COMPTE-RENDU, critique. PARIS, le 15 déc 2019. Récital Cecilia Bartoli : FARINELLI (Musiciens du Prince / G Capuano).

farinelli cecilia bartoli fall septembre 2019 annonce cd review critique classiquenews DECCA cd critiqueCOMPTE-RENDU, critique. PARIS, le 15 dĂ©c 2019. RĂ©cital Cecilia Bartoli : FARINELLI (Musiciens du Prince / G Capuano). A Paris, la mezzo romaine Cecilia Bartoli incarne le lĂ©gendaire Farinelli, accompagnĂ©e de ses « Musiciens du Prince » sous la baguette du chef baroque, Gianluca Capuano (lequel avait rĂ©alisĂ© avec le duo Caurier / Leiser, un Couronnement de PoppĂ©e / Incoronazione du Poppea de Monteverdi, mĂ©morable Ă  l’OpĂ©ra de Nantes oct 2019).

La diva ne paraĂźt pas grimĂ©e en homme barbu, – testostĂ©ronĂ©e telle qu’elle pose en couverture de son cd FARINELLI Ă©ditĂ© dĂ©but novembre 2019 chez Decca
 Dommage. Mais pour mieux exprimer la charge hautement dramatique de chaque rĂŽle, la diva comĂ©dienne, sait changer de costumes selon les airs sĂ©lectionnĂ©s, profitant des « pauses » purement instrumentales, qui rythment aussi le rĂ©cital parisien.

La majoritĂ© des Ă©pisodes lyriques sont extraits du cd Farinelli : ils ont tous Ă©tĂ© chantĂ© par le divo au XVIIIĂš signĂ©s des compositeurs les plus importants dans l’histoire des castrats : Haendel, Porpora, Caldara Vinci, Hasse, les moins connus Caldara et Giacomelli. Castrat oblige, la maniĂšre napolitaine triomphe : toujours plus haut, toujours plus rapide ; la virtuositĂ© bataille avec l’agilitĂ© ; la versatilitĂ© des sentiments, avec la souplesse parfois contorsionnĂ©e de la ligne vocale.

 

 

 

PARIS, BARTOLI, FARINELLI

 

 

 

Bartoli engage un rĂ©cital passionnant avec ses moyens actuels : moins agiles, moins naturellement brillants, mais plus rauques parfois, avec une couleur sombre gĂ©nĂ©rale qui enrichit son mĂ©dium et rend ses aigus d’autant plus intenses, voire tendus, toujours d’une fragilitĂ© maĂźtrisĂ©e, comme sont ses phrasĂ©s, et sa comprĂ©hension du legato, souverains. Travestie (Imeneo de Porpora), la chanteuse trouble par ce grain vocal d’une mĂąle et souple expressivitĂ© qui exprime l’enivrement amoureux.
Elle joue avec sa voix, mais jamais ne perd le fil dramatique ni le sens et le caractĂšre de chaque personnage comme de chaque situation ; elle est, tragique et noble, ClĂ©opĂątre (Hasse et Haendel) ; tendre et d’une douceur caressante et pastorale (« Augeletti », Rinaldo de Haendel) ; saisissante et frissonnante dans l’ample priĂšre sombre de « Sposa, non mi conosci » (Merope de Giacomelli, vraie rĂ©vĂ©lation entre autres).‹La future directrice de l’OpĂ©ra de Monaco (Ă  partir de 2023) dĂ©montre l’intelligence vocale et dramatique, l’attention au texte, le souci de la cohĂ©rence et du sens de l’intonation que peu de divas actuelles maĂźtrisent avec autant de nuances. Aujourd’hui, l’évolution de la voix de la diva correspond au choix des airs de ce programme : Farinelli castrat soprano Ă©tait connu pour sa couleur Ă©tonnamment sombre, riche et percutante dans les airs de langueurs funĂšbres, les priĂšres tragiques et intĂ©rieures, supposant souffle et perfection de la ligne. MĂȘme constat et diagnostic pour Cecilia Bartoli dont l’intelligence du chant subjugue toujours. Jusqu’au jeu des instrumentistes dont la tenue (Concertos et Sinfonie) est impeccable, en fluiditĂ© comme en rebonds.
La caresse enveloppante « vivaldienne » de Merope de Broschi (Riccardo, frĂšre de Farinelli qui s’appelait aussi Carlo Broschi) s’avĂšre ici des plus bouleversantes, Ă  la fois implorante et d’une tendresse dĂ©terminĂ©e.
Les interprĂštes sont riches en bis, Ă  la mesure de leur complicitĂ© et de leur talent vers le public : tous communient enfin avec Haendel (Ode for St. Cecilia’s Day et surtout,  « Dopo notte » de l’opĂ©ra Ariodante), et l’époustouflante et trĂ©pidante aria de Porpora (Adelaide). Avec ses consƓurs Vivica Genaux et rĂ©cemment Ann Hallenberg, Cecilia Bartoli s’impose comme l’une des meilleures voix farinelliennes de l’heure. Un nouveau succĂšs pour son dernier disque.

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COMPTE-RENDU, critique. PARIS, Philharmonie (Salle Boulez), le 15 déc 2019. Récital Cecilia Bartoli : FARINELLI (Musiciens du Prince / G Capuano)

LIRE aussi nos premiĂšres impressions critiques du cd FARINELLI / Cecilia BARTOLI (Decca)
http://www.classiquenews.com/cd-evenement-premieres-impressions-farinelli-cecilia-bartoli-1-cd-decca/

 

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VIDEO Farinelli Cecilia Bartoli

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CD, événement, premiÚres impressions. FARINELLI : CECILIA BARTOLI (1 cd DECCA)

farinelli cecilia bartoli fall septembre 2019 annonce cd review critique classiquenews DECCA cd critiqueCD, Ă©vĂ©nement, premiĂšres impressions. FARINELLI : CECILIA BARTOLI (1 cd DECCA). AnnoncĂ© dĂ©but novembre 2019, c’est le cd de tous les dĂ©fis pour la mezzo italienne qui s’affiche en double de Conchita Wurst, ou du Christ barbu 
 accusant le travestissement que suppose son emploi comme ses nouveaux « exploits » : retrouver la couleur vocale des castrats du XVIIIĂš, ces chanteurs castrĂ©s Ă  Naples dont les effets de gorges ont Ă©bloui les opĂ©ras baroques signĂ©s Porpora, Broschi, Haendel et autres
 Sur les traces du castrat Carlo Broschi dit Farinelli (1705 – 1782), la diva Bartoli met l’accent sur la virtuositĂ©, le timbre spĂ©cifique – ambivalent et droit-, la facultĂ© Ă  incarner un personnage
 Ici, avec des moyens plus rĂ©duits, une Ă©mission moins brillante (et des aigus plus tendus), la diva romaine, Cecilia Bartoli rĂ©ussit nĂ©anmoins Ă  convaincre grĂące Ă  la justesse de l’intonation, la profondeur convaincante de ses incarnations, une fragilitĂ© dans la tenue du timbre. Son chant intense et sombre brille en particulier dans les emplois tragiques (ClĂ©opĂątre
). Un air nous semble se distinguer par sa force dramatique et la coloration tragique infinie que l’interprĂšte est capable d’y dĂ©ployer (« Lontan
 Lusingato dalla speme », extrait du Poliphemo de Porpora : sorte de lamento de 8mn au coeur du programme) : la coloratoura se pare de mille nuances expressives qui colorent avec finesse, une incarnation qui soupire et sombre dans la mort et le renoncement. Un absolu irrĂ©sistible et l’un des joyaux de ce nouveau rĂ©cital lyrique Ă©ditĂ© par DECCA.

