CD, critique. GOUNOD : Intégrale des Quatuors (Quatuor Cambini, oct 2017)

GOUNOD cd critique par classiquenews Integrale-des-Quatuors-a-cordesCD, critique. GOUNOD : Intégrale des Quatuors (Quatuor Cambini, oct 2017). L’intérêt des Quatuors de Gounod est qu’ils sont d’un compositeur mûr, quinquagénaire, reconnu à l’opéra, mais désireux de se faire connaître aussi comme auteur pour les cordes seules. Il reste passionnant de découvrir cette essor d’un chambrisme néoviennois (mêlant Haydn, Beethoven…) dans les années 1870 – 1890. Premier enregistrement sur instruments d’époque, ce double coffret met l’accent sur les dispositions évidentes, très inspirées, de Charles Gounod dans le genre du Quatuor à cordes. Le compositeur aime les cordes, et ses séjours à Vienne, à Berlin alimentent une passion pour le genre germanique par excellence. Même dans les opéras (Quatuor du jardin dans Faust, gravitas sombre et mélancolique dans Roméo e Juliette…), les cordes sont présentes en fosse selon ses souhaits esthétiques. Contrairement à la notice du présent coffret, on penche plus du côté de Haydn, son amabilité, son alacrité courtoise et badine mais sans artifice, dont le contrepoint confine souvent à l’exercice et au jeu formel. Il n’y a pas comme Mozart, cette profondeur sincère, cette vérité affleurante… même si de fait, Gounod se disait très admirateur de Wolfgang. En fin d’écriture, le compositeur s’autorise une vision plus épurée, sévère même, manifestement beethovénienne (CG 565). Ses indications structurelles au jeune René Franchomme en 1855, montre la clarté d’un discours assimilé qui permet à Gounod de nager comme un poisson dans l’eau, avec une facilité et une rapidité étonnante. Les combinaisons, les enchaînements (expositions, reprises, développements, contrastes, etc…) ne lui posent aucun problème. Gounod a concrètement bien étudié les Viennois pour transmettre à son tour, une telle maîtrise.

5 Quatuors viennois de Charles Gounod (1870-1890)

gounod-charles-portrait-par-classiquenews-gounod-2018-vignette-2018-dossier-gounod-2018-par-classiquenewsLes Quatuors réunis ici, remontent aux années 1870 (Petit Quatuor en ut majeur, dédié aux membres du Quatuor Armengaud). Les 3 plus tardifs réunis dans le cd 1 confirment la justesse de la manière : le CG 563 (Quatuor en fa majeur en 5 mouvements) date de 1889 et cultive une volubilité très contrastée, vive, parfois Beethovénienne (premier Scherzo / mouvement second). Il est majoritairement d’une autre couleur, inédite, faisant jaillir une langueur grave, mélancolique proche de l’écœurement. Cette profondeur désespéré, dépressive est remarquable de la part de Gounod plus familier des suavités exquises. De ce tissu vénéneux, l’écriture fait surgir des éclats plus brillants d’une simplicité touchante.
En fin de parcours, comme l’accomplissement d’une frénésie première qui se régularise peu à peu à mesure que le genre passe dans ses mains et son esprit, les deux derniers mouvements du dernier Quatuor CG 564 en la mineur (créé probablement en mars 1890), atteignent une belle plénitude grâce à l’équilibre d’une écriture volontairement solaire et apaisée : en témoigne l’ultime accord sur la corde pincée, pizzicato, d’une délicatesse haydnienne, c’est à dire d’une élégance viennoise tout à fait résolue. Le dernier CG 565 en sol mineur, est clairement le plus épuré, beethovénien manifestement, sans séduction néo opératique. En 1891-1892, Gounod cultive une audace ascétique nouvelle, acérée, plus franche, parfois tendue, avec dans le final, cette accent rapide fouetté, même expédié du majeur, – avant le retour probable  (irrépressible ?) du mineur.

Le cd 2 rassemble les deux premiers Quatuors parvenus. Le début du Quatuor en la majeur (CG 561, plage 5) développe un climat de fébrilité sensible, aiguë, souvent inquiète, d’un mordant vibratile de première qualité (néo haydnienne), plus âpre et électrique que vraiment intime dans le style de Mozart. L’éloquence comme incisive, brûlante, d’une volubilité affirme une agitation à peine canalisée. Puis l’Allegretto du Quatuor n°2 en la majeur (créé en 1887 à la Société nationale de Musique), plage 6, atteint même à une aridité et une sécheresse portées par une belle vivacité et une attention agogique très précise du Quatuor ici réuni. Gounod développe une manière de marche funambule comme un nocturne souvent grave et lugubre (procession inquiète), avant un finale, clairement construit, énoncé comme une comédie lyrique (avec trémolos littéralement « vocaux »).

La vivacité et l’imagination d’un Gounod qui se renouvelle constamment, inspire les membres du Quatuor Cambini. Fièvreuse, précise, mordante et profonde quand il faut l’être, leur lecture ne finit pas de convaincre par son engagement détaillé.

Reste qu’il manque dans cette « intégrale » (des oeuvres connues retrouvées), les deux ultimes de l’année 1893, cités par un témoin fiable, Saint-Saëns, dont on sait l’admiration pour Gounod, et la passion de la musique de chambre française qu’il défendit avec militantisme au sein de la Société nationale de Musique. De nouvelles prochaines découvertes ? A suivre. D’ores et déjà, voilà un excellent coffret, opportun en cette année GOUNOD 2018 (bicentenaire de la naissance).

————————————————————————————————

CD, critique. GOUNOD : Intégrale des Quatuors (Quatuor Cambini, oct 2017 – 2 cd Aparté – enregistré à Paris en octobre 2017)

Comments are closed.