CD, critique. MOZART : La Clemenza di Tito. Nézet-Séguin, DiDonato, Rebeka… (2 cd DG Deutsche Grammophon).

La-Clemenza-Di-Tito neezt seguin donato rebeka villazon cd review critique cd opera par classiquenewsCD, critique. MOZART : La Clemenza di Tito. Nézet-Séguin, DiDonato, Rebeka… (2 cd DG Deutsche Grammophon). La formule est à présent célèbre : implanter comme à Salzbourg, un cycle récurrent Mozart, mais ici à Baden Baden, et chaque été, c’est à dire les grands opéras ; après Don Giovanni, Cosi, L’Enlèvement au sérail, Les Nozze, voici le déjà 5è ouvrage, enregistré sur le vif en version de concert, depuis le Fespielhaus de Baden Baden, en juillet 2017. Autour du ténor médiatique Rolando Villazon (pilier avec le chef québécois de ce projet discographique d’envergure), se pressent quelques beaux gosiers, dont surtout, vrais tempéraments capables de brosser et approfondir un personnage sur la scène, grâce à leur vocalità ardente, ciselée : le Sesto de Joyce Di Donato, mozartienne électrique jusqu’au bout des ongles ; dans le rôle de l’amant manipulé ; et, révélation de cette bande, la soprano lettone Marina Rebeka, ampleur dramatique de louve dévorée par la haine et la conscience du pouvoir, dans le rôle de l’ambitieuse prête à tout. Leur cible : l’empereur Titus (ce modèle royal, véritable « délice du genre humain ») qui incarnation du politique vertueux et loyal, vient de répudier sa chère Bérénice, princesse de Judée (qui lui avait tout appris pourtant : voir ici l’opéra de Magnard : Titus et Bérénice). Chez Mozart, Villazon incarne la figure du prince d’abord humain, ensuite politique. Ses qualités de cœur, sa profondeur comme son épaisseur émotionnelle sont excellemment exprimées par le ténor mexicano-français : la diction suit de près l’articulation du texte qui intensifie un être solitaire soucieux de justice ; ainsi, poussé par Publius (très convaincant Adam Plachetka, baryton noble et tendre), l’empereur s’apprêterait à condamner le favori qui l’a trahi (Sesto / Sextus) mais la fraternité et la compassion l’emportent, offrant donc en fin d’ouvrage, cette « clémence » si admirable.

Entre temps, la Vitellia de Marina Rebeka qui veut prendre le trône, fulmine, conspire… en vains ; avant d’abdiquer elle aussi, défaite face à la vérité rayonnante et la chaleur d’une humanité retrouvée. Du reste le dernier seria de Mozart, qu’il compose dans l’urgence pour assurer la création pour le couronnement du Leopold II, est un hymne sublime à la tendresse et à l’amour, et l’on se félicite qu’avec La Flûte Enchantée également portée en 1791, -l’année de la mort de Mozart-, le projet Mozart à Baden Baden ait choisi Titus parmi les grands opéras mozartiens. Justice est donc rendue vis à vis d’un ouvrage d’une modernité saisissante par l’intelligence de son plan dramatique (incendie du capitole à la fin du I quand Titus est laissé pour mort, victime d’un assassinat en complot), par le souci d’économie et de justesse qui inspire la partition (2 actes finalement assez courts).

A la tête de l’Orchestre de chambre d’Europe, sur instruments modernes donc, le québécois Yannick Nézet-Séguin montre sa maestrià héroïque au service d’un opéra essentiellement humain. La vérité qui se dégage de sa direction, son attention aussi aux climats psychologiques, sa mesure et son goût des timbres (voyez les airs avec instruments obligés pour Sesto et Vitellia, respectivement avec clarinette et cor de basset) enrichissent encore une lecture très stylée où percent de façon définitive comme deux gemmes incandescents, le Sesto de Joyce Di Donato et la Vittelia de Marina Rebeka. Ces deux là sont sublimes dans la métamorphose qui se précise peu à peu, ils se révèlent avec une violence inédite alors à l’opéra. Belle production. On attend la suite… La Flûte ? A suivre.

 

 

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CD, critique. MOZART : La Clemnza di Tito / La Clémence de Titus. Enregistré à Baden-Baden, Festspielhaus, juillet 2017. Opera seria en deux actes sur un livret de Caterino Tomasso Mazzolà, d’après Pietro Metastasio. Avec : Rolando Villazón, Tito Vespasiano / Marina Rebeka, Vitellia / Joyce DiDonato, Sesto / Regula Mühlemann, Servilia / Tara Erraught, Annio / Adam Plachetka, Publio. RIAS Kammerchor / Chamber Orchestra of Europe. Yannick Nézet-Séguin, direction (2 cd DG Deutsche Grammophon).

