SCEAUX, 92. La Schubertiade : Schubert, Franck, Ravel

sceaux-schubertiade-pave-19-20SCEAUX (92). La Schubertiade, 12 oct 19. « Made in Franz ». Reprise du cycle de musique de chambre à Sceaux, avec en fil rouge, la musique Schubertienne. Le premier volet de la nouvelle saison de La Schubertiade de Sceaux associe Schubert (Fantaisie en ut D 934) à deux immenses Français romantiques, auteurs majeurs à l’époque de Wagner : Saint-Saëns et Franck, dans deux partitions essentielles dans l’histoire de la musique romantique française, et aussi Ravel (l’irrésistible Tzigane).

Présentation des interprètes : 1er concert du cycle Made in Franz

Degand-Julien-e1559384374717-300x300” ReprĂ©sentante exceptionnelle du violon français, fondatrice et chef de « la Diane française », pĂ©dagogue recherchĂ©e, StĂ©phanie-Marie Degand est l’une des rares violonistes Ă  maitriser les codes d’un rĂ©pertoire allant du XVII° siècle Ă  aujourd’hui. AssociĂ©e Ă  sa complice Christie Julien, partenaire privilĂ©giĂ©e sur scène comme au disque, la voici dans un duo « so french » (titre de l’un de leurs albums) oĂą l’inspiration crĂ©atrice ne le cède en rien Ă  la virtuositĂ©. Avec en prĂ©lude un merveilleux dialogue schubertien dans l’une de ses rares Ĺ“uvres pour cette formation. “

 

 

 

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Samedi 12 octobre 2019, 17h
HĂ´tel de Ville de Sceaux
Grande Salle

RÉSERVEZ VOTRE PLACE
http://www.schubertiadesceaux.fr/la-programmation/edition-2019-2020/

 

 

 

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Programme :
Schubert : Fantaisie en ut D 934
Saint-Saëns : Introduction et rondo capriccioso
Franck : Sonate
Ravel : Tzigane

Stéphanie-Marie Degand, violon
Christie Julien, piano

CD critique. LEKEU : Sonate pour violon, Trio pour violon / violoncelle (Monteiro, Rocha, JP Santos (1 cd Brilliants – 2018)

lekeu guillaume violon piano monteiro miguel rocha JP santos piano cd brilliants critique review classiquenewsCD critique. LEKEU : Sonate pour violon, Trio pour violon / violoncelle (Monteiro, Rocha, JP Santos (1 cd Brilliants – 2018). Lekeu comme de nombreux gĂ©nies prĂ©coces fut fauchĂ© Ă  24 ans (mort Ă  Angers le 21 janvier 1894) par la fièvre typhoĂŻde, nous laissant orphelins d’un talent rare et dĂ©jĂ  passionnĂ© dont la très riche texture, le goĂ»t des chromatismes, une pensĂ©e manifestement wagnĂ©rienne (en cela fidèle au goĂ»t de ses mentors D’Indy et Franck) demeure la promesse Ă©ternelle d’une maturitĂ© Ă  jamais refusĂ©e. Pourtant les deux partitions abordĂ©es ici indiquent clairement l’accomplissement manifeste d’une Ă©criture aboutie, dense, intense malgrĂ© le jeune âge du compositeur romantique français. Il remporta d’ailleurs le 2ème Prix de Rome belge en 1891 (pour sa cantate Andromède Ă  rĂ©Ă©couter d’urgence). Le sens des couleurs, le flux harmonique aux modulations et passages ininterrompus façonnent un matĂ©riau particulièrement opulent et actif, jusqu’à la saturation. A leur Ă©coute, le « Rimbaud » de la musique française n’a pas usurpĂ© son surnom, ni la pertinence de ce rapprochement poĂ©tique.

220px-Guillaume_Lekeu_ca._1886Souvent présentée telle sa pièce maîtresse, la Sonate pour piano et violon en sol majeur, composée à l’été 1892, créée avec succès à Bruxelles en mars 1893 par le violoniste célèbre Eugène Ysaÿe (qui fut surtout le commanditaire de la Sonate). Il faut beaucoup d’énergie et d’engagement, mais aussi de la finesse pour assumer ce lyrisme permanent dont la suractivité peut obscurcir le sens et la clarté de l’architecture. Car influencé aussi par Beethoven, Lekeu a la passion de la forme, du développement, animé par une ambition musicale et un instinct perfectionniste, en tout point remarquable. Tout s’enchaîne parfaitement dans cette Sonates à 2 voix dont l’acuité expressive fait briller un lyrisme mélodique débordant, un sens de la structure aussi mieux équilibrée… : canalisé et construit dans le premier épisode « Très modéré » plutôt séduisant et léger ; le central « très lent » fait valoir les qualités de nuances du violon plutôt introspectif ; avant le Finale (Très animé), ouvertement passionné voire débridé mais toujours frais et printanier.

Plus attachant selon notre goût, le Trio avec piano a le charme d’une sincérité rayonnante quoiqu’encore indécise voire maladroite dans son écriture. Il est un peu plus ancien (composé en 1890) où se déploie davantage dans sa construction plus explicite, l’influence de la structure beethovénienne, quoique le premier et dernier mouvement regorgent d’idées et de réminiscences harmoniques denses et mêlées qui fondent les critiques regrettant trop de développements. Ambitieuse, la partition déploie 4 mouvements particulièrement « bavards » ou …dramatiques, diront les plus bienveillants. Âme passionnée et d’une force intranquille, Lekeu sait déployer une imagination intime sans limites comme l’atteste le premier mouvement où dialoguent deux épisodes très contrastés (lent puis allegro énergique), exprimant une palette de sentiments aussi prolixe que nuancée : de la douleur première, à la sombre rêverie, … du renoncement furtif à la dépression plus diffuse : tout ici par le filtre d’une sensibilité experte et hyperactive, dénonce et éprouve l’échec et la répétition des blessures intimes. Le très lent, puis le Scherzo, hautement syncopé, enfin le finale qui est un Lent lui aussi, peut-être trop long quoique harmoniquement passionnant, accréditent le génie bien trempé du jeune romantique; les trois interprètes malgré un piano à notre avis trop présent, au risque d’un déséquilibre sonore, restitue le jaillissement des motifs en échos ou en opposition ; que raffine aussi le violon tout en intensité maîtrisée du Bruno Monteiro. Restent la Sonate violoncelle / piano (1888), le Quatuor avec piano (1893) pour saisir le génie d’un Lekeu juvénile et passionnant. De prochains enregistrements ? A suivre.

