final qu’avons nous ? Une sonorité séduisante, des solistes appliqués mais souvent peu habités (sauf Mead et Purves), un léché oratorien qui reste de bon aloi : la puissante théâtralité contenue dans la partition de Haendel en sort-elle vraiment gagnante ?

Haendel (1685-1759) : Messiah HWV 56. Lucy Crowe, Tim Mead, Andrew Staples, Christopher Purves, Chœur et orchestre du Concert d’Astrée (David Bates, chef de choeur). Emmanuelle Haïm, direction (2 cd Erato Réf. 0825646240555. Enregistrement réalisé à Lille, en décembre 2013).

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