CD, événement, premières impressions. FARINELLI : CECILIA BARTOLI (1 cd DECCA)

farinelli cecilia bartoli fall septembre 2019 annonce cd review critique classiquenews DECCA cd critiqueCD, événement, premières impressions. FARINELLI : CECILIA BARTOLI (1 cd DECCA). Annoncé début novembre 2019, c’est le cd de tous les défis pour la mezzo italienne qui s’affiche en double de Conchita Wurst, ou du Christ barbu … accusant le travestissement que suppose son emploi comme ses nouveaux « exploits » : retrouver la couleur vocale des castrats du XVIIIè, ces chanteurs castrés à Naples dont les effets de gorges ont ébloui les opéras baroques signés Porpora, Broschi, Haendel et autres… Sur les traces du castrat Carlo Broschi dit Farinelli (1705 – 1782), la diva Bartoli met l’accent sur la virtuosité, le timbre spécifique – ambivalent et droit-, la faculté à incarner un personnage… Ici, avec des moyens plus réduits, une émission moins brillante (et des aigus plus tendus), la diva romaine, Cecilia Bartoli réussit néanmoins à convaincre grâce à la justesse de l’intonation, la profondeur convaincante de ses incarnations, une fragilité dans la tenue du timbre. Son chant intense et sombre brille en particulier dans les emplois tragiques (Cléopâtre…). Un air nous semble se distinguer par sa force dramatique et la coloration tragique infinie que l’interprète est capable d’y déployer (« Lontan… Lusingato dalla speme », extrait du Poliphemo de Porpora : sorte de lamento de 8mn au coeur du programme) : la coloratoura se pare de mille nuances expressives qui colorent avec finesse, une incarnation qui soupire et sombre dans la mort et le renoncement. Un absolu irrésistible et l’un des joyaux de ce nouveau récital lyrique édité par DECCA.

 

 

premières impressions

divine CECILIA BARTOLI …
sur les traces de l’ange Farinelli

 

 

 

 

Bartolomeo Nazarie - Portrait of Farinelli 1734 - Royal College of Music LondonAinsi ressuscite le chant de Farinelli, ce maître chanteur qui jusqu’à la fin de sa vie sut envoûter les grands de son époque dont les souverains espagnols à Madrid alors que Domenico Scarlatti était le maître de clavecin atitré. Un âge d’or du beau chant permis aussi par l’inspiration d’un compositeur napolitain de première valeur, Nicola Porpora, -né en 1686, vrai rival de Handel à Londres dans les années 1730, et qui dans ce récital très attendu a la part belle : pas moins de 5 airs ici sur les 11, dont 3 sont extraits de Poliphemo ; n’est-il pas avec le frère du chanteur vedette – Riccardo Broschi, le compositeur préféré de Farinelli ? De toute évidence fidèle à son travail de défrichement, Ceilia Bartoli pousruit l’exhumation de signatures virtuoses pour l’opéra ; hier, il s’agissait de Steffani. Aujourd’hui, jaillit le diamant expressif et dramatique de Porpora, professeur de chant à Naples des castrats Farinelli, Senesino, Porporino…, adulé à Londres, maître de Haydn, mort oublié en 1768 (à 81 ans). La diva romaine sait rendre hommage à travers ce portrait vocal de Farinelli à Porpora, génie napolitain dans le genre seria.

Voici nos premières impressions avant la grande critique du cd FARINELLI à paraître le 8 novembre 2019.

1 – Porpora / Polifemo : air d’exaltation et de jubilation comme d’espérance amoureuse (éclairé par les trompettes victorieuses) où s’affirme l’agilité acrobatique de la voix coloratoure.

2 – Porpora / La Festa d’Imeneo : plus intérieur, comme enivré par un rêve amoureux, l’air rappelle la maîtrise du souffle et la lisibilité comme la tenue de la ligne vocale, aux couleurs d’une tendresse extatique / expression d’un ravissement (« Vaghi amori, grazie amate »), déjà entendue dans le film Farinelli.

3 – Hasse : Marc’Antonio e Cleopatra. La mezzo exprime les vertiges d’une amoureuse trahie, en fureur, prête à mourir sur le trône. Le portrait d’une Cléopâtre qui assène par vocalises et coloratoure ascensionnels, l’intensité de sa colère et l’ampleur de sa détermination,à la fois héroïque et déjà fatale. Dans cet emploi de femme forte, passionnelle, exacerbée, radicale, « La Bartoli » captive par son chien et son abattage dramatique. La justesse de sa couleur et du caractère vocal s’imposent naturellement.

FARINELLI-cecilia-bartoli-classiquenews-cd-critique-review-farinelli-cecilia-bartoli-fall-septembre-2019-annonce-cd-review-critique-classiquenews-DECCA-cd-critique4 – Porpora / Polifemo : « Lontan… lusingato dalla speme ». Voilà assurément comme on l’a dit précédemment, le joyau du programme (et qui nuance l’image d’un Porpora uniquement virtuose et acrobatique). Contraste oblige, à la fureur de Cléopâtre (de Hasse qui précède) répond la tendresse de cet air plus intérieur, dont la couleur est celle d’une âme touchée au cœur… tel un rossignol qui soupire. Ce positionnement vocal dans le medium grave et sombre s’amplifie encore dans l’air, long lui aussi plus de 8 mn de Giacomelli : « Mancare o Dio mi sento » (Adriano in Siria, plage 7).

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Notons parmi les autres perles de ce récital événement : La morte d’Abel de Caldara : « Questi al cor finora ignoti » / Ces cœurs inconnus jusqu’à présent… prière épurée comme une extase dans la mort et d’une couleur elle aussi sombre qui fait surgir le relief du texte.

HASSE : Marc Antonio e Cleopatra : « A Dio trono, impero a Dio » (plage 10). Le relief du recitatif et l’ampleur dramatique, la couleur tragique de l’air qui suit, exprime cette échelle des passions d’une irrépressible intensité qui va crescendo et qui s’accomplit, entre imprécation et combat, rage et ardeur hallucinée, dans l’architecture des vocalises, portées par la coloratoure de la mezzo romaine. Un parlé chanté : « Addio trono… » qui témoigne de la résistance de la reine à renoncer. Bartoli ne chante pas, elle incarne et exprime avec une intelligence du texte (ce que ne font pas la majorité de ses consœurs)

et la fin : Porpora : Polifemo : « Alto Giove », rendu célèbre par le même film Farinelli. Parce qu’il y faut maîtriser l’intensité et la longueur du souffle, une spécialité de Farinelli, outre sa couleur étonnamment sombre pour un castrat soprano). Sans omettre l’ambitus de la tessiture (jusqu’à 3 octaves et demi) et qui dans la bande originale du film cité, exigeait deux chanteurs (soprano et contre ténor). Cecilia Bartoli personnifie l’épaisseur du personnage ; creuse l’interrogation en suspension de la souveraine atteinte.

Un nouveau programme qui s’annonce d’autant plus réussi que support idéal aux lignes tragiques de la diva diseuse, si proche du texte, les instrumentistes d’Il Giardino Armonico, sous la direction de leur fondateur et directeur musical Giovanni Antonini, suivent les pas de la tragédienne qui articule, nuance en mille demi teintes graves, hallucinées, la charge émotionnelle de chaque texte. Un continuo essentiellement composé de cordes, où les cuivres et les bois sont rares. A suivre. Grande critique le jour de la parution du cd FARINELLI par CECILIA BARTOLI, annoncé le 8 nov 2019.

 

 

 

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