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CD, critique. Guillaume Lekeu (1870-1894) : Sonate pour violon et piano en sol majeur – Trio pour piano, violon et violoncelle en do mineur. Bruno Monteiro, violon. Miguel Rocha, violoncelle. JoĂŁo Paulo Santos, piano. 1 CD Brilliant Classics. Enregistrement rĂ©alisĂ© au Portugal, Ă©tĂ© 2018. Livret : anglais-portugais. DurĂ©e : 1h17mn

CD, coffret Ă©vĂ©nement. Jean Martinon : the late years : 1968 – 1975. Roussel, Dukas, Lalo, Berlioz, Falla, Poulenc, Ibert, Honegger, Schumann, Tchaikovski, Brahms… 14 cd. CLIC de classiquenews de septembre 2015

martinon jean the late years 1968-1975 reviex presentation account of comptre rendu critique classiquenews cd coffret 14 cd erato warnerclassics2564615497CD, coffret Ă©vĂ©nement. Jean Martinon : the late years : 1968 – 1975. Roussel, Dukas, Lalo, Berlioz, Falla, Poulenc, Ibert, Honegger, Schumann, Tchaikovski, Brahms… 14 cd. CLIC de classiquenews de septembre 2015. Erato Ă©dite les archives lĂ©gendaires contenant le testament artistique du chef Jean Martinon (1910-1976), baguette gĂ©nialement dĂ©taillĂ©e et d’une transparence idĂ©ale qui a fait vibrer et palpiter comme peu avant lui, les joyaux du symphonisme français, ceux signĂ©s Albert Roussel en particulier (le chef qui Ă©tait aussi compositeur a Ă©tudiĂ© la composition avec Roussel justement, d’oĂą sa profonde admiration / connaissance de l’Ă©criture rousselienne). Directeur musical du National de France de 1969 Ă  1973, Martinon enregistre plusieurs sommets orchestraux qui aujourd’hui rĂ©vèlent l’acuitĂ© incandescente de son geste… D’ailleurs les 3 premiers cd abordent ballets et Symphonies de Roussel, transfigurĂ©s par une direction exemplaire en tout point. Un accomplissement rare qui demeure une rĂ©alisation mythique (et qui fait donc l’attrait particulier du coffret ERATO 2015).

A la tĂŞte de l’Ortf, le chef français rĂ©alise un cycle d’enregistrements miraculeux

Roussel, Dukas, Lalo, Berlioz…

Jean Martinon, habité par la grâce

 

CLIC_macaron_2014La direction de Martinon profite de son activitĂ© de compositeur (comme un Boulez aussi) : trĂ©pidation rythmique, puissance Ă©motionnelle, souffle Ă©pique, d’une prĂ©cision analytique et surtout d’un intensitĂ© poĂ©tique qui porte l’ivresse et l’extase d’Ariane dans les bras du Bacchus danseur (6), vĂ©ritable agent de la transe et de la mĂ©tamorphose qui conduit l’amoureuse abandonnĂ©e par ThĂ©sĂ©e Ă  sublimer son destin, de tragique, bientĂ´t miraculeusement sauvĂ©e. L’Ă©lève de Munch, Ă  qui l’Orchestre de Chicago propose la succession de Reiner, apporte Ă  Paris (il Ă©tait aussi violoniste), sa grande sensibilitĂ© et son expĂ©rience affĂ»tĂ©e des partitions.
Le rĂ©veil d’Ariane est un morceau d’anthologie de toute la littĂ©rature symphonique française, portĂ© par un Roussel au sommet de sa sensibilitĂ©. L’activitĂ© de l’orchestre, le dĂ©tail instrumental, le geste millimĂ©trĂ© et riche de mille nuances du chef français accrĂ©ditent a très haute valeur de ce coffret dans sa globalitĂ© : jamais la matière orchestrale ciselĂ©e avec autant de raffinement et de subtilitĂ© dramatique n’aura Ă  ce point exprimer l’incandescente progression de l’action : transformation de l’endormie en nouvelle âme rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e grâce Ă  la magie de l’amour et d’une rencontre imprĂ©vue. Le 10 tire des larmes : baiser des deux amants ressuscitĂ©s oĂą le chant de l’orchestre atteint un sommet d’extase langoureuse oĂą règne surtout le geste filigranĂ© d’un maĂ®tre maestro. Ne serait-ce que pour son legs Roussel, sublimĂ© par une connaissance miraculeuse, le coffret mĂ©rite le meilleur accueil : un corpus Ă  Ă©couter d’urgence par tous les mĂ©lomanes. A la tĂŞte de l’orchestre national de l’ORTF, en 1969 (Bacchus et Ariane, Suites 1 et 2 enchaĂ®nĂ©es) puis en 1971 pour Le Festin de l’AraignĂ©e (autre splendeur absolue et de surcroĂ®t lecture du ballet intĂ©grale), Jean Martinon se montre d’une prodigieuse activitĂ©, dramatique et poĂ©tique d’une grâce irrĂ©sistible. L’ivresse et l’analyse opèrent une mĂŞme alchimie superlative pour les Symphonies 2 opus 23 et n°3 opus 42 avec le mĂŞme orchestre en 1969 et 1970 (cd2). Quand le cd3, offre le trop rare mais exceptionnel ballet Aeneas opus 54 sur le livret de Joseph Weterings, 13 Ă©pisodes d’une maturitĂ© poĂ©tique identique, (mĂŞme orchestre pilotĂ© en dĂ©cembre 1969 avec choeur) : caresse Ă©perdue des violoncelles, chambrisme scintillant des bois et des cuivres… Martinon produit une leçon de direction habitĂ©e, filigranĂ©e lĂ  encore oĂą le chant naturel des instruments exprime au plus juste le dĂ©voilement des sentiments secrets, l’activitĂ© de la psychĂ© qui tire les ficelles du destin d’EnĂ©e et de Didon.

