CD évènement, compte rendu critique. FROBERGER par Julien Wolfs, clavecin (1 cd Musica Flora)

wolfs-julien-clavecin-froberger-cd-flora-annonce-presentation-critique-par-classiquenewsCD évènement, compte rendu critique. FROBERGER par Julien Wolfs, clavecin (1 cd Musica Flora). Secret, savant, complexe… Johann Jacob Froberger souffre d’une considération injustement nébuleuse (pour nous mystérieuse et d’autant plus fascinante) que cet album jubilatoire efface radicalement … tant le jeu et le toucher supérieurs du jeune claveciniste belge Julien Wolfs d’une clarté rayonnante et sensuelle, restent constamment vivants et d’une saine franchise. Le claveciniste, né en 1983, humanise et incarne avec une finesse réjouissante une écriture à torts réputée conceptuelle voire cryptée. Rien d’inaccessible ici sous les doigts humbles et virtuoses de Julien Wolfs dont l’articulation souveraine et un sens inouï de la flexibilité réinscrivent la quête musicale de Froberger dans une interrogation légitime sur la vie, le monde, la recherche musicale et esthétique réconciliés avec les aspirations d’un homme sincère et prodigieusement juste dans ses expérimentations stylistiques. L’un des acteurs de la réhabilitation spectaculaire opérée par le festival Musique & Mémoire en juillet 2016 (VOIR notre reportage vidéo Les Cyclopes jouent Froberger), Julien Wolfs qui créait justement ce programme pour Musique & Mémoire 2016, s’affirme aujourd’hui comme un pilier de la nouvelle génération de clavecinistes. Parmi les plus doués et probablement le plus subtil et le mieux inspiré. Vous n’écouterez jamais plus Froberger de la même façon, après l’écoute de ce nouvel album captivant.

 

Le Clavecin virtuose de Julien Wolfs

En dédiant ce programme aux mondes esthétiques de Froberger, le claveciniste belge Julien Wolfs offre le plus bel hommage au génie musical pour clavier du xviie

L’écriture trahit une pensée qui augure des plus grands, à la fois musique pure, jeu formel et interrogation générale sur l’architecture et son développement. Froberger, virtuose et intérieur préfigure le génie de JS BACH, c’est dire. Ici la complexité du contrepoint généreux autant que sinueux expriment une volonté expérimentale sur le sens même de l’écoulement sonore et de la  temporalité : admirablement composé le programme met en ouverture le génie du bâtisseur Froberger, capable de dérouler des cathédrales contrapuntiques d’une géométrie puissante et abstraite… Toccata II et Canzon II.
Mais apport des grands interprètes, Julien Wolfs évite toute sécheresse et déploie le sens le plus profond comme le plus grave dans l’étonnante Méditation faite sur ma mort, momento mori de 1660,- soit 7 avant d’expirer, dont le jeune claveciniste fait une prière pleine de séduction sereine, un renoncement flamboyant de grandeur et d’allusive poésie. La technique suprême se fait oublier tant les intentions et la réalisation éclairent le raffinement de l’écriture et sa grande vérité.
Place à la construction affirmée des danses françaises ensuite, Froberger n’a til pas été l’inventeur probable du stilus fantasticus comme celui qui invente le principe des Suites.
La Gigue emporte par son allant printanier, la courante vagabonde, la sarabande saisit par sa grâce et sa retenue d’une noblesse imperturbable.
Mort à Héricourt (Franche-Comté, Haute Saône), alors proche de son élève et patronne Sybille de Wurtenberg, Froberger est un esprit à la fois agile, inquiet, d’une éloquence intense qui sait éviter tout bavardage. Son style demeure concis, dense, resserré, d’une étonnante exactitude. Osant aussi des dissonances critiques qui renseignent beaucoup sur sa propre conception de l’architecture et du développement (somptueuse virtuosité de la Toccata IX).