 

 

premiĂšres impressions

divine CECILIA BARTOLI 

sur les traces de l’ange Farinelli

 

 

 

 

Bartolomeo Nazarie - Portrait of Farinelli 1734 - Royal College of Music LondonAinsi ressuscite le chant de Farinelli, ce maĂźtre chanteur qui jusqu’à la fin de sa vie sut envoĂ»ter les grands de son Ă©poque dont les souverains espagnols Ă  Madrid alors que Domenico Scarlatti Ă©tait le maĂźtre de clavecin atitrĂ©. Un Ăąge d’or du beau chant permis aussi par l’inspiration d’un compositeur napolitain de premiĂšre valeur, Nicola Porpora, -nĂ© en 1686, vrai rival de Handel Ă  Londres dans les annĂ©es 1730, et qui dans ce rĂ©cital trĂšs attendu a la part belle : pas moins de 5 airs ici sur les 11, dont 3 sont extraits de Poliphemo ; n’est-il pas avec le frĂšre du chanteur vedette – Riccardo Broschi, le compositeur prĂ©fĂ©rĂ© de Farinelli ? De toute Ă©vidence fidĂšle Ă  son travail de dĂ©frichement, Ceilia Bartoli pousruit l’exhumation de signatures virtuoses pour l’opĂ©ra ; hier, il s’agissait de Steffani. Aujourd’hui, jaillit le diamant expressif et dramatique de Porpora, professeur de chant Ă  Naples des castrats Farinelli, Senesino, Porporino
, adulĂ© Ă  Londres, maĂźtre de Haydn, mort oubliĂ© en 1768 (Ă  81 ans). La diva romaine sait rendre hommage Ă  travers ce portrait vocal de Farinelli Ă  Porpora, gĂ©nie napolitain dans le genre seria.

Voici nos premiĂšres impressions avant la grande critique du cd FARINELLI Ă  paraĂźtre le 8 novembre 2019.

1 – Porpora / Polifemo : air d’exaltation et de jubilation comme d’espĂ©rance amoureuse (Ă©clairĂ© par les trompettes victorieuses) oĂč s’affirme l’agilitĂ© acrobatique de la voix coloratoure.

2 – Porpora / La Festa d’Imeneo : plus intĂ©rieur, comme enivrĂ© par un rĂȘve amoureux, l’air rappelle la maĂźtrise du souffle et la lisibilitĂ© comme la tenue de la ligne vocale, aux couleurs d’une tendresse extatique / expression d’un ravissement (« Vaghi amori, grazie amate »), dĂ©jĂ  entendue dans le film Farinelli.

3 – Hasse : Marc’Antonio e Cleopatra. La mezzo exprime les vertiges d’une amoureuse trahie, en fureur, prĂȘte Ă  mourir sur le trĂŽne. Le portrait d’une ClĂ©opĂątre qui assĂšne par vocalises et coloratoure ascensionnels, l’intensitĂ© de sa colĂšre et l’ampleur de sa dĂ©termination,Ă  la fois hĂ©roĂŻque et dĂ©jĂ  fatale. Dans cet emploi de femme forte, passionnelle, exacerbĂ©e, radicale, « La Bartoli » captive par son chien et son abattage dramatique. La justesse de sa couleur et du caractĂšre vocal s’imposent naturellement.

FARINELLI-cecilia-bartoli-classiquenews-cd-critique-review-farinelli-cecilia-bartoli-fall-septembre-2019-annonce-cd-review-critique-classiquenews-DECCA-cd-critique4 – Porpora / Polifemo : « Lontan
 lusingato dalla speme ». VoilĂ  assurĂ©ment comme on l’a dit prĂ©cĂ©demment, le joyau du programme (et qui nuance l’image d’un Porpora uniquement virtuose et acrobatique). Contraste oblige, Ă  la fureur de ClĂ©opĂątre (de Hasse qui prĂ©cĂšde) rĂ©pond la tendresse de cet air plus intĂ©rieur, dont la couleur est celle d’une Ăąme touchĂ©e au cƓur
 tel un rossignol qui soupire. Ce positionnement vocal dans le medium grave et sombre s’amplifie encore dans l’air, long lui aussi plus de 8 mn de Giacomelli : « Mancare o Dio mi sento » (Adriano in Siria, plage 7).


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Notons parmi les autres perles de ce rĂ©cital Ă©vĂ©nement : La morte d’Abel de Caldara : « Questi al cor finora ignoti » / Ces cƓurs inconnus jusqu’à prĂ©sent
 priĂšre Ă©purĂ©e comme une extase dans la mort et d’une couleur elle aussi sombre qui fait surgir le relief du texte.

HASSE : Marc Antonio e Cleopatra : « A Dio trono, impero a Dio » (plage 10). Le relief du recitatif et l’ampleur dramatique, la couleur tragique de l’air qui suit, exprime cette Ă©chelle des passions d’une irrĂ©pressible intensitĂ© qui va crescendo et qui s’accomplit, entre imprĂ©cation et combat, rage et ardeur hallucinĂ©e, dans l’architecture des vocalises, portĂ©es par la coloratoure de la mezzo romaine. Un parlĂ© chantĂ© : « Addio trono  » qui tĂ©moigne de la rĂ©sistance de la reine Ă  renoncer. Bartoli ne chante pas, elle incarne et exprime avec une intelligence du texte (ce que ne font pas la majoritĂ© de ses consƓurs)

et la fin : Porpora : Polifemo : « Alto Giove », rendu cĂ©lĂšbre par le mĂȘme film Farinelli. Parce qu’il y faut maĂźtriser l’intensitĂ© et la longueur du souffle, une spĂ©cialitĂ© de Farinelli, outre sa couleur Ă©tonnamment sombre pour un castrat soprano). Sans omettre l’ambitus de la tessiture (jusqu’à 3 octaves et demi) et qui dans la bande originale du film citĂ©, exigeait deux chanteurs (soprano et contre tĂ©nor). Cecilia Bartoli personnifie l’épaisseur du personnage ; creuse l’interrogation en suspension de la souveraine atteinte.

