CD, événement. JS BACH : Partitas pour clavecin, intégrale. Jean-Luc Ho, clavecins. Coffret 3 cd NoMadMusic

HO Jean-luc 3 cd coffret JS BACH critique review clavecin partitas clavecin partitas pour clavecin volume 3 jean-luc ho cd nomad musicBach ne serait Jean-Sébastien sans les Six Partitas : attentif à en exprimer le souffle et la géniale rhétorique à la fois abstraite (mais moins conceptuelle donc plus accessible et proche que le Clavier bien tempéré) et (surtout) aussi sensuelle, le claveciniste Jean-Luc Ho offre une lecture, finement incarnée, équilibrée et solaire d’un fini admirable. Car il est clair, éloquent, mais aussi subtilement énoncé, riche en intentions et connotations, servis par une très convaincante technique. Le cycle forme le premier recueil publié après son installation à Leipzig (1726), édité en une totalité affirmée et assumée en 1731. C’est évidemment le choix concerté et réfléchi d’un auteur soucieux de sa notoriété : la valeur accordée par le Maître à ce premier ensemble, justifie le soin apporté par l’interprète moderne, prêt à s’engager pour en révéler la valeur, c’est à dire la secrète unité, la subtile profondeur.

Vertus d’un toucher humble… Jean-Luc Ho s’affirme en pudeur

Magie des Partitas sous influence française

CLIC_macaron_2014Ho sait éclairer toutes les richesses des Partitas en en restituant la filiation implicite, pas ou peu manifeste avec les canevas habituels à l’époque de Bach s’agissant de suites purement instrumentales : suites de danses, présence des Préludes, ouverture et schéma à la française (La France et sa passion pour la pulsion chorégraphique dans les ballet, art national et monarchique autoproclamé, est fondamentale ici : cf. la Sarabande de la Partita n°6), références orchestrales ou même symphoniques voire opératiques (sinfonia de la 2ème, Ouverture de la 4è) ; concrètement, les Partitas n’ont souvent d’italien que leur titre car l’esprit, l’essence, le feu intérieur… sont sous influence française. Le choix d’ailleurs du mot Partitas serait surtout une volonté d’inscrire dans le sillon précédent tracé par son prédécesseur à Leipzig, Johann Kuhnau (lui-même en son temps, au XVIIè, auteur de Partien / Partitas, déjà fameuses).

Aux côtés des mieux identifiées : Allemande, Courante, Sarabandes, Gigues, Menuet… et Galanterien…, écoutez donc en leur spécificité en question : Praeludium, Prélude, Praeambulum, sinfonia, fantasia, toccata… autant de titres divers, distincts qui disent une subtilité à retrouver aujourd’hui… dans une approche finement nuancée et caractérisée. Manifestement, JS soucieux de séduire les amateurs / connaisseurs, souhaite affirmer en artiste à la mode, son allégeance à la fusion des goûts : Italie et France. Une synthèse que son génie germanique éblouit comme nul autre. Universel et accessible, Bach s’adresse à tous et chacun selon son niveau, tout en préservant à chaque fois, le raffinement de l’écriture contrapuntique et fuguée : un art de la dentelle et des combinaisons abstraites totalement maîtrisé, dont témoigne le recueil dans sa diversité cohérente et qui s’exprime avec une fluidité habile dans le jeu de Jean-Luc Ho. Ce balancement entre la virtuosité et la clarté structurelle impose le génie d’un bach conceptuel et aussi intelligible.
Pour servir un plan particularisé, les 6 Partitas sont ici abordées chacune sur un clavecin différent. Versatilité, adaptabilité, sensibilité organologique… autant de défis que l’interprète a choisi de relever et… vaincre.

Plutôt qu’un jeu péremptoire, voire démonstratif, outrageusement contrasté, Jean-Luc Ho préfère – secrète ascendance d’un tempérament asiatique oblige ?-, l’articulation sobre, un souci des équilibres (registres, rythmes, contrepoints et jeux fugues), une lecture rentrée, pudique, sommaire et un peu lisse diront les plus réservés ; sobre, précise, … amoureuse, répondront les plus convaincus. Ici la flexibilité souvent très naturelle du toucher et des intentions du jeu nuancent de façon décisive l’apparente austérité du style. L’Allemande de la Partita n°4, sous son équilibre apparent, dévoile une secrète tension active qui accrédite la grande richesse expressive et la conception tout en nuances du claviériste. Tout en finesse et sans tapage, le claveciniste Jean-Luc Ho livre un témoignage personnel et habité, nous osons dire finement incarné des Partitas italiennes et françaises du génie de Bach à Leipzig. Face à l’éloquence savante du texte, et s’agissant de Bach, l’un des plus sophistiqué même-, Jean-Luc Ho se révèle en ciselant les vertus équilibrées qui font la probité de l’interprète. CLIC de classiquenews de janvier 2016.

CD, événement. JS BACH : Partitas pour clavecin, intégrale. Jean-Luc Ho, clavecins. Coffret 3 cd NoMadMusic, série numérotée limitée NMM 016. CLIC de CLASSIQUENEWS de janvier 2016.

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