Martinon jean erato the late years 1968 - 1975 Dukas, ROussel, Pierne, Berlioz PoulencAutre rĂ©vĂ©lation et sommet de l’interprĂ©tation des annĂ©es 1968 : la Symphonie en rĂ© de Franck (avec la national de l’Ortf toujours) dont Martinon dès le dĂ©but (lento) faire resplendir une sonoritĂ© lugubre et cosmique, pleine de mystère et de souffle Ă©pique, oĂą passe le grand frisson wagnĂ©rien : voilĂ  ce fameux wagnĂ©risme rĂ©assimilĂ© spĂ©cifiquement par Franck et qui le diffuse avec cette Ă©lĂ©gance et cette pudeur tragique Ă  la fin du XIXè en France (la Symphonie en rĂ© de CĂ©sar Franck est crĂ©Ă©e en 1889). A Martinon qui fut aussi un grand MalhĂ©rien (comme Bernstein Ă  la suite de Walter), revient le mĂ©rite de nous faire entendre la gravitĂ© fantastique d’une partition dont il rĂ©tablit les justes proportions, et comme la vibration souterraine de sa gĂ©ographie tectonique, les dimensions chthoniennes, enfouies enfin rĂ©vĂ©lĂ©es, Ă  la fois colossales et intimes, d’une spiritualitĂ© qui se rĂ©vèle dans le second mouvement (allegretto, Ă  la fois andante et scherzo : fusion gĂ©niale) : Ă  travers des tempos ralentis, Ă©tirĂ©s mais suspendus et profonds… quelle comprĂ©hension supĂ©rieure, quel chatoiement orchestral. La baguette est acĂ©rĂ©e et vive, et tout autant brumeuse et Ă©nigmatique. Du très grand art. MĂŞme accomplissement pour la Symphonie en ut de Paul Dukas, autre Ă©blouissement sonore, profond et subtilement Ă©noncĂ© (1972). CrĂ©Ă© en 1897, Dukas prolonge les expĂ©riences dans le domaine de Saint-SaĂ«ns, Lalo, D’Indy, Franck, Chausson… C’est donc la lecture d’un jalon rĂ©capitulatif et comme synthĂ©tique de toute la tradition symphonique romantique française que rĂ©ussit Martinon.  Le maestro parvient malgrĂ© l’ampleur parfois colossal de l’effectif et de la matière sonore, Ă  prĂ©server toujours clartĂ©, transparence, jouant sur le voile irrĂ©mĂ©diablement dĂ©pressif des cordes. La rĂ©vĂ©lation vient aussi de l’ouverture Polyeucte que sa perfection structurelle et son souffle dramatique oriente vers la forme d’un poème symphonique de près de 16mn. ElĂ©gantissime et profond, Martinon fait surgir Ă  travers les influences du jeune Dukas (26 ans), celles de Wagner et de Franck, un tempĂ©rament hors du commun pour le dramatise vĂ©nĂ©neux, empoisonnĂ© par les brumes inquiĂ©tantes, plongeant dans une psychĂ© tourmentĂ©e et profondĂ©ment tragique. L’Ă©clat mordorĂ© noir voire solennel de Dukas d’un caractère mĂ©ditatif (l’harmonie des bassons doublĂ©e par le cor anglais) Ă©tend ses formidables vertiges suspendus repris aux cordes et aux cuivres. Le geste fluide, aux rĂ©sonances vĂ©nĂ©neuse affirme l’affinitĂ© manifeste du chef avec les derniers romantiques hexagonaux, prodigieux auteurs Ă  l’Ă©poque de Wagner et de Franck. Polyeucte dĂ©vorĂ© intĂ©rieurement entre son amour pour Pauline et sa foi de chrĂ©tien responsable, a tout du hĂ©ros embrasĂ© cornĂ©lien. Crispations ultimes, dĂ©chirements et dĂ©flagration du destin contraire, laissent enfin dans la dernière partie, le flux impĂ©tueux suspendu, rĂ©dempteur de la harpe, Ă  l’image de la Symphonie en rĂ© de Franck (1889, modèle absolu). La partition crĂ©Ă©e en 1892 est un chef d’oeuvre mĂ©connu que Martinon avait dĂ©jĂ  compris comme personne.