Un nouveau programme qui s’annonce d’autant plus rĂ©ussi que support idĂ©al aux lignes tragiques de la diva diseuse, si proche du texte, les instrumentistes d’Il Giardino Armonico, sous la direction de leur fondateur et directeur musical Giovanni Antonini, suivent les pas de la tragĂ©dienne qui articule, nuance en mille demi teintes graves, hallucinĂ©es, la charge Ă©motionnelle de chaque texte. Un continuo essentiellement composĂ© de cordes, oĂč les cuivres et les bois sont rares. A suivre. Grande critique le jour de la parution du cd FARINELLI par CECILIA BARTOLI, annoncĂ© le 8 nov 2019.

 

 

 

farinelli cecilia bartoli fall septembre 2019 annonce cd review critique classiquenews DECCA cd critique

 

 

 

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LIRE aussi notre annonce du cd FARINELLI par CECILIA BARTOLI

 

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 Farinelli jeune (DR)

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Livre événement, annonce & critique. Domenico Scarlatti, par MARTIN MIRABEL (Actes Sud, 2019)

domenico-scarlatti-portrait-classiquenews-portrait-concert-festival-critique-classiquenewsLivre Ă©vĂ©nement, annonce & critique. Domenico Scarlatti, par MARTIN MIRABEL (Actes Sud, 2019). L’oeuvre dĂ©voile et prĂ©cise le profil d’un auteur qui se dĂ©robe
 La question est donc posĂ©e : Mais qu’est-ce qu’une sonate de Scarlatti ? « Un monde miniature. L’infiniment grand dans l’infiniment petit. Un tĂ©lescope dans lequel on voit se mouvoir les planĂštes dans un univers en expansion. De la vie condensĂ©e et de la fantaisie cadenassĂ©e par les mathĂ©matiques.Des “comprimĂ©s de bonheur” comme Ă©crivait Giono
 Et beaucoup d’autres choses que l’on va dĂ©couvrir dans cet ouvrage
. « . ComplĂ©tons la prĂ©sentation de l’éditeur, en particulier l’expression de l’amour secret inavouĂ© du maĂźtre professeur pour son Ă©lĂšve si douĂ©e, Maria Barbara, jeune princesse de Lisbonne, bientĂŽt Reine d’Espagne.
Chacune des 555 Sonates de Domenico Scarlatti le fils (1685 – 1757) ne serait-elle pas le fruit d’un pacte secret, entre la souveraine et le compositeur qui fut son professeur de clavecin depuis sa premiĂšre adolescence ? En explicitant la genĂšse de ces Ɠuvres inclassables, pochades dont la rapiditĂ© fulgurante le dispute Ă  la volubilitĂ© expressive, l’auteur, dans un style remarquablement fluide – comme l’art de Domenico, touche au plus juste : ce qui fonde ici l’amitiĂ© et l’estime entre le serviteur et la reine ; le mentor et la bien nĂ©e inacessible, et pourtant si complice.
La figure de Carlo Broschi, c’est Ă  dire Farinelli lui mĂȘme, le plus grand sopraniste et castrat napolitain du XVIIIĂš croise le chemin et la destinĂ©e romanesque de ce couple impossible. Dans une relation intime avec le couple royal, Maria Barbara et son Ă©poux Ferdinand VI en poste Ă  Madrid dĂšs 1746, Domenico livre toute la musique personnelle, de connivence avec le responsable des divertissements royaux, Farinelli. On se prĂȘte alors Ă  fantasmer aux duos savoureux entre Farinelli et la Reine accompagnĂ©s par Scarlatti II au clavier.
scarlatti domenico biographie portait livre martin mirabel actes sud critique review livre classiquenewsPersonnalitĂ© lunaire, presque saturnienne mĂȘme, c’est Ă  dire rĂȘveuse, secrĂšte et pudique, Scarlatti se dĂ©voile Ă  pas comptĂ©s dans un texte qui ressuscite le cercle de ses proches, les acteurs de sa vie musicale : sa rencontre avec son futur disciple Ă  Madrid, Padre Soler qui sous la dictĂ©e du MaĂźtre, copie chaque Sonate pour les archives de la Reine (aujourd’hui 15 volumes conservĂ©s Ă  Venise, et qui furent ainsi vendus aprĂšs la mort de Farinelli en 1782, rĂ©cupĂ©rĂ©s par la SĂ©rĂ©nissime pour la Marciana). Mais si Scarlatti l’homme a gardĂ© ses secrets (dure relation avec le pĂšre ; trop discrĂšte vie sentimentale, ses goĂ»ts musicaux, etc
), l’impact de son art, la fascination qu’exercent toujours ses exercices improvisĂ©s, heureusement notĂ©s pour partie dans les partitions qui nous sont parvenues (Essercizi) produisent un effet immĂ©diat dĂšs aprĂšs sa mort : comprenant qu’ils ont affaire Ă  un gĂ©nie du clavier, avec Bach, Clementi, Liszt, - Chopin mĂȘme, le jouent, le comprennent, l’estiment. Plus tard, Schumann admiratif, en transmet le culte au jeune Brahms, qui aimera consulter et jouer les presque 250 essercizi de sa collection personnelle. Mais au delĂ  de la virtuositĂ© technique que Scarlatti pose d’emblĂ©e Ă  tout interprĂšte dĂ©fricheur, comme condition sinequanon, Wanda Landowska, la pionniĂšre pour sa rĂ©habilitation au dĂ©but du XXĂš rĂ©tablit le lien vital qui unit la musique dansante de Scarlatti avec la rue grouillante et populeuse. La vie plutĂŽt que la sophistication musĂ©ale. La pulsion du dĂ©sir plutĂŽt que la technicitĂ© mĂ©tronomique
 Le secret de Scarlatti est lĂ  : exprimer le flux du sang, la vitalitĂ© suractive des artĂšres, la saine palpitation de la rue bariolĂ©e. Texte captivant et limpide. CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2019.

