CD, événement, annonce. RÉVOLUTION, DAVID KADOUCH, piano (1 cd Mirare, 2018)

kadouch-david-revolution-cd-mirare-critique-cd-classiquenews-clic-de-classiquenews-cd-critique-piano-opera-critiqueCD, événement, annonce. RÉVOLUTION, DAVID KADOUCH, piano (1 cd Mirare, 2018). Né en 1985, le pianiste français DAVID KADOUCH fait partie des rares interprètes au toucher savoureux, capable d’une articulation nuancée, sachant murmurer ou rugir quand il le faut ; toujours au service de l’intériorité des oeuvres. A ces qualités, il ajoute dans ce nouvel album, une qualité complémentaire, celle de l’intelligence conceptrice. Le programme, enjeu de bien des réflexions pas toujours heureuses chez certain(e)s, s’avère dans son cas d’une intelligence sensible raccordant le chant du piano… à la mémoire, un temps passé, retrouvé sous le filtre recréateur du témoignage et de la réitération incarnée. Qu’on aime cet enchaîenment de pièces millimétrées où n’ont pas leur place la performance ni l’hystérie martelée / marketée (familières chez tant de ses confrères/sœurs).

Par son titre « RÉVOLUTION », le pianiste interprète a sélectionné des pièces témoignages aux heures les plus intenses voire tragiques et passionnées de l’histoire. Ainsi le piano témoin peut-il fixer l’éloquence et la vérité d’un instant à jamais écoulé, unique, singulier, … surtout perdu, qui ne se réalise qu’une fois, le temps de son écoulement… Des bains de sang voire des visions d’horreur cristallisent sous les doigts du pianiste magicien, lequel recrée différemment sous l’élasticité narrative et émotionnelle de ses 10 doigts. Il est donc pertinent de débuter par Dussek, admirateur pudique des dernières heures de Marie-Antoinette, collectionneur de sentiments intimes plutôt qu’observateur réduit à la seule description : la pudeur du pianiste fait mouche. Puis ce sont les Adieux de Beethoven (Sonate n°26, opus 81a), d’une puissante et tendre maîtrise, qui coule comme un jaillissement déterminé coûte que coûte ; pourtant le compositeur doit renoncer à l’un de ses amis et protecteur viennois, l’Archiduc Rodolphe, pressé vers la sortie de Vienne, à cause de l’imminence des troupes napoléoniennes. Puis ce sont l’urgence et la nervosité crépitantes de Chopin (également attendri, intérieur, comme pourchassé par le lugubre pressentiment qui handicape) et surtout de Liszt dont le chant spirituel toujours transfigure (Harmonies poétiques et religieuses III : « Funérailles »…), de la proclamation à la prière pressante. Le cas de la Pologne et de la Hongrie « colonisées » dévoile l’engagement du Liszt humaniste pour la libération ultime des peuples. Son piano est de pure résistance dont la fureur indignée s’exprime sous le feu du pianiste. David Kadouch se fait porte voix, geste d’un libérateur courageux, véhément mais articulé et nuancé qui aimait les hommes. On reste saisi par la mort de l’ouvrier lors d’une manifestation dont rend compte avec un pudeur rentrée, incisive, un Janacek sobrement bouleversé (Sonate 1.X.1905) ; même ivresse des couleurs qui sont suspendues, à la fois inquiètes, presque étranges chez le sublime Debussy, qui semble écarter toujours plus loin, le cadre de l’espace : le pianiste fait de cette gratitude pour un peu de charbon offert en 1917 au compositeur transi, un temps étiré, élastique, porte vers l’éternité fraternelle (bouleversant) ; enfin quelle horreur implacable surgit de la métrique sourde et obsessionnelle du dernier morceau, macabre et grave… jusqu’aux limites de l’audible en ses notes couperets qui fauchent inexorablement comme une machine de guerre sur le front… (Winnsboro cotton Mill blues du contemporain Frederic Ezewski).

CLIC D'OR macaron 200L’engagement du pianiste, son sens de la couleur et des atmosphères, sa pudeur surtout confirment quel grand interprète il est. Voici assurément l’un des meilleurs récital du pianiste français. CLIC de CLASSIQUENEWS de la rentrée 2019 – parution annoncée le 6 septembre 2019 – Concert du même programme « Révolution », au Silencio (Paris), le 20 octobre 2019. A ne pas manquer ensuite dans le cadre de la saison symphonique de l’Opéra de Tours : 6 – 8 décembre, Concerto de Robert Schumann / Orch Symphonique Région Centre-Val de Loire / M Tortelier, direction).

 

 

 

 

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CD ” RÉVOLUTION ” par David Kadouch, piano – 1 cd Mirare, enregistré en Belgique en décembre 2018 – durée : 1h21mn.

DUSSEK
Les Souffrances de la Reine de France

BEETHOVEN
Sonate n°26 Les Adieux, opus 81a

CHOPIN
étude Révolutionnaire opus 10 n°12
Scherzo n°1 opus 20

LISZT
Harmonies poétiques et religieuses III, S.173
Funérailles

JANACEK
Sonate 1.X.1905

DEBUSSY
Les soirs illuminés par l’ardeur du charbon
Préludes, Livre 2 – Feux d‘artifice

RZEWSKI
(né en 1938)
Winnsboro Cotton Mill Blue

 

 

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