CD, événement, annonce. DEBUSSY : Préludes II, En blanc et noir (Maurizio Pollini, Daniele Pollini – 1 cd Deutsche Grammophon)

Debuy-Preludes-II-En-blanc-et-noir-With-Daniele-Pollini-Digipack couverture cd review cd critique cd par classiquenews debussy 2018 centenaireCD, événement, annonce. DEBUSSY : Préludes II, En blanc et noir (Maurizio Pollini, Daniele Pollini – 1 cd Deutsche Grammophon). Maurizio Pollini participe à sa façon au Centenaire Debussy 2018 (25 mars prochain : 100 ans de la mort du compositeur) : il boucle son cycle pianistique debussyste en jouant 18 ans après le Premier Livre, les 12 séquences des Préludes du Livre II. On ne saurait jamais assez souligner le soin et la sensibilité littéraire et poétique de Claude de France, capable de mettre en musique Verlaine (avant Fauré) et Mallarmé. Ici, les titres des Préludes appellent à la pure magie d’un imaginaire qui sollicite la Nature, les miroitements aquatiques, les effets climatiques (brouillards, …), essor du végétal (bruyères, feuilles mortes, …), ou des sensations plus intimes liées à des souvenirs autobiographiques (« Les fées sont d’exquises danseuses »…/ « La terrasse des audiences du clair de lune », « Ondine »)… ; auxquels répondent les 3 stances pianistiques d’En Blanc et noir, cycle tardif de 1915… abordé ici à quatre mains avec son fils, Daniele.

Dans un prise de son, pas toujours très détaillée et dure, le jeu très vif et contrasté de Pollini père, déploie un son plus serré, moins organique, débridé et poétiquement fouillé que celui de Barenboim (cf son récent cd Debussy, édité en janvier 2018 chez le même éditeur) ; plus cérébral mais animé par cette pulsion organique d’une formidable tension et aspiration (premier tableau du triptyque En blanc et noir), – à deux pianos avec Daniele Pollini (son fils), Maurizio affirme une éclatante vivacité qui dans chaque épisode poétique, fouille et sculpte les arêtes vives du poème pianistique. Le chant, le souffle, la vibration de la matière naturel semblent agiter et investir tout le corps du piano, creusant un peu plus à chaque tableau, tout ce qui mène Debussy vers un éclatement et une fragmentation très caractérisée et contrastée de la texture musicale. Architecte, et poète aussi, Maurizio Pollini sait éclairer tout ce qui chez Debussy appelle au rêve, à la liberté, à cet éclatement des mondes harmoniques et de la grille rythmique totalement improvisée (ou qui semble telle… parfois proche du Stravinsky du Sacre… que le symboliste a bien analysé à sa création en 1913). Lent-Sombre, ne laisse pas de captiver par son énoncé énigmatique, qui énumère plusieurs motifs secrets, égrénés comme une série de rébus en rituel. Cette séquence où le 2 pianos de Debussy permet la transmission entre le fils et le père, Daniele et Maurizio, suscite aussi la richesse du triptyque édité en conclusion de ce récital Debussy… passionnante écoute colelctive.
Les deux pianistes en complicité, servent une reconnaissance intérieure qui dévoile tout ce que Debussy a écrit en syncopes millimétrées, rythmes et accents haletants, miroitements apeurés, hallucinés,… vibration continuelle au diapason d’une atmosphère inquiète en besoin de reconstruction. D’autant que l’ultime tableau, en son instabilité même, rejoint la touche vibratile des impressionnistes sur le motif, marin ou océan, capables en touches pavimenteuses et fragmentées, d’exprimer l’énergie multidirectionnelle des éléments, vent, eau, lumière… creuset scintillant d’une oscillation primaire, réellement captivante. Debussy est un climatologue émerveillé : le voici dans toute sa miroitante sensibilité.

Pour les 12 séquences des Préludes Livre II (qui précèdent), plus imprévisibles encore que celles du Livre I, Maurizio Pollini seul, sculpte l’étoffe debussyste avec une attention très scrupuleuse de chaque carrure rythmique, au risque de perdre parfois l’impression du jaillissement premier; c’est bien sous ses doigts, ce crépitement ouaté des deux derniers épisodes, le dernier d’une durée double à celui qui précède : « Les Tierces alternées » puis « Feux d’artifice » : cet équilibre suspendu des tuilages harmoniques qui créent un nimbe de vapeurs enveloppantes, déploie toute la matière crépitante et mystérieuse d’un Debussy impressionniste, proche du Monet des Nynphéas. De sorte que Pollini affirme sa qualité première de passeur envoûté, enivrant, juste. Récitla très recommandable. Et comme le récent cd signé de Daniel Barenboim, un nouvel album qui compte pour cette année Debussy 2018.

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CD, événement, annonce. DEBUSSY : Préludes II, En blanc et noir (Maurizio Pollini, Daniele Pollini – 1 cd Deutsche Grammophon) – prochaine grande critique développée, à venir dans le mag cd dvd livres de classiquenews, le jour de la parution du cd Pollini / Debussy : Livre II, En blanc et noir : annoncée le 23 février 2018.

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Barenboim daniel piano debussy cd review critique cd par classiquenews 028947987420cvr5_1515688326_1515688326CD, Debussy : Daniel Barenboim (1 cd Deutsche Grammophon, 1998 / 2017). L’album regroupe deux séries d’enregistrements. L’une récente, les premières plages (1-6 : Estampes, Suite Bergamasque, La plus que lente, enfin élégie, réalisés à Berlin en octobre 2017), et un cycle ancien datant de l’été 1998 en Espagne : les 12 Préludes (si poétiques) du Livre 1. Entre force et violence, les jeux de carillons de Pagodes (1) qui travaillent la matière suspendue sur l’effet de résonances et d’ondes-, Barenboim rétablit ensuite la magie de Soirée dans Grenade (2), comme le surgissement d’un songe ibérique : balancé, suspendu, enivré, mais présent par un pianisme très carré, structuré, voire massif (qui contredit souvent la pellicule immatérielle du rêve). La vision est plus terrienne et concrète qu’abstraite et subjective. Plus atmosphérique encore et parsemé d’éclairs et de frémissements en rondes enjouées, le dernier volet d’Estampes, « Jardins sous la pluie » (3 noté « net et vif ») est le plus réussi : impétueux, fouetté, mais léger toujours, vif argent. EN LIRE +

 

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