 

L’acuitĂ© du symphonisme romantique et postromantique de Martinon trouve ici d’autres jalons incontournables : La PĂ©ri du mĂŞme Dukas (1971), La tragĂ©die de SalomĂ© de Schmitt opus 50 (1972), une saisissante Fantastique de Berlioz suivie de son volet complĂ©mentaire et nĂ©cessaire LĂ©lio ou le retour Ă  la vie (1972 et 1973), la Symphonie espagnole de Lalo opus 21 avec l’excellent Oistrakh (avec le Philharmonia Orchestra, Londres 1954). Autre must absolu. Les bĂ©nĂ©fices du coffret sont inestimables. Mais il y aurait tant d’autres splendeurs Ă  souligner dans ce coffret majeur : le Poème de Chausson avec Perlman (1970), la Symphonie avec orgue de Saint-SaĂ«ns (Marie-Claire Alain, 1970, comme celle de Franck d’un souffle hallucinant), Cydalise de PiernĂ© de 1970, et Pacific 231 d’Honegger (1971), Les Escales d’Ibert (1974), la Symphonie n°4 de Schumann (avec l’orchestre mondial des jeunesses musicales, 1975), le ballet intĂ©gral El sombrero de tres picos de Falla (live de 1972)…

martinon-jean-complete-recordings-chicago-symphony-orchestra-1964---1969-10-cd-box-CLIC-de-classiquenews-mars-2015-compte-rendu-critiqueVoilĂ  un nouveau coffret qui complète heureusement le coffret prĂ©cĂ©dent Ă©ditĂ© par Sony classical dĂ©diĂ© Ă  l’Ĺ“uvre de Martinon Ă  la tĂŞte du Chicago Symphony Orchestra (10 cd RCA, entre 1964 et 1969) soit juste avant les accomplissement Roussel avec l’Ortf. C’est peu dire que Martinon rĂ©alise Ă  Chicago une travail Ă©blouissant que son successeur Solti saura cultiver et faire fructifier… De l’un Ă  l’autre, s’affirme une mĂŞme direction ciselĂ©e, d’une profondeur et d’une subtilitĂ© qui laissent sans voix. Jean Martinon est bien un immense chef français Ă  redĂ©couvrir d’urgence.

CLIC D'OR macaron 200CD, coffret Ă©vĂ©nement. Jean Martinon : the late years : 1968 – 1975. Roussel, Dukas, Lalo, Berlioz, Falla, Poulenc, Ibert, Honegger, Schumann, Tchaikovski, Brahms… 14 cd. Collection ICON. CLIC de classiquenews de septembre 2015

Concert Franck, Saint-SaĂ«ns, Dvorak Ă  l’OpĂ©ra de Tours

franck_cesar_orgue_symphonie_reTours, Grand Théâtre. Concert Franck, Saint-SaĂ«ns… les 15 et 16 fĂ©vrier 2014. L’OSRCT (l’Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre Tours) offre un bain symphonique et concertant, associant Franck, Saint-SaĂ«ns et Dvorak. Franck fut un des professeurs de Magnard, dont l’OpĂ©ra de Tours programme dĂ©but avril BĂ©rĂ©nice. ImprĂ©gnĂ© de mysticisme, dans la lignĂ©e de la musique religieuse de Liszt, l’intermède de son oratorio RĂ©demption se fait rare dans les programmations, et c’est dommage. Le deuxième Concerto pour piano de Saint-SaĂ«ns est une merveille d’Ă©criture, de pyrotechnie pianistique et de clartĂ© dans l’Ă©locution musicale : l’autre face de cette Ă©cole française sera dĂ©fendue par Carole Carniel. DĂ©jĂ  invitĂ©e pour PĂ©trouchka, la pianiste pianiste est une des animatrices de la vie musicale rĂ©gionale, en particulier au sein de l’Atelier Musical de Touraine. DirigĂ© par Claude Schnitzler,fidèle chef invitĂ© Ă  Tours, le programme se conclut par une des symphonies rarement jouĂ©es de Dvorak, pleine des Ă©chos de sa terre natale et portĂ©e par une Ă©criture Ă©clectique oĂą s’affirment les germaniques, de Brahms Ă  Wagner…

Interlude RĂ©demption
Programme allĂ©chant car il inscrit une oeuvre très rare et pourtant Ă©blouissante signĂ© CĂ©sar Franck. RĂ©demption est un interlude symphonique de moins de 15 mn Ă  l’origine conçu comme un oratorio pour mezzo seule dans un version de 1873 qui cependant ne suscita aucun enthousiasme. L’oeuvre augmentĂ©e d’un choeur dans une seconde version suscitera enfin un tonnerre d’applaudissements, mais Franck Ă©tait mort avant de vivre son succès; Il y est question du salut de l’humanitĂ© sauvĂ© par un Ă©lan fraternel (ce mĂŞme sentiment qui inspire le dernier mouvement de la 9è de Beethoven). Aujourd’hui le texte de l’oratorio trop manifestement emphatique, est dĂ©laissĂ©… pour l’interlude purement orchestral qui en a Ă©tĂ© extrait : datĂ© de 1873, la matière de l’interlude d’un wagnĂ©risme rĂ©assimilĂ©, superbement original, annonce l’Ă©criture de la Symphonie en rĂ©, sommet symphonique beaucoup plus tardif (1889).

La Symphonie n°5 en fa majeur, op.76 de Dvorak est crĂ©Ă© Ă  Prague en mars 1879 affirme une puissance d’inspiration en particulier dans son ultime mouvement qui annonce la grande rĂ©ussite de la Symphonie new yorkaise du Nouveau Monde n°8, crĂ©Ă© au Carnegie Hall en dĂ©cembre 1893. Dans l’Andante règne la douce et mĂ©lancolique rĂŞverie slave (doumka) ; dans le dernier mouvement (allegro molto), Dvorak semble prĂ©parer le rayonnement d’une joie pleine et irrĂ©sistible d’autant plus expressive et saisissante que lui prĂ©cède un balancement imprĂ©visible entre ivresse, exaltation et angoisse aux racines certainement autobiographiques. La Symphonie profite de la rencontre Ă  Vienne avec Brahms dès 1873, lequel l’inspire musicalement et l’aide concrètement Ă  Ă©diter ses oeuvres… C’est un pĂ©riode dĂ©cisive pour le compositeur nĂ© en BohĂŞme qui peu Ă  peu gagne une stature europĂ©enne. Plus composite que celle de Smetana, l’Ă©criture de Dvorak profite de son ouverture vers les auteurs germaniques : il fixe d’emblĂ©e le cadre et les enjeux de la symphonie tchèque, tout en cultivant la très forte spĂ©cificitĂ© slave et hongroise en rapport avec ses origines. De retour dans en TchĂ©koslovaquie, Dvorak accentue et colore encore davantage son Ă©criture symphonique avec Russalka de 1900, clair manifeste d’une âme musicienne qui a la nostalgie Ă©merveillĂ©e de sa propre culture.

