CD, critique. YUJA WANG : The BERLIN RECITAL (1 cd DG Deutsche Grammophon).

YUJA WANG berlin recital dg critique cd review cd classiquenewsCD, critique. YUJA WANG : The BERLIN RECITAL (1 cd DG Deutsche Grammophon). Virtuose, la pianiste chinoise Yuja Wang l’est incontestablement. Dès le martial et très affirmé premier Prélude du programme (Opus 23 n°5), la vitalité et l’ancrage du jeu dans le clavier sont convicancants. Ensuite dans les deux suivants, plus flottants voire évanescents, entre l’ombre et la pénombre, les doigts peinent à suggérer, à exprimer l’inquiétude sourde qui soustend le texte. Le dernier opus 32 n°10, résolument introspectif et mélancolique, osons dire que l’interprète martèle ses forte d’une égale manière, carillonnant certes mais n’atteignant pas à cette matière sonore en incandescence, imaginée par le très inquiet Rachma, russe déraciné et toujours nostalgique de la terre natale. Le jeu perd le fil, les doigts se précipitent manquant réellement de nuances et de construction. On ne sait guère où souhaite nous mener la pianiste. Rachmaninov et son mystère lui échappent.

La matière plus abstraite encore de la Sonate de Scriabine (n°10 opus 70, plus de 11 mn), qui passe et traverse d’un univers mental et spirituel à l’autre, en une instabilité elle aussi permanente, mais plus interrogative que vraiment inquiète, manque de ductilité nuancée, de velours caressant. Tout est joué net, vif, nerveux, précis certes, mais avec linéarité trop manifeste. Pas assez de suggestion.

Evidemment le relief percussif et rythmique des 3 Ligeti (surtout le premier « Touches bloquées »), lui va nettement mieux, car ici il n’y a pas vraiment d’enjeu expressif, mais une scansion répétitive (les glissandi miroitants de « Vertige ») qui menace l’équilibre et la structure temporelle comme le cadre du développement formel. Mais l’expressivité toujours trop clairement démonstrative finit par …fatiguer. Dommage.

Immatérielle et elle aussi abstraite mais sans enjeu spirituel comme celle de Scriabine, la Sonate n°8 de Prokofiev, dès l’Andante dolce, pourtant développée, manque réellement de nuance, d’arrières plans, d’ombres. La pianiste semble y trouver un jeu pour faire briller sa digitalité experte (main gauche), mais… creuse. Déception. Ce récital à Berlin n’a pas répondu à nos attentes. Yuja Wang a-t-elle raison de poursuivre dans le répertoire russe ainsi privilégié ? On préfère nettement ce que réalise en poète et en narrateur habité voire halluciné, son confrère également chez DG Deutsche Grammophon, Daniil Trifonov, autrement plus riche, allusif, subtil.

CD, critique. YUJA WANG : The BERLIN RECITAL (1 cd DG Deutsche Grammophon).

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