CD, critique. RAVEL, DUPARC : Kozena, Ticciati (1 cd LINN)

CD, critique. RAVEL, DUPARC : Kozena, Ticciati (1 cd LINN). Percutant, vif argent, très détaillé et expressif, le cycle en suite du ballet Daphnis et Chloé (première commande parisienne de Diaghilev à un compositeur français pour la saison des Ballets Russes de 1912) percute et marque l’esprit par son relief très démonstratif. Pourtant il manque ici toute la sensualité trouble du Ravel éperdu, débridé, même si le finale se finit effectivement en une frénésie orgiaque (à la manière de la Valse à venir…).
ravel duparc kozena valses melodies robin ticciati belrin sinphonie orchester cd Linn critique cd cd review classiquenewsPuis vient les chansons de Henri Duparc (1848-1933) : l’Invitation au voyage est emblématique de tout le cycle ; si le chef détaille et articule le scintillement empoisonné à l’orchestre (d’un voile post tristanesque) : Duparc, élève de César Franck, est avec Chausson le plus wagnérien des compositeurs romantiques français, le mezzo charnu et d’une beauté saisissante de Magdalena Kozena, pose problème sur son articulation du français. On pert ici 60 % de la compréhension du texte : or alchimiste de la note et du texte, Du parc exige pour être réussi, une maîtrise idéale de l’intelligibilité et d e l’intonation ; ainsi on reste très réservé sur son articulation et l’intelligibilité du français. La diphtongue échappe totalement à la chanteuse donnant ici, « ta moidre », au lieu de « ton moindre »… pourtant la couleur de la voix est proche du sublime, exprimant la dignité blessée, vénéneuse d’un Duparc véritablement envoûté par Wagner.
Phydillé (1882) est la plus convaincante, éperdue, radicale, d’une passion là encore wagnérienne, et tristanesque : Duparc a fait le chemin et le pèlerinage de Bayreuth (avec Chabrier en 1879), au point, qu’il ne s’en remit jamais…

Les Valses nobles et sentimentales font valoir le même sens du détail et du mordant expressif de l’Orchestre Deutsches Symphonie Berlin dont Robin Ticciati est devenu le directeur musical en titre depuis 2017 : si Daphnis est une immersion dans le grand bain hédoniste et suave d’un Ravel presque lascif voire orgiaque (finale), ici règnent la ciselure et le raffinement des climats, d’une tendresse émerveillée. Caractérisée, pudique aussi, la direction s’affine et atteint à cette cristallisation suggestive dont Ravel, conteur magicien détient la secret. L’écoute approfondie met en lumière les qualités du chef en terme de flexibilité et d’accents par séquence, avec un souci de respect des indications dynamiques.

Belle lecture et surtout bel engagement pour la musique française postromantique et moderne. Reste que la transition entre la dernière des chansons de Duparc (Phydillé) enchainée directement à la vivacité expressive et pleine de panache provocant des Valses de Ravel, n’est pas une continuité des plus heureuses. Petite erreur dans la conception du programme.

________________________________________________________________________________________________

CD, critique. Ravel & Duparc: « Aimer et mourir » – Danses et mĂ©lodies. Magdalena KoĹľená, mezzo. Deutsches Symphonie-Orchester BERLIN. Robin, Ticciati, direction – 1 cd LINN records

+ d’infos sur le site de LINN records
http://www.linnrecords.com/recording-aimer-et-mourir.aspx

Comments are closed.