CĂ©sar Franck
RĂ©demption, interlude symphonique

Camille Saint-Saëns
Concerto n°2 pour piano et orchestre en sol mineur, op.22

Antonín Dvorák
Symphonie n°5 en fa majeur, op.76

Carole Carniel, piano
Claude Schnitzler, direction
Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre-Tours

Samedi 15 fĂ©vrier 2014 – 20h
Dimanche 16 fĂ©vrier 2014 – 17h

conférences autour du concert
Samedi 15 fĂ©vrier Ă  19h00 – Dimanche 16 fĂ©vrier Ă  16h00
Grand Théâtre – Salle Jean Vilar
Entrée gratuite

Saintes, Abbaye aux Dames : Alain Planès joue Debussy et Franck, mercredi 5 février 2014, 20h30

Saintes, Abbaye aux dames. Alain Planès, piano. Le 5 fĂ©vrier 2014, 20h30. Amateur de peinture et Ă©rudit, Alain  Planès met son talent et sa poĂ©sie au service de plusieurs chefs d’Ĺ“uvre de la musique de chambre française (Debussy et Franck). Avec les solistes de l’Orchestre des Champs Ă©lysĂ©es, le pianiste propose un rĂ©cital hautement chambriste d’autant plus ciselĂ© que les musiciens de l’orchestre fondĂ© par Philippe Herreweghe jouent tous sur instruments anciens. style, goĂ»t, sonoritĂ©s ajustĂ©es sont donc au rendez-vous.

 

 

 

Saintes, Abbaye aux dames, La cité musicale
Alain Planès, piano

conversation chambriste

 

 

Saintes : Récital Alain Planès, piano

 

 

Au programme, chambrisme postromantique français de haut style : Quintette pour piano de CĂ©sar Franck, chef d’oeuvre hexagonal et vraie alternative au wagnĂ©risme global, puis Trio pour piano, violon et violoncelle Sonate pour alto, flĂ»te et harpe de Claude Debussy, Claude de France. Les interprètes rĂ©unis Ă  Saintes sauront-ils exprimer cette Ă©lĂ©gance et cette transparence française qui font la singularitĂ© des Français aux cĂ´tĂ©s des allemands ? RĂ©ponse lors de ce concert Ă©vĂ©nement Ă  Saintes, dans le cadre de la saison musicale de l’Abbaye aux Dames, La citĂ© musicale 2014.

Alain Planès joue Franck et Debussy à Saintes

 

Mercredi 5 février 2014 à 20h30
Saintes, Abbaye aux dames
La cité musicale

 

Programme
César Franck, 
Quintette pour piano et cordes
Claude Debussy, 
Trio pour piano, violon et violoncelle, Sonate pour alto, flûte et harpe
Alain Planès, piano
et les musiciens de l’Orchestre des Champs ElysĂ©es :
 Alessandro Moccia et BĂ©nĂ©dicte Trottereau, violons
. Jean-Philippe Vasseur, alto. 
Andrea Pettinau, violoncelle
. Pascale Schmidt, harpe. 
flĂ»te : nom non communiquĂ©

 

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Franck : Symphonie en ré, 1889

Paris, TCE, mercredi 25 septembre 2013, 20h : Symphonie en rĂ© de Franck …

Georges Prêtre dirige la Symphonie en ré de César Franck

pretre_georges_Pretre_concertRien n’est comparable au monument qu’est l’unique Symphonie de César Franck (1889) : une synthèse des dernières évolutions symphoniques en France à la fin des années 1880, surtout un commentaire extrêmement personnel et original du symphonisme germanique de Beethoven à Wagner, auquel Franck (1822-1890), wagnériste motivé et aussi membre de la Société nationale de musique à Paris, entend apporter une sorte de démenti: ” il y a bien une autre façon de composer pour l’orchestre après Wagner (et ajoutons aussi après Liszt) “, semble nous dire le génial liégeois. A la fois portée par un souffle spirituel irrésistible (en liaison avec la ferveur personnelle de son auteur), la Symphonie en ré frappe par son audace formelle, sa parfaite architecture comme le jeu subtil des références et correspondances qui se répondent d’un mouvement à l’autre …

Monument symphonique de 1889

franck_cesar_orgue_symphonie_reEn pratique, la ré mineur (créée non sans rebondissements et résistances à Paris en 1889) succède aux jalons du genre: Symphonie espagnole de Lalo (1875), Symphonie romantique de Joncières (1876, hommage wagnérien personnel), Symphonie avec orgue de Saint-Saëns (1885), Symphonie Cévenole de D’indy (1886)… Franck, critiqué, vilipendé même par ses contemporains, trop antiwagnériens, sont aveuglés par dogmatisme et ne trouvent ici que pédantisme et épaisseur, surtout wagnérisme non dépassé. Or c’est tout l’inverse: dédié à son élève Duparc, la Symphonie de Franck dès le début développe ce caractère profond et empoisonné (tristanesque) et excelle dans l’art ténu et si subtil de la modulation et du développement cellulaire, offrant surtout une leçon d’écriture cyclique: les motifs étant réitérés tout au long des mouvements mais dans une formulation métamorphosée constante, soulignant dans l’écriture cette fluidité structurelle que doit diffuser l’orchestre. La cellule paraît et réapparaît, ses réitérations n’étant jamais identiques au premier énoncé; chacun de ses avatars jalonne les progrès et les avancées du flux dramatique. Chacun des trois thèmes développés séparément dans chacun des trois mouvements est exposé dès le début; leur combinaison superposée relève de la résolution libératrice qui structure encore l’architecture globale de l’œuvre.

