CD événement, récital lyrique, compte rendu critique. JUAN DIEGO-FLOREZ : MOZART (La Scintilla, Minesi, 2016, 1 cd SONY classical)

florez_ cd MOzart cd sony classical review critique cd sony classical par classiquenews nCD événement, récital lyrique, compte rendu critique. JUAN DIEGO-FLOREZ : MOZART (La Scintilla, Minesi, 2016, 1 cd SONY classical). COUP DE TONNERRE sur la planète lyrique et révélation inouïe (l’événement le plus intéressant en cette rentrée lyrique 2017) : le rossinien déjà divin, Juan Diego-Florez, se révèle mozartien miraculeux. Dès le début du programme, la saisissante suractivité de l’orchestre, scintillante et rafraîchissante retient l’attention tout d’abord, dans une prise réverbérée comme il faut, où jaillit comme un torrent doué d’une irrésistible et saine vitalité, le ténor Juan Diego-Florez, puissant, articulé et naturel, soutenu idéalement, au legato impériale. Face à son Idomeneo, à la fois nerveux et héroïque, mais aussi ardent, les instruments se mettent au diapason de son chant solaire à la tenue éblouissante. Cela trépigne, s’agite, traversé par une étonnante énergie, sertie d’élégance et de finesse. Intensité, nuances expressives et grande intelligibilité : ce personnage Mozartien que l’on croyait connaître, pour l’avoir tant de fois, ailleurs, écouté sur scène, gagne un surcroît de relief, une autre identité ; en lui se dresse un héros inquiet donc nerveux. Habité par une profond questionnement. Cette instabilité émotionnelle servie par une technique vocale infaillible demeure ici captivante.

Puis le texte en allemand semble premier, primitif, d’une juvénilité naissante ; la couleur est idéale et exprime au plus juste, la vérité du prince Tamino, un être pur et loyal qui ne demande qu’à être initié à l’amour. Accordé au vol agile des instruments, la voix se fait dévoilement d’une tendre et vive volonté ; ce Tamino, dans les intentions et dans la clarté olympienne du chant, dans l’intensité de la ligne, est là aussi exemplaire.

Surtout se précise l’Ottavio de Don Giovanni, dont Diego Florez chante les deux airs : éperdu, amoureux mais statique ; excellent aussi par leur justesse expressive. Le voici ce héros de carton pâte, vainqueur du monde et des escrocs s’ils sont à bonne distance. Mais que ce chant épris a de noble simplicité, d’ivresse enchantée ; le ténor péruvien rossinien ès mérite (et avec quelle finesse ardente), est bien un divin Mozartien ; son legato est une caresse plus irrésistible que les violences de Don Giovanni. Que ne chante t-il le rôle sur scène dans une production et l’on verrait immédiat ce qui fait l’épaisseur du personnage quand ailleurs et trop fréquemment, il n’est soit qu’édulcoré ou caricaturé. Sublime incarnation.

Son TITUS éblouit par son humanité, celle d’un cœur terrassé par l’exemple moral et l’amour transcendant qu’il reçut de Bérenice. Soudain ce chant se fait leçon et apprentissage d’un humanisme devenu fraternité concrète et vivante ; et la vérité du dernier opéra de Mozart prend alors son sens: ce qu’apporte le ténor au personnage est incomparable. L’idéal politique surgit devant nous : Titus fut bien ce « délice du genre humain » dont parle les historiens de l’Antiquité. Le témoignage prend tout son sens ici, c’est comme si le chant intense et embrasé et pourtant naturel de Diego-Florez se galvanisait lui-même en cours de réalisation, dévoilant / renforçant les enjeux dramatiques. Stupéfiant en agilité et justesse des intentions, ce chant a l’impact d’une balle ; la précision et la couleur décochées frappent au cœur : la vaillance en grâce du second Titus reste déconcertante. Mais ce n’est pas fini :