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CLIC D'OR macaron 200Livre Ă©vĂ©nement, annonce & critique. Domenico Scarlatti, par MARTIN MIRABEL (Actes Sud, 2019) – 10,0 x 19,0 / 176 pages – ISBN 978-2-330-12225-6 – Prix indicatif : 17 € – CLIC de CLASSIQUENEWS de septembre 2019

CD événement, annonce. FARINELLI par CECILIA BARTOLI (DECCA, 8 nov 2019)

CD Ă©vĂ©nement, annonce. FARINELLI par CECILIA BARTOLI (DECCA, 8 nov 2019)
 Le nouveau disque de la mezzo romaine CECILIA BARTOLI est dĂ©diĂ© au castrat lĂ©gendaire Farinelli, soliste d’exception, champion de la troupe de Porpora Ă  Londres dans les annĂ©es 1730, au grand dam de Haendel son rival qui ne pouvait lui compter que sur le lustre virtuose du castrat Caffarelli
 AprĂšs des rĂ©citals titres dĂ©fendus par ses confrĂšres Jaroussky, surtout Vivica Genaux ou Ann Hallenberg, vraies tempĂ©raments pour ce rĂ©pertoire riche en acrobaties vocales, Cecilia Bartoli prolonge dans ce nouveau programme « FARINELLI » (annoncĂ© le 8 novembre 2019), son prĂ©cĂ©dent album intitulĂ© SACRIFICIUM (2009) oĂč la diva dĂ©nonçait le sort de milliers de garçons Ă  Naples, soumis Ă  l’épreuve ignoble et dangereuse de la castration.
AprĂšs la dĂ©nonciation (2009), voici le temps de la 
 jubilation (soit 10 ans plus tard), celle incarnĂ©e par celui qui incarne l’ñge d’or du beau chant napolitain du XVIIIĂš et qui fut adulĂ© tel un dieu vivant Ă  la Cour de Madrid oĂč Ă  l’invitation de la Reine Isabelle, Farinelli chantait uniquement pour le souverain Philippe V, dĂ©pressif et malade.. (deux airs de l’Artaserse de Hasse
 chaque soir) puis pour Ferdinand VI, sa voix ayant gagnĂ© en profondeur et gravitĂ©, arborant moins d’artificielle virtuositĂ©.

farinelli cecilia bartoli fall septembre 2019 annonce cd review critique classiquenews DECCA cd critique10 ans aprĂšs SACRIFICIUM… Sur la cover de l’album, Cecilia Bartoli paraĂźt travestie en homme mĂ»r et brun, latin, barbu
 ce qui n’a pas manquĂ© de susciter de vives rĂ©actions
 La diva italienne a semĂ© le trouble parmi ses fans, certains en mal de rĂ©fĂ©rences plus anciennes, n’hĂ©sitant pas Ă  comparer son visage Ă  celui du chanteur travesti autrichien Conchita Wurst. Alors Cecilia farinellisĂ©e serait-elle plus Wurst ou christique ? Vaine polĂ©mique pour celle qui s’exhiba crĂąne chauve et pistolet dĂ©gainĂ© quand il fallait lĂ©gitimement ressusciter le gĂ©nie du compositeur baroque Agostino STEFFANI, (CD « MISSION » 2012) ; s’agissant aussi d’une diva habituĂ©e Ă  se travestir comme actrice dans maintes productions lyriques
 En rĂ©alitĂ©, son nouveau look barbu syriaque n’a rien Ă  voir avec les portraits officiels de Farinelli, plutĂŽt trĂšs soignĂ©, perruquĂ©, poudré  De toute Ă©vidence, la cantatrice n’en est pas Ă  sa derniĂšre transformation. Ce qui compte reste la qualitĂ© et la pertinence de sa lecture des airs pour Farinelli, lĂ  oĂč tant d’autres chanteurs se sont risquĂ©s. Vivaldienne et Gluckiste, HaendĂ©lienne et Steffanienne, la diva de tous les dĂ©fis, relĂšvera-t-elle celui de Farinelli ? RĂ©ponse dans notre prochaine critique Ă  venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews, d’ici dĂ©but novembre 2019. Et peut-ĂȘtre avant, en avant-goĂ»t, nos premiĂšres impressions du cd reçu, avant la grande critique dĂ©veloppĂ©e
 A suivre


 

 

 

 

 

Programme annoncĂ© : 12 airs des opĂ©ras de Brischi, Porpora, Giacomelli, Caldara, Hasse…

‘Nell’attendere mio bene’ from Polifemo by Porpora

‘Vaghi amori, grazie amate’ from La festa d’imeneo by Porpora

‘Morte col fiero aspetto’ from Marc’Antonio e Cleopatra by Hasse

‘Lontan
 Lusingato dalla speme’ from Polifemo by Porpora*

‘Chi non sente al mio dolore’ from La Merope by Broschi

‘Come nave in ria tempesta’ from Semiramide regina dell’Assiria by Porpora

‘Mancare o Dio mi sento’ from Adriano in Siria by Giacomelli

‘Si, traditor tu sei’ from La Merope by Broschi*

‘Questi al cor finora ignoti’ from La morte d’Abel by Caldara

‘Signor la tua Speranza
 A Dio trono, impero a Dio’

from Marc’Antonio e Cleopatra by Hasse

‘Alto Giove’ from Polifemo by Porpora

* world premiere recording

 

 

farinelli cecilia bartoli fall septembre 2019 annonce cd review critique classiquenews DECCA cd critique

 

 

 

A propos de Farinelli et l’art des castrats

LIRE aussi sur Classiquenews

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CD SACRIFICIUM (DECCA, 2009)
http://www.classiquenews.com/cecilia-bartoli-sacrificium2-cd-decca/

CD MISSION : Agostino STEFFANI (DECCA, 2012)
http://www.classiquenews.com/cecilia-bartoli-chante-agostino-steffani1-cd-mission-decca/

CD, compte rendu critique. FARINELLI, a portrait / un portrait, par Ann Hallenberg (Aparte, Live in Bergen, 2011)
http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-farinelli-a-portrait-un-portrait-par-ann-hallenberg-aparte-2011/

CD. Franco Fagioli : Arias for Caffarelli (1 cd NaĂŻve)
http://www.classiquenews.com/cd-franco-fagioli-arias-for-caffarelli-1-cd-naive/

CD. Philippe Jaroussky. Airs de Porpora pour Farinelli (1 cd Erato)
http://www.classiquenews.com/cd-philippe-jaroussky-airs-de-porpora-pour-farinelli-1-cd-erato/

 

 

 

 

 

Portrais d’Ă©poque de Farinelli

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Il n’y a pas de rapport direct entre le visuel barbu choisi par Cecilia Bartoli et les portraits historiques du castrat napolitain Farinelli, plutĂŽt connu pour son visage poupin et glabre…

 

 

 

FARINELLI portrait classiquenews Jacopo_Amigoni_-_Retrato_de_Carlo_MarĂ­a_Broschi,_Farinelli_-_Google_Art_Project

 

Bartolomeo Nazarie - Portrait of Farinelli 1734 - Royal College of Music London

Portrait de Farinelli (Carlo Broschi) – DR

 
 