Unité organique, symphonie en épisodes. Comment préserver l’unité et la cohérence du flux orchestral, en un tout organique malgré la nécessité du plan en quatre parties, c’est à dire par épisodes, de mise depuis les Viennois classiques et romantiques: Haydn, Mozart, Beethoven, Schubert…?
Par le principe cyclique très largement exploité et avec quelle finesse et intelligence par Franck. Un concept magistralement défendu par Berlioz dans sa Symphonie Fantastique de 1830. Alors le cycle c’est à dire la réitération des thèmes précédemment écoutés, emblème du romantisme symphonique français? : très certainement. Franck au moment de la création de son chef d’œuvre est personna non grata parmi les plus conservateurs, ceux qui dans le sillon orthodoxe de Saint-Saëns considéraient le musicien belge comme un traître au nationalisme musical défendu par la Société nationale de musique. Depuis 1870, il reste patriotique de détester l’art germanique. En élargissant l’inspiration et la composition vers le style allemand, celui de Beethoven et de Wagner, Franck avait provoqué une vague d’opposition sans pareil, qui se traduit très vite par une incompréhension de son œuvre. Ambroise Thomas, Gounod épinglent sans nuance la Symphonie de Franck, la jugeant maladroite, aride, dogmatique,… c’est à dire insupportablement germanique (lisztéenne et wagnérienne).

Or, maître des climats les plus contrastés, Franck émerveille littéralement entre la gravité lizstéenne du lento-allegro non troppo initial, et le pastoralisme lumineux et mélancolique de l’Allegretto (à la fois andante et scherzo)… C’est en particulier dans le Finale-Allegretto on troppo où sont récapitulés tous les thèmes moteurs et leurs combinaisons souterraines que gonfle une voile orchestrale d’un nouveau souffle, quasi mystique quand la harpe se joint aux cordes, dialoguant avec les cuivres de plus en plus solennels et profonds. L’œuvre est traversée par l’expérience des gouffres désespérés puis, à l’instar des constructions lisztéennes, s’élève à mesure de son développement, en une arche puissante et très texturée mais jamais épaisse ni lourde… Lisztéenne et wagnérienne, beethovénienne et poétiquement totalement originale, comme structurellement façonnée selon le principe cyclique, la Symphonie suppose une maîtrise idéale sur le plan musical et artistique.

La Symphonie en ré de César Franck est couplée avec :
Poulenc : les animaux modèles, concerto pour 2 pianos
Orchestre de Paris
Georges PrĂŞtre, direction

logo_francemusiqueFrance Musique, en direct du TCE à Paris, dès 20h
Mercredi 25 septembre 2013

César Franck : Symphonie en ré, 1889

France Musique, en direct ce soir, 20h. Franck: Symphonie en rĂ© par Georges PrĂŞtre …

Georges Prêtre dirige la Symphonie en ré de César Franck

franck_cesar_orgue_symphonie_reRien n’est comparable au monument qu’est l’unique Symphonie de CĂ©sar Franck (1889) : une synthèse des dernières Ă©volutions symphoniques en France Ă  la fin des annĂ©es 1880, surtout un commentaire extrĂŞmement personnel et original du symphonisme germanique de Beethoven Ă  Wagner, auquel Franck (1822-1890), wagnĂ©riste motivĂ© et aussi membre de la SociĂ©tĂ© nationale de musique Ă  Paris, entend apporter une sorte de dĂ©menti: ” il y a bien une autre façon de composer pour l’orchestre après Wagner (et ajoutons aussi après Liszt) “, semble nous dire le gĂ©nial liĂ©geois. A la fois portĂ©e par un souffle spirituel irrĂ©sistible (en liaison avec la ferveur personnelle de son auteur), la Symphonie en rĂ© frappe par son audace formelle, sa parfaite architecture comme le jeu subtil des rĂ©fĂ©rences et correspondances qui se rĂ©pondent d’un mouvement Ă  l’autre …

 

Monument symphonique de 1889

 

pretre_georges_Pretre_concertEn pratique, la rĂ© mineur (crĂ©Ă©e non sans rebondissements et rĂ©sistances Ă  Paris en 1889) succède aux jalons du genre: Symphonie espagnole de Lalo (1875), Symphonie romantique de Joncières (1876, hommage wagnĂ©rien personnel), Symphonie avec orgue de Saint-SaĂ«ns (1885), Symphonie CĂ©venole de D’indy (1886)… Franck, critiquĂ©, vilipendĂ© mĂŞme par ses contemporains, trop antiwagnĂ©riens, sont aveuglĂ©s par dogmatisme et ne trouvent ici que pĂ©dantisme et Ă©paisseur, surtout wagnĂ©risme non dĂ©passĂ©. Or c’est tout l’inverse: dĂ©diĂ© Ă  son Ă©lève Duparc, la Symphonie de Franck dès le dĂ©but dĂ©veloppe ce caractère profond et empoisonnĂ© (tristanesque) et excelle dans l’art tĂ©nu et si subtil de la modulation et du dĂ©veloppement cellulaire, offrant surtout une leçon d’Ă©criture cyclique: les motifs Ă©tant rĂ©itĂ©rĂ©s tout au long des mouvements mais dans une formulation mĂ©tamorphosĂ©e constante, soulignant dans l’Ă©criture cette fluiditĂ© structurelle que doit diffuser l’orchestre. La cellule paraĂ®t et rĂ©apparaĂ®t, ses rĂ©itĂ©rations n’Ă©tant jamais identiques au premier Ă©noncĂ©; chacun de ses avatars jalonne les progrès et les avancĂ©es du flux dramatique. Chacun des trois thèmes dĂ©veloppĂ©s sĂ©parĂ©ment dans chacun des trois mouvements est exposĂ© dès le dĂ©but; leur combinaison superposĂ©e relève de la rĂ©solution libĂ©ratrice qui structure encore l’architecture globale de l’Ĺ“uvre.