 

 

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APPROFONDIR : LIRE aussi nos critiques complètes des précédents coffrets MOZART du cycle Nézet-Séguin et Villazon depuis Baden Baden l’été :

Don-Giovanni.cd_.01CD, critique. Mozart: Don Giovanni, Nézet-Séguin (2011) 3 cd Deutsche Grammophon. Entrée réussie pour le chef canadien Yannick Nézet-Séguin qui emporte haut la main les suffrages pour son premier défi chez Deutsche Grammophon: enregistrer Don Giovanni de Mozart.Après les mythiques Boehm, Furtwängler, et tant de chefs qui en ont fait un accomplissement longuement médité, l’opéra Don Giovanni version Nézet-Séguin regarderait plutôt du coté de son maître, très scrupuleusement étudié, observé, suivi, le défunt Carlo Maria Giulini: souffle, sincérité cosmique, vérité surtout restituant au giocoso de Mozart, sa sincérité première, son urgence théâtrale, en une liberté de tempi régénérés, libres et souvent pertinents, qui accusent le souffle universel des situations et des tempéraments mis en mouvement.Immédiatement ce qui saisit l’audition c’est la vitalité très fluide, le raffinement naturel du chant orchestral; un sens des climats et de la continuité dramatique qui impose des l’ouverture une imagination fertile… Les chanteurs sont naturellement portés par la sureté de la baguette, l’écoute fraternelle du chef, toujours en symbiose avec les voix. EN LIRE +

 

 

Cosi_Mozart-Nezet_seguin_cd_DG_villazonCD. Mozart : Cosi fan tutte (Nézet-Séguin, 2012) 3 cd DG   ….   le jeune chef plein d’ardeur, Yannick Nézet-Séguin poursuit son intégrale Mozart captée à Baden Baden chaque été pour Deutsche Grammophon avec un Cosi fan tutte, palpitant et engagé. Voici un Cosi fan tutte (Vienne, 1790) de belle allure, surtout orchestrale, qui vaut aussi pour la performance des deux soeurs, victimes de la machination machiste ourdie par le misogyne Alfonso … D’abord il y a l’élégance mordante souvent très engageante de l’orchestre auquel Yannick Nézet-Séguin, coordonnateur de cette intégrale Mozart pour DG, insuffle le nerf, la palpitation de l’instant : une exaltation souvent irrésistible. le directeur musical du Philharmonique de Rotterdam n’a pas son pareil pour varier les milles intentions d’une partition qui frétille en tendresse et clins d’oeil pour ses personnages, surtout féminins. Comme Les Noces de Figaro, Mozart semble développer une sensibilité proche du coeur féminin : comme on le lira plus loin, ce ne sont pas Dorabella ni Fiodiligi, d’une présence absolue ici, qui démentiront notre analyse. En LIRE +

 

 

 

http://www.classiquenews.com/cd-compte-rendu-critique-mozart-lenlevement-au-serail-die-entfhurung-aus-dem-serail-schweinester-prohaska-damrau-villazon-nezet-seguin-2-cd-deutsche-grammophon/CD, compte rendu critique. Mozart : L’Enlèvement au sérail, Die Entfhürung aus dem serail. Schweinester, Prohaska, Damrau, Villazon, Nézet-Séguin (2 cd Deutsche Grammophon). Après Don Giovanni et Cosi fan tutte, que vaut la brillante turquerie composée par Mozart en 1782, au coeur des Lumières défendue à Baden Baden par Nézet-Séguin et son équipe ? Évidemment avec son léger accent mexicain le non germanophone Rolando Villazon peine à convaincre dans le rôle de Belmonte;  outre l’articulation contournée de l’allemand, c’est surtout un style qui reste pas assez sobre, trop maniéré à notre goût, autant de petites anomalies qui malgré l’intensité du chant placent le chanteur en dehors du rôle. EN LIRE +

 

 

Le nozze di figaro mozart les noces de figaro deutsche grammophon 3 cd nezet-seguin_hampson_fauchecourt critique cd review classiquenews presentation annonce depeche clic de classiquenews juin 2016CD, annonce. Mozart : Les Noces de Figaro par Yannick Nézet Séguin. Alors que Sony classical poursuit sa trilogie sous la conduite de l’espiègle et pétaradant Teodor Currentzis (1), Deutsche Grammophon achève la sienne sous le pilotage du Montréalais Yannick-Nézet Séguin récemment nommé directeur musical au Metropolitan Opera de New York. Après Don Giovanni, puis Cosi, les Nozze di Figaro sont annoncées ce 8 juillet 2016. A l’affiche de ce live en provenance comme pour chaque ouvrage enregistré de Baden Baden (festival estival 2015), des vedettes bien connues dont surtout le ténor franco mexicain Rolando Villazonavec lequel le chef a entrepris ce cycle mozartien qui devrait compter au total 7 opéras de la maturité. Villazon on l’a vu, se refait une santé vocale au cours de ce voyage mozartien, réapprenant non sans convaincre le délicat et subtil legato mozartien, la douceur et l’expressivité des inflexions, l’art des nuances et des phrasés souverains… une autre écoute aussi avec l’orchestre (les instrumentistes à Baden Baden sont placés derrière les chanteurs…) – EN LIRE +

 

 

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