CD critique. LEKEU : Sonate pour violon, Trio pour violon / violoncelle (Monteiro, Rocha, JP Santos (1 cd Brilliants – 2018)

lekeu guillaume violon piano monteiro miguel rocha JP santos piano cd brilliants critique review classiquenewsCD critique. LEKEU : Sonate pour violon, Trio pour violon / violoncelle (Monteiro, Rocha, JP Santos (1 cd Brilliants – 2018). Lekeu comme de nombreux gĂ©nies prĂ©coces fut fauchĂ© Ă  24 ans (mort Ă  Angers le 21 janvier 1894) par la fiĂšvre typhoĂŻde, nous laissant orphelins d’un talent rare et dĂ©jĂ  passionnĂ© dont la trĂšs riche texture, le goĂ»t des chromatismes, une pensĂ©e manifestement wagnĂ©rienne (en cela fidĂšle au goĂ»t de ses mentors D’Indy et Franck) demeure la promesse Ă©ternelle d’une maturitĂ© Ă  jamais refusĂ©e. Pourtant les deux partitions abordĂ©es ici indiquent clairement l’accomplissement manifeste d’une Ă©criture aboutie, dense, intense malgrĂ© le jeune Ăąge du compositeur romantique français. Il remporta d’ailleurs le 2Ăšme Prix de Rome belge en 1891 (pour sa cantate AndromĂšde Ă  rĂ©Ă©couter d’urgence). Le sens des couleurs, le flux harmonique aux modulations et passages ininterrompus façonnent un matĂ©riau particuliĂšrement opulent et actif, jusqu’à la saturation. A leur Ă©coute, le « Rimbaud » de la musique française n’a pas usurpĂ© son surnom, ni la pertinence de ce rapprochement poĂ©tique.

220px-Guillaume_Lekeu_ca._1886Souvent prĂ©sentĂ©e telle sa piĂšce maĂźtresse, la Sonate pour piano et violon en sol majeur, composĂ©e Ă  l’étĂ© 1892, crĂ©Ă©e avec succĂšs Ă  Bruxelles en mars 1893 par le violoniste cĂ©lĂšbre EugĂšne YsaĂże (qui fut surtout le commanditaire de la Sonate). Il faut beaucoup d’énergie et d’engagement, mais aussi de la finesse pour assumer ce lyrisme permanent dont la suractivitĂ© peut obscurcir le sens et la clartĂ© de l’architecture. Car influencĂ© aussi par Beethoven, Lekeu a la passion de la forme, du dĂ©veloppement, animĂ© par une ambition musicale et un instinct perfectionniste, en tout point remarquable. Tout s’enchaĂźne parfaitement dans cette Sonates Ă  2 voix dont l’acuitĂ© expressive fait briller un lyrisme mĂ©lodique dĂ©bordant, un sens de la structure aussi mieux Ă©quilibrĂ©e
 : canalisĂ© et construit dans le premier Ă©pisode « TrĂšs modĂ©ré » plutĂŽt sĂ©duisant et lĂ©ger ; le central « trĂšs lent » fait valoir les qualitĂ©s de nuances du violon plutĂŽt introspectif ; avant le Finale (TrĂšs animĂ©), ouvertement passionnĂ© voire dĂ©bridĂ© mais toujours frais et printanier.

Plus attachant selon notre goĂ»t, le Trio avec piano a le charme d’une sincĂ©ritĂ© rayonnante quoiqu’encore indĂ©cise voire maladroite dans son Ă©criture. Il est un peu plus ancien (composĂ© en 1890) oĂč se dĂ©ploie davantage dans sa construction plus explicite, l’influence de la structure beethovĂ©nienne, quoique le premier et dernier mouvement regorgent d’idĂ©es et de rĂ©miniscences harmoniques denses et mĂȘlĂ©es qui fondent les critiques regrettant trop de dĂ©veloppements. Ambitieuse, la partition dĂ©ploie 4 mouvements particuliĂšrement « bavards » ou 
dramatiques, diront les plus bienveillants. Âme passionnĂ©e et d’une force intranquille, Lekeu sait dĂ©ployer une imagination intime sans limites comme l’atteste le premier mouvement oĂč dialoguent deux Ă©pisodes trĂšs contrastĂ©s (lent puis allegro Ă©nergique), exprimant une palette de sentiments aussi prolixe que nuancĂ©e : de la douleur premiĂšre, Ă  la sombre rĂȘverie, 
 du renoncement furtif Ă  la dĂ©pression plus diffuse : tout ici par le filtre d’une sensibilitĂ© experte et hyperactive, dĂ©nonce et Ă©prouve l’échec et la rĂ©pĂ©tition des blessures intimes. Le trĂšs lent, puis le Scherzo, hautement syncopĂ©, enfin le finale qui est un Lent lui aussi, peut-ĂȘtre trop long quoique harmoniquement passionnant, accrĂ©ditent le gĂ©nie bien trempĂ© du jeune romantique; les trois interprĂštes malgrĂ© un piano Ă  notre avis trop prĂ©sent, au risque d’un dĂ©sĂ©quilibre sonore, restitue le jaillissement des motifs en Ă©chos ou en opposition ; que raffine aussi le violon tout en intensitĂ© maĂźtrisĂ©e du Bruno Monteiro. Restent la Sonate violoncelle / piano (1888), le Quatuor avec piano (1893) pour saisir le gĂ©nie d’un Lekeu juvĂ©nile et passionnant. De prochains enregistrements ? A suivre.

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CD, critique. Guillaume Lekeu (1870-1894) : Sonate pour violon et piano en sol majeur – Trio pour piano, violon et violoncelle en do mineur. Bruno Monteiro, violon. Miguel Rocha, violoncelle. JoĂŁo Paulo Santos, piano. 1 CD Brilliant Classics. Enregistrement rĂ©alisĂ© au Portugal, Ă©tĂ© 2018. Livret : anglais-portugais. DurĂ©e : 1h17mn

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