UnitĂ© organique, symphonie en Ă©pisodes. Comment prĂ©server l’unitĂ© et la cohĂ©rence du flux orchestral, en un tout organique malgrĂ© la nĂ©cessitĂ© du plan en quatre parties, c’est Ă  dire par Ă©pisodes, de mise depuis les Viennois classiques et romantiques: Haydn, Mozart, Beethoven, Schubert…?
Par le principe cyclique très largement exploitĂ© et avec quelle finesse et intelligence par Franck. Un concept magistralement dĂ©fendu par Berlioz dans sa Symphonie Fantastique de 1830. Alors le cycle c’est Ă  dire la rĂ©itĂ©ration des thèmes prĂ©cĂ©demment Ă©coutĂ©s, emblème du romantisme symphonique français? : très certainement. Franck au moment de la crĂ©ation de son chef d’Ĺ“uvre est personna non grata parmi les plus conservateurs, ceux qui dans le sillon orthodoxe de Saint-SaĂ«ns considĂ©raient le musicien belge comme un traĂ®tre au nationalisme musical dĂ©fendu par la SociĂ©tĂ© nationale de musique. Depuis 1870, il reste patriotique de dĂ©tester l’art germanique. En Ă©largissant l’inspiration et la composition vers le style allemand, celui de Beethoven et de Wagner, Franck avait provoquĂ© une vague d’opposition sans pareil, qui se traduit très vite par une incomprĂ©hension de son Ĺ“uvre. Ambroise Thomas, Gounod Ă©pinglent sans nuance la Symphonie de Franck, la jugeant maladroite, aride, dogmatique,… c’est Ă  dire insupportablement germanique (lisztĂ©enne et wagnĂ©rienne).

Or, maĂ®tre des climats les plus contrastĂ©s, Franck Ă©merveille littĂ©ralement entre la gravitĂ© lizstĂ©enne du lento-allegro non troppo initial, et le pastoralisme lumineux et mĂ©lancolique de l’Allegretto (Ă  la fois andante et scherzo)… C’est en particulier dans le Finale-Allegretto on troppo oĂą sont rĂ©capitulĂ©s tous les thèmes moteurs et leurs combinaisons souterraines que gonfle une voile orchestrale d’un nouveau souffle, quasi mystique quand la harpe se joint aux cordes, dialoguant avec les cuivres de plus en plus solennels et profonds. L’Ĺ“uvre est traversĂ©e par l’expĂ©rience des gouffres dĂ©sespĂ©rĂ©s puis, Ă  l’instar des constructions lisztĂ©ennes, s’Ă©lève Ă  mesure de son dĂ©veloppement, en une arche puissante et très texturĂ©e mais jamais Ă©paisse ni lourde… LisztĂ©enne et wagnĂ©rienne, beethovĂ©nienne et poĂ©tiquement totalement originale, comme structurellement façonnĂ©e selon le principe cyclique, la Symphonie suppose une maĂ®trise idĂ©ale sur le plan musical et artistique.

La Symphonie en ré de César Franck est couplée avec :
Poulenc : les animaux modèles, concerto pour 2 pianos
Orchestre de Paris
Georges PrĂŞtre, direction

logo_francemusiqueFrance Musique, en direct du TCE à Paris, dès 20h
Mercredi 25 septembre 2013

 

Illustrations: CĂ©sar Franck (DR), Georges PrĂŞtre (DR)

Compte-rendu: Tours,Jean-Yves Ossonce, OSRCT, le 12 janvier 2013

Compte rendu, concert Ă  Tours. Superbe programme de musique française oĂą Jean-Yves Ossonce et l’Orchestre Symphonique RĂ©gion Centre Tours captivent dans la Symphonie en rĂ© de CĂ©sar Franck…

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Superbe programme de musique française pour dĂ©buter l’an neuf Ă  Tours: inspirĂ© et portĂ© par de prĂ©cĂ©dents accomplissements dĂ©diĂ©s aux Ĺ“uvres hexagonales, Jean-Yves Ossonce poursuit son exploration inspirĂ©e du symphonisme français. On lui connaĂ®t d’irrĂ©sistibles apports chez Magnard, mais aussi SĂ©verac ou Ropartz… ces derniers opportunĂ©ment enregistrĂ©s en studio (et tous unanimement cĂ©lĂ©brĂ©s pour leur indĂ©niable force convaincante). Ce soir, pour le plus grand plaisir des auditeurs, le chef et son orchestre jouent Roussel, Tomasi, surtout Franck dont avouons-le, la Symphonie en rĂ©, massif mythique du symphonisme français Ă  la fin du XIXè (1889) incarne pour nous cet Ă©lĂ©gance Ă©pique, ce souffle magistral et poĂ©tique, vraie alternative au wagnĂ©risme dominant.

Franckisme exaltant

La Suite en fa de Roussel (crĂ©Ă©e Ă  Boston en 1927 sous la direction de son commanditaire le chef Serge Koussevitzky) enchante par son allant rythmique, sa vitalitĂ© printanière dont les multiples raffinements de l’orchestration (admirables couleurs des vents très exposĂ©s et subtilement combinĂ©s) Ă©galent et Debussy et Ravel. L’Ă©clat et l’engagement dont font preuve les interprètes offrent une excellente entrĂ©e en matière dans un concert tripartite qui brille autant par sa diversitĂ© que sa profonde cohĂ©rence : les trois Ĺ“uvres du programmes se rĂ©pondent par leur fini instrumental comme le soin frappant apportĂ© Ă  leur construction dramatique.

