Compte rendu, concert. Dijon, Opéra, le 26 janvier 2018.Viva España. Lalo, Debussy,Ravel.Grimal, Les Dissonances.

dataURI-1517222760254Compte rendu, concert. Dijon, Opéra (auditorium), le 26 janvier 2018. ¡ Viva España ! Lalo, Debussy et Ravel par David Grimal et les Dissonances. Bien sûr le titre est réducteur dans la mesure où cet hommage à la musique espagnole est circonscrit à la France, entre Lalo, Debussy et Ravel. L’Espagne a tant suscité de curiosités musicales, bien avant qu’Eugénie épouse Napoléon III, que le choix des œuvres était problématique : pourquoi pas l’ouverture de Carmen, España de Chabrier, la rapsodie espagnole de Ravel ? La durée imposée au concert conduit évidemment à des choix drastiques.
Avant Paris (Cité de la Musique), Ferrare et Le Havre, Dijon a la primeur de ce programme qui s’ouvre sur la belle et populaire Pavane pour une infante défunte, dont l’hispanité se limite au titre. Même s’il est permis de balancer entre la version pour piano et cette orchestration, force est de reconnaître la magie ravélienne, comme la perfection de cette interprétation. On joue beaucoup moins qu’il y a cinquante ans la Symphonie espagnole, de Lalo, et c’est bien dommage. Concerto pour violon autant que symphonie, chacun le sait, il est rare que ces deux composantes soient aussi magistralement illustrées que par David Grimal et les Dissonnances. En effet, on s’est habitué à ce que la brillante partie du soliste focalise le plus souvent l’attention, en oubliant la richesse d’invention et d’écriture de l’orchestre. Ce soir, la perfection atteinte par chacun est incontestable. Dès l’allegro non troppo qui ouvre l’œuvre, c’est à une redécouverte que nous convient Les Dissonances : ainsi la fraîcheur, la tendresse du second thème, les magnifiques contrechants. Le scherzando, manifestement plus espagnol avec ses rythmes syncopés, est léger au possible, avec la surprise des changements de tempi, et la joie finale après l’épanchement discret qui précède. L’intermezzo, avec ses unissons puissants, proche de la habañera, est un sommet. L’andante, très retenu, introduit par un choral des cuivres, une caresse, avant le rondo final, enjoué, où les bois – le basson tout particulièrement – nous régalent. Le violon de David Grimal, toujours aussi magistral et libre, se joue de tous les traits écrits pour Ysaÿe, certainement avec sa collaboration. Un « petit » bis – comme le présente David Grimal – récompense les ovations d’un public conquis.
De Ravel, l’Alborada del gracioso – l’aubade du bouffon – ouvre la seconde partie. Les percussions vont s’en donner à cœur joie, avec cette débauche de rythmes et de timbres. La très grande formation s’est emparée de la quatrième pièce des Miroirs pour la parer de couleurs flamboyantes et sensuelles. Avec les Dissonances, ce qui relevait du miracle se renouvelle de concert en concert : la précision des attaques, l’autonomie harmonieuse des pupitres, cette liberté épanouie des musiciens, du soliste au plus humble, confèrent à cette musique tous ses contrastes, son galbe, sa saveur. Le concert s’achève sur Iberia, de Debussy, partition extrêmement fouillée, vivante, qui emprunte nombre de ses rythmes à une Espagne imaginaire. Les couleurs, les atmosphères sont plus vraies que nature. Les solistes et tout l’orchestre aiment manifestement cette œuvre et leur bonheur est communicatif. Les parfums de la nuit, qui sera repris en bis, ont-ils jamais été aussi capiteux ? Le pari un peu fou des Dissonances, gagné depuis bien des années, a fait place à une maturité approfondie, où l’enthousiasme le dispute à la rigueur.

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Compte rendu, concert. Dijon, Opéra (auditorium), le 26 janvier 2018. ¡ Viva España ! Lalo, Debussy et Ravel par David Grimal et les Dissonances. Photographies © Gilles Abegg – Opéra de Dijon

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