VENISE, cité de la musique sur ARTE

arte_logo_2013ARTE. Mer 28 nov 2018, 22:30. Ce soir, pleins feux sur la Venise musicale, celle libĂ©rĂ©e, parfois lincencieuse du plein XVIIIĂš. En liaison avec le sujet de l’exposition au Grand Palais, « Venise l’insolente », c’est Ă  dire la capitale des plaisirs encensĂ©e par Casanova et depuis quelques annĂ©es, Philippe Sollers, le documentaire prĂ©sentĂ© par Arte se concentre sur les Ă©lĂ©ments et caractĂšres qui ont forgĂ© le mythe de Venise au XVIIIĂš. Carnaval, libertinage
 la sereine RĂ©publique vit au XVIIIĂš son dĂ©clin Ă©conomique (surtout commercial et mĂ©diterranĂ©en, depuis le milieu du XVIIĂš), mais connaĂźt un essor remarquable des arts. Le terreau est riche et familier car dĂ©jĂ  au XVIIĂš, Venise a inventĂ© les dĂ©lices de la musique instrumentale, et surtout l’opĂ©ra public (dĂšs 1637), offrant aux compositeurs les plus douĂ©s, un Ă©crin dĂ©signĂ© : Monteverdi puis Cavalli. Au XVIIIĂš, dans son premier tiers, officie et triomphe Vivaldi (presque 500 concertos et pas moins de 45 opĂ©ras), virtuose du violon (les Quatre Saisons), maĂźtre de choeur Ă  l’Ospedale della PietĂ , bientĂŽt dĂ©trĂŽnĂ© par les Napolitains, partout favoris dans les cours europĂ©ennes. Porpora et Hasse y fixent cet engouement des styles venus de Naples : dĂ©sormais l’opĂ©ra ne sera plus vĂ©nitien vivaldien mais napolitains.

 

 

VENISE EBLOUISSANTE : le XVIIIÚ retrouvé

 

 

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A l’époque des castrats, – fleurons des opĂ©ras du jeune Haendel, alors en formation en Italie, se dĂ©veloppe toujours l’activitĂ© des orphelines musiciennes des Ospedale de Venise, institutions charitables oĂč instrumentistes et chanteuses se produisent derriĂšre des grilles de pudeur, suscitant chez les auditeurs, dont Jean-Jacques Rousseau, des vertiges et fantasmes dĂ©lirants, objets de spasmes extatiques demeurĂ©s cĂ©lĂšbres. La passion des voix divines se focalise surtout sur le cas de Carlo Broschi dit Farinelli, sopraniste lĂ©gendaire qui enchante ensuite Ă  Madrid les nuits d’insomnies du roi Philippe V ; et sur la diva Faustina Bordoni, soprano vedette qu’a peint la portraitiste pastelliste, Rosalba Carriera. Au XVIIIĂš, Venise incarne un Ăąge d’or de la civilisation, oĂč ce sont les musiciens et compositeurs qui fascinent, moins les peintres (Ă  la diffĂ©rence du XVIIĂš). Pourtant l’intĂ©rĂȘt de l’exposition parisienne est de dĂ©voiler l’essor des peintres tels Piazzetta aux cĂŽtĂ©s des plus illustres vedutistes, Guardi et Canaletto… Documentaires Ă©vĂ©nement.

 

 

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ARTE, Venise, la citĂ© de la musique (XVIIIĂš). Merc 28 nov 2018, 22h30. Autour de l’exposition prĂ©sentĂ©e Ă  Paris au Grand Palais : «  Venise l’insolente ». LIRE aussi notre prĂ©sentation de l’exposition VENISE L’INSOLENTE

 

 

CD. Franco Fagioli, contre ténor. Porpora il maestro (1 cd Naïve, juin 2013).

fagioli franco porpora cd naive il maestro porporaCD. Franco Fagioli, contre tĂ©nor. Porpora il maestro (1 cd NaĂŻve, juin 2013). En moins de 5 ans, – un micro intervalle dans l’histoire d’une carriĂšre, le contre tĂ©nor Franco Fagioli dit “monsieur Bartoli”, parce qu’il partage avec la diva romaine, le tempĂ©rament dramatique, le feu Ă©ruptif, l’intensitĂ© et jusqu’Ă  la couleur du timbre…-, est devenu un phĂ©nomĂšne – osons le dire, beaucoup plus intĂ©ressant que Philippe Jaroussky qui se cantonne par exemple et de dĂ©puis le dĂ©but de son parcours musical et lyrique toujours au mĂȘme registre (larmoyant et langoureux : cette rĂ©serve n’ĂŽte rien Ă  son talent). en revanche dans le cas de Fagioli, l’Ă©tendue des possibilitĂ©s expressives est indiscutablement plus large, l’Ă©toffe vocale comme le tempĂ©rament, plus novateurs et audacieux.

Parmi les contre tĂ©nors de la nouvelle gĂ©nĂ©ration (avec David Hansen, autre personnalitĂ© saisissante mais lui sopraniste), Fagioli fait figure de modĂšle par son audace, sa volontĂ© d’en dĂ©coudre Ă  chaque rĂ©cital ou rĂŽle lyrique … comme s’il jouait sa vie sur l’instant.  En abordant Ă  ce moment de sa carriĂšre, pourtant encore courte, l’immense dieu de la voix et du chant napolitain, Niccolo Porpora (1686-1768), maĂźtre et mentor des Farinelli, Senesino, ou Cafarelli (soit les plus grands castrats du XVIIIĂšme)-, Fagioli s’inscrit d’emblĂ©e trĂšs haut dans l’intention et l’interprĂ©tation : ses moyens sont certes trĂšs grands. De fait, le rĂ©sultat satisfait la promesse qu’il a laissĂ© suspendue, tant par l’intelligence stylistique, que l’audace surtout, et l’imagination des moyens vocaux: le chanteur affirme ici un sacrĂ© tempĂ©rament.