Froberger, génie européen, approcha le virtuose Frescobaldi à Rome dont il partage la science défricheuse comme la pensée analytique, comme en témoigne l’interrogation toute en retenue grave voire lugubre des “Affligée et Tombeau sur la mort de Monsieur Blanrocher”, soit 8mn de pure récréation temporelle et harmonique dont Julien Wolfs exprime vertiges et basculements d’un parcours formel à la fois imprévu et étrange, vrai miroir d’une âme amie en compassion. La puissance qui émane de ce suprême morceau sonore est l’autre sommet de ce disque superlatif. Et l’une des bornes « funèbrement légères » qui émaillent ce programme équilibré.
Compositeur diplomate, secret agent de son mécène l’empereur Ferdinand IV, Froberger connut bien des vicissitudes sur les chemins de ses missions dont témoignent les accents narratifs de cette Allemande tendue, nerveuse, “faite en passant le Rhin dans une barque en grand péril”… la somptueuse matière expressive dont Julien Wolfs sait canaliser le fil dramatique, plein de subtiles allusions, laisse déconcerté : l’auditeur est saisi par tant de finesse dans un jeu qui aurait comme chez beaucoup basculer dans la mécanique et la sécheresse.
La Sarabande qui suit est Majesté retenue, et la Gigue suivante, d’une agilité mélancolique… En définitive belles introductions au volet central du programme qui est le lamento sur la mort du protecteur Ferdinand IV, hommage éternel dont Julien Wolfs articule avec une grâce infinie l’arabesque suspendue.
Le jeu d’un calibre arachnéen, communique et le deuil qui étreint et l’intensité d’une prière qui touche par sa sincérité sur tout le spectre du clavier jusqu’en ses ultimes aigus. La note ultime prolongée au delà du mot, dans l’infini de la perte et de la peine qui en découle.
Chaque Gigue est un espoir, une reconstruction dont le claveciniste exprime le miracle d’un flux jaillissant (somptueuse plage 17), puis la Courante volubile joue des deux claviers, la Sarabande ouvre un portique grandiose jamais envisagé jusque là.
La dernière Toccata (X) éblouit par sa finesse poétique, surtout par le souffle que lui prodigue l’éloquence virtuose du jeune claveciniste. Dans cette architecture contrapuntique se dessine et se précise une véritable cité idéale, qui résout temps, espace, conscience.

wolfs julien clavecinFlamboyant par sa vivacité digitale, Julien Wolfs rétablit la place de l’humain et du sens, celui des Vanités universelles et donc de la mort. Il sublime l’instant musical et son déroulement en une épiphanie d’une prodigieuse intensité comme en témoigne la Lamentation pour le protecteur ami, Ferdinand III qui fut capable en connaisseur et mélomane avisé, de comprendre et  d’encourager la verve et l’alchimie de son prodigieux compositeur.
La vision et la maîtrise qu’en offre le claveciniste forcent l’admiration tant son éloquence digitale se fait allusion poétique. Tout mélomane doit aujourd’hui posséder et écouter ce disque virtuose, écrin de poésie sonore et de sincérité musicale pour se réconcilier définitivement avec le clavecin. Julien Wolfs ne maîtrise pas seulement le clavier, il instaure un format sonore et donc une écoute partagée, d’un équilibre et d’un format idéal.
Voici donc un premier récital majeur révélant l’un des clavecinistes les plus miraculeusement inspirés de sa génération. Le fabuleux instrument retenu enrichit aussi la beauté envoûtante et enivrante de ce programme à la fois virtuose, profond, bouleversant. Clic de Classiquenews de l’automne 2017.

——————–

CLIC_macaron_2014CD événement, critique. Froberger par Julien Wolfs, Clavecin. 1 cd musica Flora-parution en octobre 2017. Parution annoncée le 20 octobre 2017. Publication incontournable. CLIC de CLASSIQUENEWS automne 2017.

VOIR aussi notre reportage vidéo Les Cyclopes jouent Froberger pour ses 400 ans, à l’été 2016, – Festival Musique et Mémoire

LIRE aussi notre compte rendu critique du cd de Julien WOLFS édité chez PARATY

LIRE notre dépêche annonce du cd événement FROBERGER par Julien WOLFS

Comments are closed.