Le Concerto pour trompette (1948) du Marseillais d’origine corse, Henri Tomasi (dĂ©cĂ©dĂ© en 1971),
chef-d’Ĺ“uvre absolu de finesse allusive laisse s’accomplir une nouvelle entente : celle du trompettiste Romain Leleu et des musiciens tourangeaux. Les qualitĂ©s de la partition sont surtout atmosphĂ©riques, avec point culminant de l’Ĺ“uvre, le nocturne central (Andantino), Ă  la fois grave, solennel, d’une subtilitĂ© bellinienne Ă©blouissante, serti de joyaux suggestifs et d’une pudeur secrète, et ce travail spĂ©cifique sur le timbre (sourdine ” Bol” Ă  la douceur enfantine primitive)); le soliste sait ainsi ciseler les registres poĂ©tiques alternĂ©s quand il passe d’un timbre l’autre grâce Ă  son instrument polymorphe dont il change avec maestriĂ  l’identitĂ© sonore, comme aussi avec la sourdine (dite “Robinson” au timbre feutrĂ©, finement cotonneux) dans le premier mouvement. L’accord soliste et chef est admirable, porteur d’un accomplissement sonore d’une rare vĂ©ritĂ©. Chef et instrumentiste savent exprimer chez Tomasi, les visions du poète wanderer, ses contours vaporeux, sa langue Ă©vanescente, fluide, somptueusement pudique. La musicalitĂ© du trompettiste, la direction suggestive du maestro Ă©blouissent.

Après la pause, voici la Symphonie en rĂ© de CĂ©sar Franck. A son Ă©poque, le monument fut incompris voire Ă©cartĂ© par le milieu parisien alors tendu par les aspirations germanophobes : trop dogmatique, trop allemande, trop wagnĂ©rienne… la Symphonie de Franck suscita nombre de critiques des compositeurs qui souhaitaient en vĂ©ritĂ© rĂ©gler leur compte avec celui qui Ă©tait jugĂ© comme un traĂ®tre par les tenants d’un nationalisme Ă©triquĂ©. De fait, en dehors des instrumentalisations inĂ©vitables liĂ©es au contexte, l’ouvrage est un chef d’Ĺ“uvre, un jalon essentiel dans l’histoire de la symphonique romantique Ă  la française.

Or si Franck emprunte certes aux ” Ă©trangers “: Beethoven pour le souci de la construction formelle; Liszt pour l’architecte d’abord sombre puis tournĂ©e de plus en plus vers la lumière ; Wagner certes pour ces audaces harmoniques et ce chromatisme souvent vĂ©nĂ©neux… l’Ă©loquence resserrĂ©e, cet idĂ©al d’Ă©quilibre, de mesure, de correspondance, cet art de la litote, du condensĂ© et du synthĂ©tique, demeurent rĂ©solument français comme le principe du motif cyclique dont les rĂ©itĂ©rations multiples et changeantes assurent l’extrĂŞme unitĂ© organique d’une partition parmi les mieux Ă©crites qui soient.

Dans ce parcours de dĂ©fis permanents, Jean-Yves Ossonce fait un florilège de superbes rĂ©solutions: le chef impose d’emblĂ©e une homogĂ©nĂ©itĂ© coulante et simple d’une admirable Ă©vidence, ce dès le dĂ©but. La lisibilitĂ©, la clartĂ© et l’Ă©quilibre soulignent une aisance manifeste qui soigne toujours l’Ă©loquence du geste… et prĂ©serve l’enchaĂ®nement des sections, leurs rĂ©ponses successives, l’allant du flux dramatique, le gĂ©nie de la totalitĂ© organique.

Le cĹ“ur de la symphonie demeure ici l’harmonie rayonnante des bois et des vents qui abordent chacune des reprises des motifs avec un goĂ»t sĂ»r : flĂ»te, hautbois (et cor anglais pour le second mouvement), clarinette auxquels il convient de souligner l’accent particulier du cor et de la harpe… L’ombre n’Ă©tant jamais absente dans une symphonie en clair obscur, le formidable paysage du second mouvement (et ses pizzicati des cordes accompagnant la harpe mystĂ©rieuse) s’Ă©lève tel une incantation au mystère, une porte vers les Ă©toiles, une antichambre dont le flux constellĂ© de scintillements des plus raffinĂ©s prĂ©pare au dĂ©voilement du 3ème mouvement: Franck n’y fait pas que rĂ©exposer les thèmes antĂ©rieurs du I et du II dĂ©jĂ  entendus: il les rĂ©assemble, les superpose en une nouvelle construction qui rĂ©sout toutes les tensions prĂ©alables. Ce jeu formel fait aussi entendre la rĂ©sonance des cimes ou les brumes flottantes d’une conscience dĂ©sormais en lĂ©vitation: graves profonds des contrebasses au diapason d’une harpe de mieux en mieux chantante, chef et musiciens font surgir le bruissement des Ă©lĂ©ments premiers, la vibration primordiale (Ă©cho des premiers accords du Ring?) d’une sorte de transe Ă©veillĂ©e, point culminant de la symphonie et qui exprime de la part de son auteur, une indĂ©niable pensĂ©e mystique. Sans dĂ©monstration vaine, au diapason d’une justesse intĂ©rieure qui s’accomplit peu Ă  peu, Jean-Yves Ossonce et son orchestre donnent lĂ  encore une leçon de symphonisme transparent, fin, intelligent. Superbe programme.

Tours. Grand Théâtre, le 12 janvier 2013. Roussel, Tomasi, Franck (Symphonie en ré). Orchestre Symphonique Région Centre Tours. Jean-Yves Ossonce, direction.

Illustration: Romain Leleu, Jean-Yves Ossonce © G.Proust 2013