Son Ferrando (Cosi fan tutte) est justement victime extasiée de l’amour ; cœur immolé sur l’autel des sentiments qui se dévoilent : la séquence est un absolu d’une irrésistible ardeur… Qui nous rappelle ce qu’un Alfredo Kraus, hier, fut aussi capable de réaliser : soit parler en chantant et inversement. Où a-ton écouté un tel murmure lyrique, articulé, incarné, si juste ? Le sublime est l’ordinaire de ce disque superlatif et l’on se dit dommage que Decca chez qui le ténor a enregistré tous ses Rossini fulgurants, rate ainsi ses Mozart miraculeux…

Chant étincelant
Quand il chante Mozart
JUAN DIEGO FLOREZ sublime texte et musique comme s’il les créait

Même poésie vocale pour son Belmonte, à la fois sincère, tendre, en ivresse suspendue dont les instrumentistes font le frère de Tamino dans cette lueur émotionnelle d’une justesse elle aussi absolue. Honneur au pupitre des bois (clarinette, flûte, bassons au relief majeur), en complicité intérieur avec le pianoforte idéalement calibré lui aussi, et d’une discrète mais constante couleur, tout au long de ce récital d’une musicalité parfaite. Ici le chant ivre du ténor est bien celui de Mozart lui-même, amoureux éperdu de sa récente épouse Constanze. Le Dalla sua pace (2è air d’Ottavio) étire la texture enchanteresse d’un legato unique à ce jour, et là encore, c’est Mozart, son personnage, la situation et le chant tout court, qui en sortent transfigurés ; votre serviteur avec. Merci au chanteur de ciseler en un format idéal, son chant de velours et de diamant : chanter juste jamais fort mais intensément. Voilà la clé d’un belcanto enfin réalisé.

florez juan diego florez _2Et bénéficiaire d’un chant souverain qui a bien compris que rien ne justifiait un trop plein de puissance, s’il n’était finement canalisé, le ténor divin nous crédite en fin de programme d’un superbe air de concert de 9mn : « Misero! O sogno….Aura, che intorno spiri », KV 431 pour le ténor et ami Johann Valentin Adamberger. Déjà romantique avant l’heure, avec des éclairs instrumentaux faisant surgir les climats fantastiques et hallucinants de la situation, l’épisode nage entre deux eaux expressives : Sturm und drang et empfindsamkeit à la fois, entre tempête et murmure, Juan Diego-Florez, versatile, ciselé, diseur exceptionnel, subjugue mot par mot par son intelligence du texte et des climats émotionnels qui se succèdent. Le disque révèle l’immense Mozartien, le sublime bel cantiste, le ténor à la voix d’or. Ce disque est un miracle musical. CLIC de CLASSIQUENEWS d’octobre 2017.
CLIC D'OR macaron 200Le premier disque Mozart du Rossinien Juan Diego-Florez est la meilleure expérience musicale vécue depuis une décennie. Réaliser un tel programme à ce moment de sa carrière, relève d’un prodige, d’une seconde naissance. Gloire au ténor. Sony confirme donc sa première place comme label des plus grands ténors actuels (Juan Diego-Florez y brille donc aux côtés de … Jonas Kaufmann).

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JUAN DIEGO-FLOREZ chante Wolfgang Amadeus Mozart : airs lyriques.

« Fuor dal mar », Idomeneo
« Si spande al sole in faccia », Il re pastore
« Se all’impero », La Clemenza di Tito
« Del più sublime soglio », La Clemenza di Tito
« Dalla sua pace », Don Giovanni
« Il mio tesoro », Don Giovanni
« Un’aura amorosa », Così fan tutte
« Dies Bildnis ist bezaubernd schön », Die Zauberflöte
« Ich baue ganz auf Deine Stärke », Die Entführung aus dem Serail
« Misero! O sogno….Aura, che intorno spiri », KV 431

CD, compte rendu critique, opéra. MOZART : Juan Diego Flórez, ténor. La Scintilla Orchestra. Riccardo Minasi, direction. Durée : 51 mn — 1 cd Sony Classical

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