Dans son hommage à Porpora, Franco Fagiolo affirme un tempérament vocal irrésistible

Monsieur Bartoli embrase la lyre porporienne…

CLIC D'OR macaron 200Comme galvanisĂ© par l’Ă©criture elle-mĂȘme pyrotechnique et acrobatique du compositeur napolitain, Fagioli se dĂ©passe lui-mĂȘme (trilles, coloratoure, ligne vocale illimitĂ©e, sauts d’intervalles, passages entre les registres, agilitĂ© comme expressivitĂ©, projection comme intonation…) tout relĂšve chez Fagioli d’un interprĂšte au calcul millimĂ©trĂ© qui rĂ©tablit la pure virtuositĂ© technicienne avec la profondeur et la vĂ©ritĂ© poĂ©tique. alliance auparavant incertaine, dĂ©sormais rĂ©alisable, c’est un exemple pour tout.
Fagioli semble faire renaĂźtre par son intensitĂ© et cette couleur si habitĂ©e ce bel canto spĂ©cifique incarnĂ©e au XVIIIĂš par Cafarelli ou Farinelli, divinis, diseurs et acrobates capables ne l’oublions pas d’enchanter et d’apaiser la torpeur mĂ©lancolique du Roi d’Espagne Philippe V. Le plus grand maĂźtre de chant Ă  son Ă©poque … on veut bien le croire Ă  l’Ă©coute du seul premier air de Valentiniano extrait d’Ezio (un standard de l’opĂ©ra seria mĂ©tastasien mis  en musique par tous les grands dont Handel ; Porpora rĂ©tablit immĂ©diatement la pure virtuositĂ© avec les inflexions intĂ©rieures d’une Ăąme agitĂ©e conquĂ©rante qui exprime sa vision de l’aigle victorieux… AgitĂ© et mĂȘme inquiet, l’air de Scitalce (vorrei spiegar l’affanno) de Semiramide riconosciuta dĂ©veloppe Ă  travers un air long (plus de 6mn), la panique intĂ©rieure d’une Ăąme touchĂ©e, en pleine effloresence Ă©motive que le timbre Ă©panoui, flexible, agile du contre tĂ©nor argentin embrase littĂ©ralement.

fagioli franco opera magazine Porpora_04Les deux airs les plus longs de ce rĂ©cital porporien (qui donne la mesure du gĂ©nie virevoltant Ă©clatant d’un Porpora, – vrai rival de Haendel Ă  Londres dans les annĂ©es 1730, donne la pleine idĂ©e du talent dramatique de Fagioli et de sa souplesse vocale dans des cascades de vocalises et des aigus Ă©tourdissants, couverts et longs, soutenus avec une intensitĂ© Ă©gale (une performance admirable!) : d’abord: l’air d’Adalgiso extrait de Carlo il Calvo : Spesso di nubi cinto (plus de 7mn45) : un air qui use de la mĂ©taphore solaire avec une finesse Ă©loquente et une caractĂ©risation scintillante Ă  laquelle Fagioli maĂźtre absolu des vocalises en mitraillette apporte une sincĂ©ritĂ© de ton, irrĂ©sistible. L’ultime sĂ©quence est la plus longue (presque 10 mn : air de Vulcain de Vulcano, cantate a voce sola : non lasciar chi t’ama tanto… il exprime avec pudeur et subtilitĂ© le dĂ©sarroi d’un Vulcain impuissant, dĂ©muni, Ă©pris de l’inaccessible Venus (qui lui prĂ©fĂšre Mars): jouant moins sur l’acrobatie, l’Ă©criture offre des variations de couleurs sur la tenue de la voix dont le vibrato et l’accentuation doivent ĂȘtre millimĂ©trĂ©s. Imaginer un Vulcain en contre-tĂ©nor et non plus en basse ou bayrton profond relĂšve d’une sensibilitĂ© juste : la couleur mĂȘme de la voix trahit l’Ă©motion et l’impuissance du dieu amoureux…  Ici rien d’affectĂ© ni d’artificiel grĂące Ă  la maĂźtrise exemplaire du souffle et de la ligne, des trilles tenues, des passages sur la durĂ©e.. en un arc tendu, souverrain d’un esprit funambulesque. La voix exprime l’intensitĂ© de l’Ăąme Ă©prouvĂ©e avec un tact et une Ă©lĂ©gance Ă©tonnante… qui font le brio et l’Ă©clat intĂ©rieur de ce style galant dont Porpora est passĂ© maĂźtre depuis Venise dans les annĂ©es 1720, puis qu’il a ensuite dĂ©veloppĂ© Ă  Londres.
Evidemment, l’ombre du grand Farinelli, l’Ă©lĂšve et la crĂ©ature favorite du systĂšme Porpora, est Ă©voquĂ© dans l’air de Polifemo (1735), composĂ© Ă  Londres  pour le castrat lĂ©gendaire : dans le 2 airs sĂ©lectionnĂ©s (Nell’attendere il mio bene puis alto Giove…), le berger Acis chante son Ă©moi nouveau Ă  l’idĂ©e de l’apparition de la belle GalatĂ©e… il remercie ensuite Jupiter / Giove en un air de gratitude, littĂ©ralement irradiĂ©. L’ivresse, l’extase qui se dĂ©gagent du chant d’un Fagioli Ă©mu, pudique (bien Ă  rebours de la soi disante artificialitĂ© d’un Porpora rien que performant et creux) emportent toute rĂ©serve : la franchise et l’intensitĂ© du timbre, l’Ă©galitĂ© du souffle, la couleur du timbre s’imposent d’eux mĂȘmes. Jamais dĂ©monstratifs ou surexpressifs, les instrumentistes de l’Academia Montis Regalis dirigĂ©s par Alessandro de Marchi savent s’inscrire au diapason de ce chant mesurĂ©e, fin, subtil. Voici l’affirmation d’un immense vocaliste et d’un interprĂšte au chant irrĂ©sistible.

fagioli franco porpora cd naive il maestro porporaFranco Fagioli, contre-tĂ©nor. Propora il maestro : airs d’opĂ©ras de Niccolo Porpora : Carlo il calvo, Didone abbandonnata, Ezio, Il ritiro, il verbo in carne, Meride e Selinunte, Polifemo, Semiramide riconosciuta, Vulcano (cantate). Academia Montis Regalis. Alessandro De Marchi, direction. Enregistrement rĂ©alisĂ© en juin 2013 Ă  Mondovi (Italie). 1 cd NaĂŻve V 5369.

CD. Rivals : David Hansen, contre ténor(1 cd DHM)

Rivals. David Hansen, contre-ténor
1 cd DHM (De Marchi, 2013)

Le titre renvoie Ă  cette rivalitĂ© historiquement documentĂ©, opposant les divos Ă  l’heure baroque, quand Farinelli et d’autres n’hĂ©sitaient pas Ă  se mesurer pour les Ă©craser Ă  leurs confrĂšres tout aussi arrogants et dĂ©terminĂ©s. CohĂ©rent avec le titre de cet album dĂ©coiffant, l’australien David Hansen faisant son entrĂ©e tonitruante dans l’arĂšne discographique surprend ici et convainc totalement ; il rivalise donc, cd interposĂ©, avec son contemporain Philippe Jaroussky, lui-aussi rĂ©cent acteur d’un programme dĂ©diĂ© au castrat italien lĂ©gendaire (quand Fabio Fagioli prĂ©fĂšre lui rendre hommage au divo handĂ©lien par excellence, Cafarelli).
David Hansen a une voix bien accrochĂ©e,plutĂŽt intense et puissante avec une intensitĂ© Ă  la Bartoli, un Ă©clat mĂȘme supĂ©rieur et une agilitĂ© toute aussi pĂ©taradante. C’est dire le tempĂ©rament du jeune homme, l’Ă©gal dans ce rĂ©pertoire d’un autre admirateur de la diva romaine, le dĂ©jĂ  nommĂ© “FF” ou Fabio Fagioli (surnommĂ© depuis non sans raison, ” il Bartolo “).

David HansenInspiré par les Cafarelli, Farinelli, Bernacchi et Manzuoli, Hansen ose tout, se risque souvent, et relÚve les défis multiples de ce récital hors normes.
En outre, audacieux dĂ©fricheur, Hansen nous gratifie gĂ©nĂ©reusement de plusieurs inĂ©dits dont quelques airs que le frĂšre de Farinelli, Carlo Broschi, composa pour son parent prodigieux… (Son qual Nave… restituĂ© avec les notations du crĂ©ateur de l’air).
Plein de santĂ© juvĂ©nile et osons dire de testostĂ©rone prĂȘte Ă  dĂ©gainer vocalement, le divo au look ravageur a dĂ©cidĂ©ment tout pour rĂ©ussir et affirmer une trĂšs plaisante carriĂšre. Les Cencic ou Scholl connaissent Ă  prĂ©sent leur successeur. Ce gars lĂ  a apparemment une prĂ©sence, bientĂŽt scĂ©nique, Ă  revendre : voilĂ  qui changera des voix Ă©troites au physique maladroit. Pour ses prises de risques, son sens de l’Ă©quilibre sur le fil, ce disque est exemplaire et si le talent se confirme ici, voici Ă  n’en pas douter l’un des meilleurs reprĂ©sentants de la jeune gĂ©nĂ©ration de haute contre rĂ©ellement sensationnels.

CD. Philippe Jaroussky. Airs de Porpora pour Farinelli (1 cd Erato)

CD. Philippe Jaroussky. Airs de Porpora pour Farinelli (1 cd Erato)   … AprĂšs un prĂ©cĂ©dent album Virgin classics dĂ©diĂ© au mezzo ample de Giovanni Carestini (1705-1760), rival de Farinelli et castrat vedette de Haendel Ă  Londres, le phĂ©nomĂšne Philippe Jaroussky s’intĂ©resse pour le label Erato ressuscitĂ©, au mythe castrat, Farinelli dont on sait combien sa flexibilitĂ© de sopraniste avait Ă©bloui Ă  son Ă©poque. A la source du miracle Farinelli, Nicolo Porpora, compositeur qui fut son maĂźtre et son mentor Ă  Naples pendant sa formation de chanteur. Car il s’agit aussi de restaurer la stature et l’oeuvre de celui qui façonna Farinelli Ă  Naples : Porpora.

Porpora_farinelli_philippe_jaroussky_visuel_porpora2Jaroussky privilĂ©gie surtout les airs que Porpora a composĂ© pour son Ă©lĂšve favori, le plus douĂ© de sa gĂ©nĂ©ration, ceux spĂ©cifiquement doux, centraux, plutĂŽt lyrique voire Ă©lĂ©giaque c’est Ă  dire d’une virtuositĂ© mĂ©diane, plutĂŽt confortable pour sa tessiture : en tĂ©moigne le trĂšs dĂ©veloppĂ© air d’Aci, issu de Polifemo (Londres 1735) : Alto Giove … qui suit la priĂšre en duo des deux amants, deux coeurs Ă  jamais insĂ©parables (Placidetti zefiretti chantĂ© avec la complicitĂ© de Cecilia Bartoli). l’Alto Giove d’Aci (Acis) pose clairement le cadre d’une Ă©criture napolitaine purement virtuose et extatique qui met surtout en avant la puissance nuancĂ©e de la voix sur un mode langoureux et trĂšs intĂ©rieur (Acis remercie la protection de Jupiter qui le comble en lui restituant son aimĂ©e, GalatĂ©e).

Langueur et pĂąmoison de Porpora

La langueur et la dĂ©ploration semblent d’ailleurs couronner l’inspiration de Porpora pour son Ă©lĂšve dans cet autre lamento extrait d’Orfeo crĂ©Ă© aussi Ă  Londres en 1736, et composĂ© au moment oĂč l’Ă©lĂšve quitte son professeur et pĂšre, pour Madrid. Orfeo est le dernier opĂ©ra qui associe les deux tempĂ©raments. DĂ©chirement Ă  peine pudique, et d’une Ă©criture moins dĂ©monstrative qu’intĂ©rieure : c’est l’Ă©poque (1732) oĂč le castrat adulĂ© dans toute l’Europe reçoit les conseils de l’Empereur Charles VI Ă  Vienne (chantez plus beau moins spectaculaire). Inflexion nouvelle qui colore son chant comme sa technique d’une profondeur et d’une gravitĂ© renouvelĂ©es.
De fait, l’activitĂ© de Farinelli sur la scĂšne d’un thĂ©Ăątre s’achĂšve en 1737, marquant aussi la rupture de collaboration entre Porpora et son Ă©lĂšve. En outre, la notice accompagnant le texte des airs, prĂ©cise sans l’Ă©lucider, un incident dans les relations du pĂšre au fils, du maĂźtre Ă  l’Ă©lĂšve : Porpora qui se serait rendu ” coupable ” d’une mauvaise action Ă  l’Ă©gard de son Ă©lĂšve, paraĂźt en 1759 sous la plume de MĂ©tastase qui Ă©crit Ă  Farinelli, implorant de ce dernier une mansuĂ©tude bienheureuse pour le pauvre compositeur s’enfonçant dans la solitude, l’oubli et la misĂšre.

De tous ces airs ciselĂ©s, Ă©mane un esthĂ©tisme de contemplation vocale, suspension et vertiges, pĂąmoison, surtout comme on l’a dit langueur. Un goĂ»t qui allait dĂ©trĂŽner Handel Ă  Londres au dĂ©but des annĂ©es 1730.
Si la voix de Jaroussky est encore capable de legato, on regrette tout au long du rĂ©cital un manque de vrais nuances, une palette finalement restreinte dans la caractĂ©risation poĂ©tique des arias : toutes sont abordĂ©es de la mĂȘme façon rendant interchangeable chaque texte et chaque situation. Les dĂ©fauts de la voix Ă©voluant, on note aussi les mĂȘmes nouvelles limites du chant que dans son dernier album dĂ©diĂ© Ă  Jean-ChrĂ©tien Bach, en particulier dans le passage dans les aigus, ces derniers Ă©tant souvent tirĂ©s, Ă  peine couverts ; mĂȘme l’agilitĂ© du premier air, de pure virtuositĂ© (air d’Alceste d’Arianna e Teseo, Florence 1728) demeure souvent tendue, crispĂ©e, plus convulsĂ©e qu’agile et coulante.
Autre air parmi les inĂ©dits du prĂ©sent rĂ©cital, celui d’Achille (plage 9 : Nel giĂ  bramoso petto) extrait d’Ifigenia in Aulide (Londres, 1735) : Ifigenia affronte alors Ă  Londres la concurrence d’Alcina de Haendel associĂ© Ă  son castrat vedette, Carestini : au mĂ©rite de Porpora revient ici la fine caractĂ©risation d’une Ăąme saisie dans les rets d’un amour incertain qui s’exprime ici naturellement offrant d’Achille, le portrait d’un coeur inquiet dont Jaroussky transpose idĂ©alement les dĂ©chirures premiĂšres, comme les atermoiements d’une Ăąme atteinte qui va s’Ă©vanouir. Cet ample air de 8mn30 est aussi une sorte de lamento tragique qui s’Ă©tire au fil des phrases du texte de dĂ©ploration Ă©motionnelle.

C’est donc plus dans les lamentos languissants, amoureux ou dĂ©ploratifs, Ă  la tessiture mĂ©diane donc plus confortable plutĂŽt que dans les airs de caractĂšre et d’agilitĂ© que le contre tĂ©nor français rĂ©ussit Ă  convaincre : de ce point de vue l’air de Mirteo de Semiramide riconosciuta (Venise 1729) est aussi le mieux investi, bĂ©nĂ©ficiant d’une assise vocale plus assumĂ©e et visiblement plus Ă  l’aise (sauf les quelques suraigus systĂ©matiquement tirĂ©s).
A ses cĂŽtĂ©s, Andrea Marcon assure un continuo honnĂȘte, qui pourtant mĂ©riterait nuances plus subtiles dans l’intĂ©rioritĂ© des airs alanguis, essentiellement introspectifs que nous venons de distinguer.


Philippe Jaroussky : Porpora, arias pour Farinelli
  (1 cd Erato). Venice Baroque Orchestra. Andrea Marcon, direction

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CD, critique. Cecilia Bartoli: Sacrificium (2 cd Decca, 2009)

sacrificium cecilia bartoli cd critique annonce classiquenews dossier castrats par cecilia bartoli salzbourg pentecote 2018 withsun 2019CD critique. Cecilia Bartoli: Sacrificium (2 cd DECCA, 2009). En un double album particuliĂšrement soignĂ© sur le plan Ă©ditorial, les enregistrements rĂ©alisĂ©s en fĂ©vrier et mars 2009 en Espagne Ă  Valladolid Ă©clairent en particulier l’acrobatie vocale coloratura de l’Ă©criture de Nicola Porpora (1686-1768), maĂźtre essentiel de la musique pour castrats au XVIIIĂš siĂšcle. Ambassadrice de choc et de charme pour la cause des castrĂ©s devenus chanteurs, Cecilia Bartoli ajoute les maniĂšres d’autres compositeurs dont les opĂ©ras sĂ©rias mettaient en scĂšne les divins “musici” dans des airs de virtuositĂ© dramatique, taillĂ©s pour leur divin gosier… ainsi 2 airs de Carl Heinrich Graun (circa 1703-1759), extraits de ses ouvrages Demofoonte et Adriano in Siria (1746) qui touchent par leur tendresse digne et blessĂ©e; mais aussi paraissent Leonardo Leo (1694-1744), Leonardo Vinci (circa 1696-1730), Francesco Araia (1709-1770)… soit 11 airs enflammĂ©s entre tendresse hallucinĂ©e et rage expressionniste, atteignant des cimes vocales vertigineuses.

La diva romaine ajoute Ă©galement en un 2Ăš cd, les 3 airs les plus significatifs et les plus intenses de la littĂ©rature pour castrati/musici: l’Ă©poustouflant “Son qual nave” extrait d’Artaserse (1734) du frĂšre de Farinelli, Riccardo Broschi (circa 1698-1756), monument de vocalises tissĂ© pour la voix lĂ©gendaire de… Farinelli… enfin, le nom moins cĂ©lĂšbre “Ombra mai fu (Serse de Haendel, 1738) et “Sposa, non mi consci”, de Merope de Geminiano Giacomelli (circa 1692-1740): sombre priĂšre d’Epitide frappĂ© par le destin, proche de l’accablement et de l’anĂ©antissement des forces vitales… En plus d’une Ă©tendue de registres surprenante, ayant gagnĂ© de superbes graves aux cĂŽtĂ©s de ses aigus dĂ©cochĂ©s et brillantissimes (Ă©couter ici les extrĂȘmes des registres dans Qual farfalla de Porpora), Cecilia Bartoli apporte une science nuancĂ©e du verbe qui lui permet de colorer par le sentiment autant que par la puissance et l’agilitĂ©, chacun des airs sĂ©lectionnĂ©s.

En presque 1h40 de rĂȘve vocal et de voyage parthĂ©nopĂ©en Ă  remonter le temps, la magicienne Bartoli, Ă  l’agilitĂ© de souffle et d’expression souveraine, s’impose sans rivale. Son beau chant devient aussi architecture du sentiment et du sens: c’est lĂ  que se glisse et s’affirme l’apport capital de la cantatrice, rĂ©flĂ©chie, dĂ©terminĂ©e, pugnace, outre son habituel tempĂ©rament dramatique pour dĂ©fricher, surprendre… sĂ©duire et convaincre. Si le chant des castrats demeure un mythe, l’approche de la diva assoluta Bartoli rĂ©alise un tour de force qui ajoute Ă  la fascination de ce phĂ©nomĂšne d’ivresse lyrique.

CLIC D'OR macaron 200L’Ă©dition dite “deluxe” en 2 cd comprend une notice documentaire trĂšs argumentĂ©e qui permet de comprendre la dĂ©marche de la cantatrice admirative de ses prĂ©dĂ©cesseurs baroques Ă  Naples. L’album en hommage aux castrats sacrifiĂ©s sur l’autel de la perfection vocale, contient ainsi “le prĂ©cis du castrat”, vĂ©ritable somme encyclopĂ©dique qui prĂ©sente classĂ©s par entrĂ©es alphabĂ©tiques, de trĂšs nombreux articles sur le monde des castrats: compositeurs, villes, opĂ©ration, anecdotes, Ă©videmment chanteurs parmi les plus lĂ©gendaires dont Caffarelli, Farinelli, Senesino… mais aussi Porporino, Carestini, Balatri… auquel un article biographique est dĂ©diĂ©.

Gravure Ă©vĂ©nement (donc Ă©lue ” CLIC ” de CLASSIQUENEWS) dont la sortie officielle est annoncĂ©e au 5 octobre 2009.